COVID-19 : Ton Corps Ton Choix, ça ne change pas !

COVID-19 : Ton Corps Ton Choix, ça ne change pas !
Fédéral
Thématique(s) de l'article :
En temps de crise sanitaire, garantir les droits à la santé sexuelle et reproductive peut devenir un exercice périlleux.

C’est un véritable casse-tête logistique pour les hôpitaux et les centres de planning familiaux : il faut éviter la contamination des patients·es et du personnel médical et soignant tout en permettant l’accès à la contraception (urgente ou non) et à l’IVG. Tout ceci dans un contexte de saturation des services de santé public.

Sous la pression du nombre de malades atteints·es du COVID-19, la plupart des hôpitaux ont fermé leurs cliniques et redirigent les patientes vers les centres de planning familiaux. Ceux-ci craignent de ne pas avoir suffisamment de personnel pour répondre à la demande.

Il faut absolument garantir la sécurité du personnel soignant afin qu’il puisse continuer ses missions de prévention, d’aide et d’orientation pour tous·tes.

La loi actuelle ne facilite pas l’accès à l’IVG, essentiel pour les femmes et les personnes ayant un utérus. En effet, la loi requiert un délai de 6 jours de réflexion lors d’une IVG, et donc deux déplacements (le premier pour une consultation et le deuxième pour l’intervention). 

  • Cela double les chances de contamination car augmenter les contacts, c’est augmenter les risques. 
  • Cela implique aussi le risque d’être entre-temps contaminée pour la patiente - repoussant ainsi la date de l’intervention, potentiellement hors-délai légal.  

Alors que la loi IVG est en cours de délibération au Parlement, le délai de 6 jours doit être suspendu immédiatement et le délai légal étendu à 18 semaines.

La contraception étant la mesure préventive la plus efficace pour diminuer le nombre de grossesses non désirées, le fait d’avoir besoin d’une ordonnance pour accéder à une partie de cette contraception est problématique :

  • Certaines pharmacies acceptent de vendre des contraceptifs sans ordonnance en postposant le dépôt de celles-ci après le confinement, ce n’est qu’un report et non une amélioration de l’accès à la contraception. De plus, cette décision reste à la discrétion du·de la pharmacien·ne et donc revient à du cas par cas, vecteur de stress/d’incertitude pour les personnes concernés·es.
  • Si la contraception, à l’exception du préservatif, reste gratuite jusqu’à 24 ans, elle requiert toujours une ordonnance, tout comme la contraception d’urgence. C’est absurde car cela signifie que les jeunes concernés·es doivent consulter un médecin. 
  • De plus une grande partie de la planète étant confinée et donc les entreprises non-essentielles fermées, l’ONU s’inquiète d’une pénurie mondiale de contraceptifs1. La pénurie d’autres moyens de contraceptions est, également, envisageable.

L’accès à la contraception est un droit fondamental pour permettre aux femmes* de disposer de leurs corps. L'accès sans ordonnance et gratuit aux différents modes de contraception2 devrait être dès à présent garanti pour chacune sur l’ensemble de sa vie sexuelle. Il en va de même pour la contraception d’urgence.

Les pouvoirs publics doivent prévoir un stock stratégique de contraceptifs afin de garantir l’accès à la contraception.

Enfin, il y a un risque d’augmentation des violences gynécologiques, obstétricales et d’actes non médicalement justifiés en raison de la saturation des hôpitaux et du personnel médical en sous-effectif, notamment :

  • On pressent des recours injustifiés à la césarienne et des accouchements provoqués juste pour accélérer la sortie de l’enfant, plutôt que pour des raisons médicales.
  • Risque de séparation des mères et de leur enfant si elles sonts contaminées au Covid-19 après la naissance.
  • Risque d'interdiction d’être accompagnée durant l’accouchement. 

Aucune situation d’urgence ne justifie les violences gynécologiques et obstétricales. Il est essentiel d’assurer que les actes exercés lors de l’accouchement soient uniquement motivés par la santé de la mère et de l’enfant et avec le consentement de cette dernière. En cas de violences gynécologiques, les femmes* et autres patients doivent être en mesure de les signaler à une entité indépendante en charge de l’examen des plaintes et en capacité de mener des investigations. De plus, une prise en charge et un accueil respectueux des patientes* passent évidemment par le financement adéquat des établissements de santé, l’augmentation du nombre de personnel soignant et une amélioration de leurs conditions de travail.

Nous tenons à remercier les plannings familiaux, qui malgré un contexte difficile, continuent à mener leurs missions essentielles.

Pour plus d’info sur l’impact du Coronavirus sur les femmes*, suivez le travail de Sarah Schlitz.

------------------------------------

 

1RTBF.be, 8 avril 2020, "Coronavirus : effet colatéral, l'ONU redoute l'arrivée d'une pénurie "désastreuse" de préservatifs"

2 En ce qui concerne la première prise de la pilule contraceptive, un rendez-vous peut être prévu pour l’adapter aux besoins de la patiente et exposer les autres modes de contraception.

Article précédent Article suivant
Partager l'article
Nos thématiques

Nos thématiques