AG Palestine

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Ce 22 février 2017, écolo j a organisé une soirée pour discuter de son voyage en Palestine et de ce que les jeunes verts belges peuvent en retirer pour organiser en Belgique le soutien au peuple palestinien. Il faut dire que le contexte actuel dans les territoires occupés ne prête pas à sourire : les colonies augmentent de manière exponentielle en toute impunité depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche ; une loi d’annexion des territoires déjà colonisés a été votée par la Knesset dans l’indifférence internationale ; le soldat Elor Azaria est condamné à 18 mois de prison pour le meurtre de sang froid d’un jeune Palestinien en mars 2016. Pour les Palestinien-ne-s, il s’agit d’évènements du quotidien.

En novembre 2016, durant une dizaine de jours, une quinzaine de jeunes verts belges et français sont partis en Cisjordanie pour découvrir de leurs propres yeux ce quotidien de violence et d’humiliation. Tout le mérite de l’organisation du voyage revient à l’Association Belgo-Palestinienne (ABP) et à ses deux membres, Simon et Sylvie, qui ont accompagné écolo j, jong groen et les jeunes écologistes. À l’origine du projet, né au sein d’écolo j, il était question de centrer le voyage sur la gestion de l’eau dans les territoires occupés, une thématique extrêmement politique, au-delà de son simple aspect écologique. Très rapidement cependant, il fut question d’agrandir le voyage à une approche plus globale de l’activisme en Palestine, des stratégies de résistance, de la vie au jour le jour, des conséquences de l’occupation et de la colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

La soirée a commencé avec l’introduction de Simon, accompagnateur du voyage et permanent de l’ABP, sur la dramatique situation actuelle : nous arrivons en effet en 2017 au 50e anniversaire de l’occupation de la Cisjordanie, au centenaire de la déclaration de Balfour établissant un foyer juif en Palestine, au trentenaire de la 1re Intifada… et la situation ne fait qu’empirer. Mais il est une chose qu’il faut retenir des Palestinien-ne-s ; leur autodérision cynique et leurs sourires constants sont le reflet d’une force de vie et d’une volonté incroyable éprise de liberté. Tels sont les derniers mots de Simon avant d’inviter toutes les personnes présentes à partager un repas palestinien : humus, falafel, épices, pain pita, même de la taybeh, bière palestinienne également produite en Belgique dont les bénéfices sont reversés en Cisjordanie, un vrai régal !

Simon (un autre !) a alors présenté le déroulement général du voyage à l’aide d’une carte de la région, depuis les embûches rencontrées à l’aéroport de Ben Gourion où trois membres ont manqué d’être arrêtés et renvoyés immédiatement « pour des raisons de sécurité », en passant par Jérusalem-Est et la Civic Coalition for Palestinian Rights, Hébron et les Human Rights Defenders, Bethléem et la Tent of Nations ainsi que le Bethleem Alternative Information Center, le camp de réfugié-e-s de Deisheh et les activistes Sireen et Mahmoud, la vallée du Jourdain et la Jordan Valley Solidarity, le village de Bil’in et la participation du groupe à une manifestation musclée le long du Mur de la Honte, la Palestinian Circus School à Jifna, l’université palestinienne de Bir Zeit, la psychologue Samah Jabr près de Jérusalem-Est, les archéologues israéliens d’Emek Shaveh (ONG opposée à la politique sioniste et ségrégationniste d’Israël), pour finir sur la rencontre de Taïr et Atalya, deux jeunes israéliennes dites « refuzniks » pour leur refus du service militaire obligatoire en Israël.

Des anecdotes symboliques du voyage ont ensuite été racontées par Lucas, Stanislas, Gil, Simon, Hugo et Charlotte, à l’aide de photos chargées d’émotions pour chacun-e des six membres revenu-e-s de Palestine et présent-e-s à la soirée pour partager cette incroyable expérience. De celle-ci, ils en ont retiré une position claire, un texte de résolution en faveur de la justice et de la liberté de la Palestine, qui sera présenté à la Federation of Young European Green (FYEG) avec les jeunes verts français, flamands et néerlandais, allant à contresens des autorités belges actuelles qui se complaisent dans leurs relations mortifères avec le gouvernement israélien autour d’enjeux comme la sécurité, les techniques d’interrogation, le contreterrorisme, autant de sujets où Israël bafoue jour après jour les droits de la dignité humaine et les lois de justice internationale. Pour que la paix puisse un jour exister entre Palestinien-ne-s et Israélien-ne-s, il faut que justice soit rendue à la Palestine et que cessent l’occupation militaire, la colonisation et l’apartheid raciste mis en place par Israël. Free Palestine !

Quand l’enfance palestinienne résiste à l’occupant

Le vendredi 4 novembre, nous avons participé à une manifestation à Bil’in, petit village palestinien à l’ouest de Ramallah, près du mur de la honte qui sépare Israël des territoires occupés. La communauté palestinienne qui y vit, a l’habitude d’organiser une manifestation chaque vendredi, depuis des années et sans relâche malgré les coups durs, pour dénoncer la colonisation et l’occupation militaire de leurs terres.

Suite aux arrestations de deux manifestants et aux ordres de reculer de la part des soldats israéliens devant le mur, plusieurs enfants palestiniens se sont élancés à leur rencontre à l’aide de lance-pierres. Ils n’avaient qu’entre dix et quinze ans !

Ces enfants risquaient beaucoup : arrestation possible à partir de 12 ans pour « crime nationaliste », 20 ans de prison pour jet de pierre, la mort par un tir de sniper ayant désormais la possibilité légale de tirer à balles réelles sur tout lanceur de pierres. Les enfants en Palestine vivent dans une société dite « de trauma continuel » où l’humiliation, la violence et le risque de mourir sont vécus au quotidien. Même les plus jeunes ont connu quatre guerre de Gaza et toutes leurs conséquences en Cisjordanie depuis 2008. La résistance devient leur seul moyen d’expression, leur unique raison d’exister et d’espérer. La « violence » qu’ils infligent en lançant des pierres n’est rien comparée à celle qu’ils subissent du système israélien qui inflige la ségrégation, le racisme, la colonisation et l’occupation.

Je pense que nous avons toutes et tous été marqué-e-s par la vision de ces enfants palestiniens et par leur courage. Puissent-ils acquérir la liberté pour laquelle ils combattent depuis si longtemps. Free Palestine !

Simon Watteyne

Hébron, ville fantôme, colonisée et ultra-militarisée.

Ici, occupation militaire et colonisation se confondent parfaitement.

On ne peut déambuler dans la vieille ville d’Hébron sans être heurté par les injustices imposées à ses habitants palestiniens. Ici la violence de l’occupation se ressent, se voit, s’expose. Pas une rue sans que l’infrastructure de l’occupation ne s’impose au regard, ici un poste d’observation, là un check-point, où comme l’illustre la photo, un soldat suréquipé. Dans cette ville déjà éprouvée et humiliée par l’occupation militaire, la situation des palestiniens n’a fait que s’empirer au rythme des arrivées de colons israéliens et de leurs violences.

Aujourd’hui au nombre de 500, ils vivent protégés par plus de 2000 soldats israéliens au milieu de 200 000 habitants palestiniens. En 1994, un événement tragique a précipité la cité vers une situation qu’il faut bien qualifier d’apartheid. Baruch Goldstein, un colon extrémiste, nationaliste-religieux, se rend dans la mosquée d’Ibrahim et abat 29 fidèles musulmans en pleine prière.

La réaction du gouvernement israélien fut alors de boucler entièrement la vieille ville afin de protéger les colons d’éventuelles représailles. La rue commercante la plus fréquentée de la ville, Al-Shuhada Street, fut fermée et ses vendeurs palestiniens évacués afin de créer des passages « sécurisés » pour les colons. Cette situation perdure jusqu’à aujourd’hui. Un exemple marquant : Dans les rues de la vieille ville on marche sous des grillages, installés-là par une association humanitaire, afin de protéger les passants palestiniens des immondices et des excréments que leur jettent régulièrement les colons qui vivent au-dessus.

Cette ségrégation spatiale basée selon des critères ethniques et religieux, orchestrée par une armée occupante au bénéfice d’une minorité de colons porte un nom, celui de l’apartheid. A Hébron, j’ai eu l’impression d’être témoin d’une facette de ce que l’humanité peut faire de pire, une ville témoin d’un apocalypse ultra-sécuritaire, desertée de la moindre justice.

Gil Boutaher

“Et vous êtes là pour quelle raison exactement? Parce que si c’est simplement pour montrer de la compassion envers la souffrance du peuple Palestinien, ce n’est pas assez".

La fumée danse autour du visage de Nassar, co-directeur du Alternative Information Centre basé à Bethlehem. Nous y faisons une incursion le mardi matin, avant d’enchainer avec la visite d’Hébron. Entre statistiques, faits historiques et tirades à orientation marxiste, Nassar brandit une clé de fer, symbole des 500.000 palestiniens (5 millions deuxième génération comprise) chassés de leur domicile en 1948 et 1967, et qui revendiquent toujours leur ‘right of return’ depuis des camps de réfugiés à caractère hélas bien permanent. Nassar nous fait aussi réfléchir.

A l’ère des ‘faits alternatifs’, Alternative Information Centre n’est pas une dénomination des plus rassurantes. Mais le but de cette institution israélo-palestinienne est justement de rééquilibrer le débat, via états-des-lieu de terrains, travaux de recherche, visites, échanges avec des parlementaires étrangers... Un centre de lobby pro-Palestinien, en somme. Et les Palestiniens en ont bien besoin, face à un système où l’Etat Israélien a trop souvent la main haute en ce qui concerne ressources financières (issues d’une économie non entravée par une politique d’occupation et largement subventionnée par d’autres Etats), contacts aux Etats-Unis et en Europe, et institutions fortes et efficaces, dont des media centres très réactifs quand il s’agit de justifier les bombardements de Gaza et autres ‘actions préventives’. Jouissant d’une immense liberté d’interprétation doublée d’un grand écho médiatique, une attaque au couteau de soldat en gilet-par-balle, probablement qualifiée d’acte de désespoir dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, ou de résistance dans la France occupée de la seconde guerre mondiale, se trouve alors estampillée ‘acte terroriste’. Les souffrants deviennent bourreaux, les désespérés déterminés. On accuse la victime de discriminations quotidiennes et d’humiliations gratuites de se montrer trop haineuse, et pas assez coopérative – ‘entrave majeure au processus de paix’.

Nassar insiste, «la résistance n’est pas le résultat d’une détermination individuelle, mais le produit d’une réalité subie». Il n’est pas question ici de glorifier des actes de violence, mais d’attirer l’attention sur la violence des mots. Nassar nous exhorte à nous montrer critiques, mais aussi à réaliser que le combat des palestiniens est le nôtre. Que quand, pour certaines personnes dans un endroit lointain, la justice est bafouée et la vérité tue, les libertés sacrifiées sur l’autel d’une soi-disante sécurité accrue, nous pouvons très bien être les prochains sur la liste – et le sommes peut-être déjà. De récepteurs passifs de notre compassion, les Palestiniens se font ainsi acteurs. Et nous nous en montrons tout aussi activement solidaires, par souci d’auto-préservation. Relayant leur quotidien, racontant leurs histoires. Faisant écho à l’activiste aborigene Lilla Watson:

"If you have come here to help me, then you are wasting your time. But if you have come because your liberation is bound up with mine, then let us work together”.

Isabelle Desportes

 

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