Capitalisme et écologie : mariage impossible ?

Capitalisme et écologie : mariage impossible ?
UCL
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Pour cette conférence nous avons eu l’honneur d’accueillir Zoé Genot (députée à la région bruxelloise) ainsi que David Pestieau (Directeur du service d’études du PTB).

Le titre de la conférence ayant fait office d’entrée de jeu, Zoé affirme d’emblée que la capitalisme ACTUEL est incompatible avec l’écologie. Tout d’abord les sciences économiques ne fonctionnent plus car les postulat de base sont erronés. Il n’y en effet pas de prise en compte intrinsèque de l’environnement dans les théories capitalistes fondées par Adam Smith et sa théorie de la main invisible.

Actuellement, ce qui doit guider la société c’est la justice climatique et sociale face aux changements climatiques qui sont déjà en cours ! Les conséquences s’en font déjà ressentir dans les pays du Sud mais également les conséquences sont notables sur la santé humaine même dans nos régions. Par ailleurs les personnes du quart monde (ndlr, les pauvres de nos régions) sont les premières à subir de plein fouet la pollution dans nos grandes villes.

Zoé Genot qui est conseillère communal à Saint-Josse pouvait en témoigner au travers des études concernant les affections pulmonaires dûes aux particules fines des enfants de sa commune. Pour elle la solution passe inévitablement par un Etat fort qui doit pouvoir réguler l’usage des biens communs essentiels que sont l’eau, l’air et l’énergie. Mais l’Etat doit pouvoir donner un pouvoir fort à l’ensemble des citoyens (et non à une minorité comme c’est le cas aujourd’hui) pour créer des coopératives qui vont en ce sens. Cela doit donc inévitablement passer par une réduction du temps de travail afin que les citoyens aient l’occasion d’y prendre part.

Au tour de David Pestieau d’affirmer sans équivoque que le mariage entre capitalisme et écologie est impossible. Pour lui les enjeux se font essentiellement au niveau mondial et des grandes multi-nationales. Pour argumenter son propos, il se base sur les limites données par le GIEC qui affirme que pour éviter les +1,5°C de réchauffement climatique il s’agira de ne pas émettre plus de 400 Gt de CO2 dans l’atmosphère (or on en émet au niveau mondial 50Gt/an). ndlr: On comprendra dès lors par un rapide calcul qu’il nous reste en réalité que 8 ans à ce rythme là pour ne pas dépasser ce seuil fatidique ! David Pestiau appuye son propos en expliquant que le système actuel ne permettra pas de respecter ces limites car les multinationales lobbyent en permanence les politiques pour continuer à pouvoir émettre du CO2. Il faut donc changer le système capitaliste actuel pour redonner le pouvoir au peuple et à un contrôle citoyen (notamment dans le secteur de l’énergie par exemple).

Quelles solutions pour la transition alors ? Pour David Pestieau, il s’agit de contraindre les grandes multinationales pour les forcer à faire des investissements dans leurs propres entreprises afin de diminuer les émissions de C02. Dans le domaine du transport, ces investissements doivent être faits selon lui dans le stockage par l’énergie hydrogène et rendre la production d’énergie dans les mains du public tout en la tournant vers le renouvelable. A cela, il ajoute les investissements qui doivent être faits dans les transports publics pour pouvoir à terme les rendre gratuits et également dans l’isolation des bâtiments. Il rappelle par ailleurs qu’il serait dès la prochaine législature possible de mettre en place un plan à 10 milliards d’euros qui, contrairement aux primes actuelles, privilégiera les classes les plus défavorisées.

Pour Zoé Genot, il s’agira avant toute chose d’apprendre à consommer moins et vivre de manière plus sobre. C’est donc vraiment le modèle actuel de consommation de masse qu’il faut remettre en question, toutes classes sociales confondues. En effet, les citoyens financent, in fine, TOUTES les grandes multinationales de l’énergie comme Shell, Total etc… Il s’agira donc de changer les comportements pour tout le monde même si il est évidemment reconnu que les classes sociales les plus riches émettent bien plus de CO2 que les plus pauvres. Mais à eux seuls, ils constituent pas la société de consommation de masse des pays industrialisés. Il faudra donc changer le modèle de production en terme d’alimentation, d’énergie, de consommation, de mobilité, d’habitat et du travail (notamment au en ce qui concerne le fonctionnement des entreprises). Dans le domaine de la mobilité par exemple, Zoé Genot souhaite voir idéalement circuler en ville uniquement les véhicules nécessitant le déplacement de charges importantes comme du matériel de travail pour un plombier par exemple. Cela permettrait notamment de libérer de l’espace pour les transports en commun qui subissent malgré eux la congestion quotidienne de mobilité au sein de Bruxelles. Pour opérer tout cela, Zoé Genot préconise une approche fine au travers de l’éducation permanente où l’Etat jouerait un rôle exemplatif en matière de durabilité.

Comment finance-t-on la transition écologique ? Pour David Pestieau, le problème est que le pourcentage le plus riche consomme autant que les 50% les plus pauvres de la planète. Il faut donc se méfier de la taxe à la consommation où l’on marchandise également les émissions de CO2. En effet, cela n’empêchera pas les très riches de continuer à polluer en achetant des permis à polluer. De manière générale, une bonne politique selon David Pestieau passerait par une taxation spécifique des grandes multinationales et une contribution plus importante des riches dans le financement de la transition.

Zoé Genot rejoint assez bien ce point de vue mais ajoute des mesures plus fines ; supprimer le plafond sur les cotisations sociales afin que les gros indépendants payent d’avantage que les petits. Elle met également en avant la taxation sur le kérosène et également son opposition aux grands traités de libres échanges qui s’opèrent actuellement afin d’éviter le dumping social et environnemental.

Le mouvement climatique, quelles perspectives ? Selon Zoé Genot, les marches pour le climat permettent de créer un rapport de force au sein du Parlement belge. Elles sont donc capitales. Zoé les considère d’ailleurs jusqu’ici comme une belle réussite en terme d’espoir suscité pour changer la société. Malgré les nombreuses tentatives pour décrédibiliser et décourager les grévistes du jeudi #YouthForClimate, elle explique voir au travers de ces manifestations beaucoup de liens se tisser entre les personnes. Ce qui est déjà une formidable chose. Bien sûr dit-elle il y a encore du travail en commun et des apprentissages à faire de cette première vague de manifestation mais cela est nécessaire pour à l’avenir faire converger toutes les luttes actuelles tant en terme de justice sociale que de justice climatique !

David Pestieau lui aussi se félicite de l’ampleur de ces marches. Il veut néanmoins mettre en garde les marcheurs pour le Climat; le pouvoir actuel fera tout pour utiliser le fatalisme et faire croire qu’on ne peut pas faire bouger les choses sous prétexte de mener à un chaos plus important encore. Il faut bien prendre conscience que selon lui, on est devant des forces qui ne veulent PAS changer. Il en veut pour preuve qu’en 6 mois de manifestations, les marches pour le Climat sont passées de déception en déception, notamment avec la fermeture de ma mise en place d’une potentielle « Loi Climat ». Mais il insiste, la pression de la rue doit continuer pour faire plier le politique. Tous les grands changements dans notre société sont passés par là, il ne faut pas se faire d’illusions ! D’après lui, nous ne sommes donc qu’au début d’une grande montagne à gravir et les multinationales continueront bien évidemment à nous mettre des bâtons dans les roues tout au long de cette expédition. Enfin il est capital pour lui de définir vers quoi ce dirigent exactement toutes ces marches pour le Climat car une chose est certaine c’est que la capitalisme tentera à coup sur de récupérer le mouvement et de muter en capitalisme VERT. Soyons aux aguets !

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