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GENRES | L’homicide au féminin ?

pictoDossiersLa violence et la domination masculines sur les femmes et leur corps trouve son expression la plus fatale lorsqu’elles en décèdent. Appelé aussi gynécide, gynocide ou fémicide, le féminicide peut se définir comme « tout meurtre de filles ou de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes »1 ou comme tout meurtre de femmes fondé, et fréquemment justifié, spécifiquement sur l’appartenance à un genre « féminin »2

Celui-ci présente différentes formes : il peut être intime (c’est-à-dire causé par un partenaire actuel ou ancien) ou non (commis par un étranger), mais aussi lié à l’honneur ou encore à la dot. L’infanticide des fillettes et la sélection fœtale constituent également des féminicides.

C’est « grâce à » la ville mexicaine de Ciudad Juarez, située aux frontières étasuniennes, que le féminicide a fait sa récente entrée sur scène. Depuis 1993, on dénombre plus de 1.3003 mortes, enlevées, torturées, violées, tuées, là où la police corrompue favorise l’impunité (75% des cas4).

En certains lieux, la corrélation pauvreté-féminicide est pertinente. Ailleurs, c’est la tradition qui peut se révéler l’ennemie des femmes. C’est aussi un contexte politique, bref, on peut lui trouver toutes les raisons afin de le justifier. Mais il serait trop aisé de pointer du doigt les autres sans regarder chez soi et de ne pas voir les raisons principales du problème. Les Occidentaux n’ont certainement pas à être fiers.

La forme de féminicide la plus commune chez nous est l’euphémique crime passionnel. Ce terme recouvre le cas du féminicide intime, occultant la dimension genrée qui lui est inhérente. Pire, il lui trouve un autre coupable : l’amour, la passion et, dans certains cas, c’est la femme elle-même, la provocatrice de la colère de monsieur5.

Ce « féminicide d’amour » partage avec le féminicide lié à l’honneur6 les valeurs sur lesquelles il repose : l’idée archaïque que la famille est la propriété de l’homme, qu’il soit père ou mari. La recherche a clairement démontré le poids des modèles sociaux des relations privées H/F et, en particulier, la persistance du modèle inégalitaire dans le processus du féminicide intime7. Les crimes constituent alors une forme de sanction de la sexualité féminine – dont le traitement est, bien entendu, différencié de la sexualité masculine.

Grâce au combat féministe qui y a été mené, plusieurs pays8 de l’Amérique latine ont intégré le féminicide dans le code pénal. Chez nous ? On s’en doute, on trouve dans notre androcentré code le mot homicide pour le meurtre en général tandis que les termes parricide9 et infanticide10 jouissent d’une définition. La loi stipule toutefois que le sexe en tant que mobile du crime ou du délit entraine une peine différente de l’homicide. Mais cette précision se place entre nationalité, ethnie, état civile, naissance, âge, handicap, langue, conviction politique ou syndicale, etc. et ne bénéficie d’aucune définition11.

La Belgique pourrait pourtant suivre l’exemple de l’Italie et de l’Espagne, qui ont fait du féminicide un crime spécifique assorti d’une peine spécifique, d’autant plus qu’elle a ratifié la Convention d’Istanbul. Aussi, le 10 juin 2016, le Parlement de la région de Bruxelles-Capitale a signé la Proposition de résolution condamnant le féminicide, laquelle ouvre le féminicide aux « violences à caractères sexistes perpétrées sur les corps des femmes », incluant les mutilations génitales, les stérilisations forcées, l’hétérosexualité forcée, les viols… et demande au gouvernement fédéral « d’ériger le fémicide en infraction pénale et de reconnaître la terminologie fémicide quant aux violences à caractère sexiste perpétrées sur les corps des femmes. » 12

Il y a urgence à ce qu’on prenne en considération, au niveau national, le problème des féminicides. De l’inscrire au Code pénal. De déployer une réelle politique de lutte contre ceux-ci. De former correctement à la prévention, lutte et prise en compte du féminicide dans les différents piliers dont nous disposons.

Ne pas reconnaitre ni nommer un problème, c’est le laisser dans son inexistence latente. Visiblement, le féminicide reste, pour l’instant, tributaire de la hiérarchie qui contribue à définir le genre.

Maëlle De Brouwer

Art. 405quater.[1 Lorsqu’un des mobiles du crime ou du délit est la haine, le mépris ou l’hostilité à l’égard d’une personne en raison de sa prétendue race, de sa couleur de peau, de son ascendance, de son origine nationale ou ethnique, de sa nationalité, de son sexe, de son changement de sexe, de son orientation sexuelle, de son état civil, de sa naissance, de son âge, de sa fortune, de sa conviction religieuse ou philosophique, de son état de santé actuel ou futur, d’un handicap, de sa langue, de sa conviction politique, de sa conviction syndicale, d’une caractéristique physique ou génétique ou de son origine sociale, les peines seront les suivantes :

   1° dans les cas visés à l’article 393, la peine sera la réclusion à perpétuité ;
   2° dans les cas visés aux articles 398, 399, 405 et 405bis, 1° à 3°, le maximum de la peine d’emprisonnement portée par ces articles sera doublé avec un maximum de cinq ans et le maximum de la peine d’amende sera doublé avec un maximum de cinq cents euros ;
   3° dans les cas visés aux articles 400, alinéa 1er, 402 et 405bis, 4°, la peine sera la réclusion de cinq ans à dix ans ;
   4° dans les cas visés aux articles 400, alinéa 2, 401, alinéa 1er, 403, 405bis, 5° et 9°, la peine sera la réclusion de dix ans à quinze ans ;
   5° dans les cas visés aux articles 401, alinéa 2, 405bis, 6°, 7° et 10°, la peine sera la réclusion de quinze ans à vingt ans ;
   6° dans les cas visés aux articles 404, 405bis, 8° et 11°, la peine sera la réclusion de vingt ans à trente ans.]1

Pour l’article
http://www.axellemag.be/feminicide/
http://www.coe.int/fr/web/istanbul-convention
https://www.femicide.net/

Homicide au féminin
La violence et le contrôle masculin sur les femmes et leur corps trouve son expression la plus fatale lorsqu’elles en décèdent. Appelé aussi gynécide ou gynocide, le féminicide est « tout meurtre de filles ou de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes »13
Les féminicides se présentent sous différentes formes. Le féminicide intime est commis par l’époux ou le petit ami, actuel ou ancien. Les crimes liés à l’honneur sont causés à cause d’une transgression sexuelle ou comportementale de la part d’une femme ; celle-ci est alors assassinée – dans certains cas parce qu’elle a été violée – afin de protéger la réputation de la famille. Il y a également le féminicide lié à la dot, dans le cas où, par exemple, la dot de l’épouse est insuffisante. Le féminicide non intime est, comme son nom l’indique, commis par une personne en relation non intime avec la victime et peut être commis par hasard ou de manière systématique.

1 Claudia Garcia-Moreno, Alessandra Guedes et Wendy Knerr, Comprendre et lutter contre les violences à l’égard des femmes, 2012, p. 1

2 Mathieu Caulier, « Les politiques du genre face au conflit », Journal des anthropologues [En ligne], 136-137 | 2014, mis en ligne le 02 juin 2016, consulté le 30 mars 2015

3 Mais les chiffres restent problématiques, certaines sources allant jusqu’à 5000 tuées, à cause du manque de statistiques officielles. D’autres villes comptent un taux de féminicide plus élevé mais n’ont pas joui d’une mobilisation populaire autour de ce drame.

4 Selon l’Observatoire citoyen national du féminicide.

5 Il existe dans certaines législations occidentales la possibilité d’invoquer la « défense de provocation », qui, si elle est acceptée, permet de réduire la peine de l’accusé. On a observé dans certains cas que les propos de la femme s’étaient révélé offensif et les juges leurs ont imputé une part de responsabilité dans la mort de leur autrice, diminuant jusqu’à deux ans la peine du tueur.

6 Pascale Fournier, Pascal McDougall, « Le droit comparé et la violence faite aux femmes : voyages au cœur de la narration identitaire », Droit et société 2014/2 (n° 87), pp. 435-464.

7 Annick Houel, Claude Tapia, « Les dessous du féminicide. Le cas Althusser », Le Journal des psychologues 2008/8 (n° 261), p. 50.

8 Bolivie, Argentine, Chili, Costa Rica, Colombie, Salvador, Guatemala, Mexique, Pérou.

9 Article 395 du Code pénal.

10 Article 396 du Code pénal.

11 Article 405 du Code pénal.

12 http://weblex.irisnet.be/data/crb/doc/2015-16/129105/images.pdf : p. 5.

13 Claudia Garcia-Moreno, Alessandra Guedes et Wendy Knerr, Comprendre et lutter contre les violences à l’égard des femmes, 2012, p. 1

GENRES | Pourquoi l’écriture inclusive ?

pictoDossiersLe sexisme traverse toutes les couches de notre société : nos salaires, nos espaces publics, nos loisirs, nos attitudes… C’est donc « naturellement » qu’on le retrouve dans la langue qui traduit, à sa manière, le principe de la domination masculine.

Ne dit-on pas que « le masculin l’emporte » ? Et aussi pour des termes genrés ? Cette règle grammaticale, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne va pas de soi et n’est en rien naturelle. Les dires de certains grammairiens peuvent nous éclairer quant à sa justification. Le célèbre abbé Bouhours écrit en 1675 que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ». Mais Bauzée, en 1767, est plus explicite : « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ».

La langue est donc ce produit culturel qui depuis des siècles offre une forte visibilité au masculin, laquelle provient de décisions politiques en accord avec les académiciens, qui sont alors des hommes. Relevons, par ailleurs, que ces choix se réalisent parallèlement aux volontés de disparition des langues régionales (langues d’oïl et d’oc). Ainsi, ne sont plus usités des termes tels qu’autrice, poétesse, etc. C’est, en l’occurrence, une des causes de la difficulté pour certain-e-s de dire aujourd’hui écrivaine, directrice… alors que même le Moyen Age n’y voyait aucun inconvénient et qu’aujourd’hui on ne rencontre aucun problème à parler de puéricultrices ou d’infirmières pour des ensembles de personnes.

Des études ont mis en évidence que lorsqu’on demande de définir le sexe d’une personne signant « avocat »…, la grande majorité des personnes suppose qu’il s’agit d’un homme. Ce procédé psycholinguistique n’est, en réalité, que significatif des représentations stéréotypiques que nous nous faisons tous et toutes.

C’est pourquoi l’écriture inclusive, ou l’ensemble des attentions graphiques (orthographiques ou syntaxiques) permettant d’assurer une égalité de représentation des deux sexes, propose de mettre fin à la soi-disant neutralité du masculin.

La langue structure et construit la réalité des locuteur-trice-s mais notre réalité construit et structure également la langue. Celle-ci participe de l’intériorisation et de la perpétuation des inégalités ainsi que des clichés. Il est dès lors impossible d’attendre que la société change et que la langue suive d’elle-même. Il nous revient de saisir cette double influence afin de proposer une réalité et une langue non discriminantes de sorte qu’elles s’influencent dialectiquement.

Puisque l’idéologie est aussi à l’œuvre dans la langue, il est nécessaire de mettre fin à l’exception du féminin. C’est l’humanité qui doit l’emporter. Et elle n’est pas constituée que d’hommes avec, par accident, quelques femmes.

Il s’agit alors de considérer la langue comme un levier de combat contre les discriminations entre les sexes. Cet outil de lutte, lui aussi politique, est un instrument et un lieu d’influence qui permet de s’engager contre le sexisme. L’objectif est de mettre fin à l’invisibilisation des femmes dans la langue, comme dans la société, où sont représentés une majorité d’hommes mais aussi de reconnaitre la place de ces hommes dans certains rôles le plus souvent associés à des femmes.

L’écriture inclusive se situe donc dans la continuité des actions déjà réalisées pour l’égalité entre les personnes. La refuser revient à récuser l’implication et l’engagement pour la non-discrimination et équivaut à l’acceptation de valeurs sexistes et machistes.

Pour celles et ceux pour qui la pratique parait compliquée, les institutions publiques francophones proposent des guides de communication sans stéréotypes genrés. Si l’écriture inclusive peut sembler compliquée, c’est parce qu’elle est nouvelle et non enseignée. Elle n’est qu’une question d’habitude.

Maëlle De Brouwer