Dictionnaire intime des femmes, Laure Adler

Dictionnaire intime des femmes, Laure Adler
Fédéral
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Ce dictionnaire représente pour moi une fresque gigantesque ou se côtoient une multitude de femmes, célèbres ou anonymes, d'hier et d'aujourd'hui. On se balade de page en page, on revient en arrière pour prendre du recul, on saute quelques chapitres ; comme si l'on observait un tableau de très grande dimension mais avec une infinité de détails.

Elle nous présente des femmes de lettres, militantes, artistes en tous genres, philosophes, voire le tout à la fois. Parfois il s’agit même de femmes mythologiques (Antigone, Héra) ou fictives, notamment dans le théâtre (Ophélie) et la musique classique (Mélisande, Carmen).

A travers presque 500 pages, l’auteure nous dévoile une encyclopédie de celles qui l’ont inspirée. Elle-même a été nourrie, enrichie, par l'héritage de ces héroïnes. Celles-ci ont toutes des parcours assez différents de par leur classe sociale, leur sexualité ou encore leur style artistique. Les citations d'auteures, de poétesses, de penseuses m'ont donné envie de lire toute une série d'autres livres.

L’auteure nous donne aussi son point de vue sur des éléments de la féminité et de l’histoire du féminisme. Nous apprenons par exemple que le rouge à lèvre n'a pas toujours été l'apanage des femmes (à la Renaissance, les hommes en portaient aussi !). Bien que les normes esthétiques évoluent à travers l'histoire, l'apparence des femmes continue d'être soumise aux diktats de la société.

La sexualité féminine est abordée à plusieurs reprises. On se rend compte que tous les aspects du sexe et du plaisir féminin ont un point commun dans l'histoire : la honte, le déshonneur et le tabou. Une jeune fille a ses règles ? Elle est impure ! Si en plus elle est de mauvaise humeur : hystérique ! Une femme se masturbe ? Déshonneur ! Une femme n'est plus vierge ? Honte sur elle !

Dans un autre passage, voilà une citation extraite de la Bible qui m'a frappée :

« Une femme ne portera pas un costume masculin, et un homme ne mettra pas de vêtements de femme ; quiconque agit ainsi est en abomination avec Yahvé ton Dieu » Deutéronome

Cet extrait montre à quel point la vision binaire du genre (homme ou femme comme uniques possibilités) existe depuis longtemps. On peut supposer qu'elle s'est transmise dans la société via la religion jusqu'à notre époque. Cette vision nous a ensuite été inculquée par notre éducation et notre vie en société. Comme le cite Laure Adler, le genre est une construction sociale.

Par contre, je ne suis pas du tout d'accord sur sa vision du voile. Pour elle, le patriarcat est « le noyau dur » de l'islam, une femme ne peut pas être voilée sans être soumise (« le voile assigne aux femmes une place sociale définie par la soumission »). Et elle tourne en ridicule les jeunes femmes qui revendiquent le voile comme signe d'émancipation, conquête de leur spiritualité. Comment Laure Adler peut-elle défendre pendant 500 pages la liberté de la femme à disposer de son corps et de sa réflexion et ensuite refuser totalement qu'une femme choisisse de porter le voile ? Je trouve cette position d'autant plus problématique du fait qu'elle ne peut que renforcer l'islamophobie déjà bien trop présente dans notre société.

Au sein du Selflove Gang, nous revendiquons un féminisme inclusif et intersectionnel, c'est-à-dire donner la parole à toutes les femmes.

C'est pourquoi je suis déçue par le manque de femmes non-blanches/occidentales dans cet ouvrage. Parmi les dizaines et dizaines de personnalités, seulement quelques-unes sont noires (Chimamanda Ngozi Adichie, Toni Morrison et Angela Davis). Même si elle explique brièvement le concept d'afroféminisme, je trouve que cela reste trop peu pour un livre aussi vaste...

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