Comment utiliser les TIC dans une démarche collaborative  ?

Comment utiliser les TIC dans une démarche collaborative  ?
Fédéral
Thématique(s) de l'article :
Lors de cet atelier thématique d'écolo j on fire 2014, nous avons accueilli  :
  • Daniel Bonvoisin de l’ASBL Média-Animation.
  • Delphine Masset, membre de l’équipe fondatrice du Musée du capitalisme-qui a été financé par crowdfunding- et ancienne coprésidente d’écolo j Bruxelles.

Retour sur le contenu thématique de cet atelier.

Pour entrer dans le vif du sujet, Delphine Masset a présenté son étude sur les pratiques collaboratives liées aux nouvelles technologies (Etopia), dans 3 domaines distincts : la consommation, la finance et la connaissance. Ces pratiques collaboratives s’illustrent dans différents domaines d’application :

  • En matière de finance : Peer to peer founding, peer to peer lending (prêt), peer to peer currency
  • Mouvement des makers, production collaborative : fablab, labo expérimental avec des outillages, imprimante 3D, comanufacturing, permet de designer un projet (Ikea Hackers).
  • Production immatérielle : optique des logiciels libres.
  • Consommation collective : habitat collectif, groupe d’achat commun,...
  • Connaissance collective : l’outil le plus connu est Wikipédia.

Quelques exemples de productions collaboratives :

  • La ruche qui dit oui ! : Cette plate-forme et son site Internet aident les particuliers à la mise en place de points relais afin de permettre un lien direct avec le producteur. L’ organisation réinvesti les bénéfices dans le projet.
  • Blablacars : le site permet l’organisation de covoiturage et met en relation des conducteurs qui voyagant avec des places libres avec des passagers recherchant un trajet. Il est cependant devenu contraignant car il faut verser une somme à l’inscription reversée aux créateurs du site, contrairement à taxi stop où la transaction se fait de pair à pair ;
  • Uber : service de voitures avec chauffeurs, disponible sur smartphone, mettant en relation des usagers et des conducteurs de voitures à la location. Un conducteur peut se signaler auprès de la plate-forme, l’organisation prélevant un pourcentage pour se rémunérer. Le problème de l’initiative est qu’elle place les taximen en concurrence avec ces conducteurs. Cela pose la question de la concurrence déloyale avec ceux qui ont réellement ces compétence, la question est la même avec les échanges locaux. Cela gagnerait à être éclairci au niveau de la législation.
  • Drivy  : service de location de voiture entre particuliers, des charte d’usage existent.
  • Couchsourfing  : service de logement entre particuliers.
  • Warmshower  : communauté pour les cyclo-randonneurs et les hôtes.
  • Woofing  : permet de faire un séjour et travailler dans une ferme en agriculture organique contre logement et couvert.
  • Open data et smart Cities : une ville collecte les données des usagers à partir des usages quotidiens, par exemple en terme de mobilité, cela permet une analyse visant à proposer des trajets alternatifs ou des places de parking, etc. Ces données permettent de s’organiser à un niveau micro pour rendre la ville plus facile. Seul danger, celui que de gros investisseurs du secteur immobilier ou automobile s’emparent de ces outils, comme c’est déjà le cas pour certains projets.
  • Enfin, le crowdfunding, la finance participative, permet de faire appel à un grand nombre de personnes pour financer un projet. Le financement du Musée du capitalisme (http://www.museeducapitalisme.org/#) a fait appel au crowdfounding.

Présentation d’un projet financé par crowdfounding : le Musée du capitalisme

Le Musée du capitalisme, dont Delphine fait partie de l’équipe de fondatrice, est un espace citoyen itinérant qui met en débat le capitalisme et propose de se repositionner face à cette thématique.

Pour un budget global de 18 000 €, les sources de financement sont les suivantes : 6000 € de la fédération Wallonie Bruxelles, 6000 € du BIJ (Bureau International de la jeunesse), 3000 € issus du crowdfounding et 3000 € issus du mécénat.

Les initiateurs ont utilisé la plate-forme de crowdfounding Kiss Kiss Bank Bank. Delphine nous livre quelques astuces utiles pour entreprendre ce type de démarche :

  • Ne pas fixer une somme trop élevée au départ car il faut fixer un délai réaliste ;
  • Ne pas penser que c’est l’eldorado car la démarche demande un travail de réseautage important pour rassembler des somme pas très importantes.
  • Ne pas oublier que la plate-forme prélève un pourcentage à la fin.
  • La démarche demande beaucoup de gestion, de contacts et de réseautage. Il faut noter que l’argent récolté provenait au final de l’entourage.
  • L’équipe a remercié les donateurs par des petits cadeaux, mais ces contreparties n’étaient pas forcément attendues.

Les enjeux sociaux, politiques et économiques des outils numériques collaboratifs

Pour Daniel Bonvoisin, l’interaction est le principe même du système numérique : chacun se positionne en tant qu’émetteur/récepteur, et l’interaction constitue le principe technique. L’outil est donc fondamentalement collaboratif. Aussi, l’on parle souvent de « dématérialisation », ce qui est pour lui un leurre. Le système numérique est gourmand (en énergie, câblage, satellites, machines, etc.) et ces outils occultent souvent leurs aspects matériels.

Dernière remarque introductive, les échanges sont permanents et horizontaux, pas verticaux. Les data centers et leur archivage sont paradoxalement plus fragiles que les messages gravés dans la pierre. Or, toutes les données sont concentrées dans très peu de centres.

La productivité, c’est le crowdsourcing : Wikipedia a permis de rassembler une masse de savoir produite collectivement. Les logiciels collaboratifs permettent que n’importe qui s’empare du code et le modifie. L’échange culturel en profite (y compris le piratage) même si cela pose des questions économiques. Les personnes sont le support de la circulation de l’information (buzz). La mobilisation des petites unités est aussi permise par les outils numériques collaboratifs : la campagne présidentielle de Obama en est un bel exemple.

La plus-value sociale d’Internet : La valeur n’est pas le programme mais la communauté créée par celui-ci. Lorsque Facebook rachète Instagram, ce n’est pas le logiciel qui est visé, mais la communauté derrière. « Sur les réseaux sociaux, le produit, c’est vous ». C’est simpliste mais vrai. Le succès dans les réseaux, c’est ce qui est le plus vu.

Un outil = une sociabilité spécifique : Chaque réseau social propose une forme particulière de relations sociales (ex : sur Facebook on ne peut qu’aimer) c’est une vision proposée par l’outil : la page Linkdln et la page Facebook d’une même personne ne présentent pas les mêmes contenus. Aussi, tous ces outils impliquent une gouvernance : des règles qui s’appliquent aux usagers. La gouvernance de Wikipédia est allée très loin, car la façon dont les gens interagissent définit aussi les contenus.

Moins de centralité : Les impacts de ces outils sur sur les rapports sociaux sont qu’il y a moins de centralité : la société est plus réseautée moins pyramidale. Par exemple, concernant les mouvements ayant utilisé les réseaux sociaux (printemps arabes, indignés, Occupy wall street) faut noter qu’aucun leadership n’a émergé. Et si un leadership apparaissait, il était perçu négativement par le groupe... Les pratiques collaboratives requestionnent la concentration de pouvoir.

Tendance à la transparence  L’accès à l’information se fait sans limite et les programmes de surveillance sont nombreux. Parallèlement, on surveille beaucoup plus le pouvoir, le fait que l’information circule est en soit positif. Mais dans une société où tout le monde se voit, tout devient objet de suspicion.

Les choix techniques sont aussi des choix politiques, et inversement : La structure technique d’un projet numérique porte une société et une politique, c’est une certaine idée d’une organisation sociale qui se matérialise par une technologie en réseau.

Ces outils permettent de réaliser un potentiel social, économique, politique. La société interagit sur le WEB qui devient un espace de lutte et d’organisation sociale. Il faut cependant se méfier des des utopies en ligne. Par exemple, le site de journalisme citoyen Agoravox est devenu l’antithèse de l’utopie de départ et ce qu’il a créé est devenu un monstre récupéré par l’extrême droite, de par la mauvaise modération et au nom de la participation.

Merci à Delphine Masset et Daniel Bonvoisin pour leurs interventions avisées et pleines d’exemples pratiques sur cette thématique particulièrement intéressante pour écolo j !

Pour aller plus loin, la présentation « Enjeux sociaux, politiques et économiques des outils numériques collaboratifs » de Daniel Bonvoisin est téléchargeable ci-dessous.

 

Documents

20140628_ppt_daniel_bonvoisin.odp

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