Archives pour l'Auteur : Olivier Martens

ALIMENTATION| Les Incroyables Comestibles ou l’incroyable coup de gueule citoyen

pictoDossiersAlors que le ciel des nouvelles mondiales s’assombrit, il est normal que certain.e.s citoyen.ne.s s’interrogent… Crise écologique, environnementale et sociale… Comment ne pas devenir pauvre, exclu.e ou même criminel.le climatique ?

Et la chaleur humaine ?! N’est-on pas si nombreux/ses à en demander ? A en manquer ? Pourquoi nous acharnons-nous à caresser obsessionnellement les écrans de nos smartphones, ou les lettres froides et carrées de nos claviers ?

Comment sortir de la torpeur ?
Ce que je désire faire passer ici, c’est un coup de gueule de bienveillance. Cela peut sembler paradoxal de mélanger colère et bonne volonté mais je suis convaincu que c’est un peu ce genre de coups de gueule qui ont poussé certain.e.s d’entre nous à retourner faire pousser leur espoir de jeunesse en se réappropriant l’espace public à coup de bacs de légumes ou à revivre des échanges innocents entre voisin.e.s, ami.e.s ou anonymes croisé.e.s sur un salon du bio ou lors d’un marché local. C’est la désormais célèbre Pamela Warhurst qui, dans sa petite ville de Todmorden (Yorkshire), a lancé le mouvement des Incredible Edible, connu aujourd’hui en France comme le mouvement des Incroyables Comestibles.

Mme Warhurst, malgré sa volonté de se faire passer pour une citoyenne comme les autres, ayant soudain décidé de sortir de son tourment pour mettre sérieusement les mains à la pâte (c’est ce qu’elle décrit dans son livre qu’elle consacre à son mouvement), est en réalité une militante acharnée pour la cause environnementale. Elle a d’abord travaillé pour Natural England, une ONG anglaise chargée d’assurer la protection de l’environnement sur l’Ile. Aujourd’hui présidente de Incredible Edible, elle siège également à la Forestery Commission, autre ONG chargée de la protection de l’environnement en Angleterre et en Écosse.

Autant dire qu’en matière d’environnement, Madame Warhurst n’est pas la dernière au courant. L’activiste sexagénaire a bien des choses à nous apprendre. Dans sa petite ville de 15 000 habitants, elle a fortement contribué à la propagation de ce qu’elle a fièrement appelé les jardins propagandes (bac à partager). Dans la ville de Totmorden, on les retrouve partout, ces jardins: dans les cimetières, sur les bâtiments publics, sur les trottoirs, en face du commissariat… Bref, l’activiste a en quelque sorte fait du rêve hippie une réalité en remplaçant le projet d’une révolution ensanglantée par une explosion de fleurs et de végétaux (les substances psychotropes en moins).

Un langage universel pour l’action citoyenne
Dans sa conférence TED, Pamela Warhust parle avec conviction de révolution. Si son éloquence peut ressembler à celle d’un Steve Job, sa révolution à elle, propose autre chose que la loi du plus passionné pouvant contrôler la vie des autres :
« Peut-on trouver un langage universel, qui n’est pas dépendant de l’âge, du revenu ou de la culture, qui aide les gens à trouver eux-mêmes une nouvelle façon de vivre, à voir leur environnement différemment, à réfléchir à l’utilisation de leur ressources différemment, interagir différemment ? Pouvons-nous trouver ce langage et le répliquer ? La réponse est oui, et c’est la nourriture« 

Mes cher.e.s ami.e.s, vous voilà donc briefé.e.s à la mission citoyenne qui vous sortira peut-être de votre tourment passif. Il ne vous reste qu’à assembler en face de chez vous quatre planches en un carré surélevé, y semer quelques-une de vos variétés de tomates ou de concombres préférées et d’aller sonner chez vos voisins pour leur annoncer l’arrivée prochaine de légumes à partager, sortis tout droit du terroir précieux qu’est devenu votre quartier.

Vous aurez alors réglé à la fois votre problème d’addiction aux réseaux sociaux et vous commencerez à contribuer à un monde plus beau, juste et équitable ! D’avance, toutes mes félicitations !

 

Olivier Martens

Les Incroyables comestibles sont à Liège et à Sautour, près de Philippeville

CLIMAT| Initiative citoyenne, Bees Coop Supermarket

pictoDossiers«  Au départ, on s’est posé la question de comment consommer en accord avec nos valeurs. Ensuite on a voulu rendre ça possible pour un maximum de gens » (Quentin)

Bees coop est une ASBL qui s’est lancée  depuis 2 ans dans un grand projet de supermarché coopératif et solidaire, qui verra le jour à Schaerbeek. Quentin est l’un des coordinateurs du projet depuis ses débuts, il a accepté de m’en raconter un petit peu plus.

O- Comment cette idée vous est-elle venue à l’esprit ? De quoi êtes-vous partis ?

Q- Au début, tout a commencé dans le cadre du réseau associatif bruxellois ADES, où s’organisent de nombreuses activités de sensibilisation et de mise en action à propos des valeurs écologiques et démocratiques. En fait, on s’était dit : « On veut consommer en accord avec nos valeurs mais ce n’est pas tout à fait possible, qu’est-ce qu’on pourrait faire ? » Cette question, beaucoup de gens se la posent à Bruxelles et ne trouvent pas forcément de solution. Il existe les GASAP (Groupe d’Achat Solidaire de l’Agriculture Paysanne) ou d’autres réseaux d’achats groupés, mais qui rassemblent souvent un public déjà sensibilisé. Ce sont des réseaux assez fermés. Après, il y a les magasins bio, mais qui, là non plus, ne conviennent pas forcément à un public diversifié, ne serait-ce que pour le coût de leurs produits.

O- Comment en êtes-vous venu à vouloir créer un supermarché ?

Q- Il y a deux ans, on a entendu parler des coopératives alimentaires et du modèle Park Slope Food Coop de Brooklyn. On également vu qu’un projet similaire se lançait à Paris. Nous avons alors participé à une rencontre à Bruxelles, avec un coopérateur de Paris ; il y a avait là 20 ou 30 personnes intéressées par le projet. Mon ami et moi avons alors présenté celui-ci sur Bruxelles, et bon nombre de personnes nous ont rejoints.

O- Les valeurs portées par un tel projet sont nombreuses, parmi lesquelles la durabilité, la solidarité et la coopération. Votre ambition est également de faire participer chaque citoyen. Pourrais-tu m’expliquer tout cela ?

Q- Oui, le but est de permettre un accès à l’alimentation durable à un maximum de personnes. Pour ce faire, il faut s’inscrire dans une économie locale, en créant des partenariats sur le long terme avec des producteurs de la région. Ensuite, grâce au mode de fonctionnement participatif et coopératif, les consommateurs sont à la fois propriétaires, travailleurs et clients. Cela permet d’arriver à un prix accessible pour les consommateurs, tout en rémunérant correctement le travail du producteur. Finalement, l’objectif est également de créer un espace convivial et de renforcer la cohésion sociale. Les gens y travailleront mais y prendront aussi un café et feront des rencontres.

O- Et par rapport aux citoyens qui s’engageront, comment le travail s’organisera-t-il ? N’y-a-t-il pas des obstacles au niveau des compétences nécessaires ?

Q- La majorité des clients auront des tâches simples : s’occuper du réassortiment, accueillir les grossistes, gérer les stocks, travailler en caisse ou encore gérer l’entretien du bâtiment. C’est principalement ça qui va être pris en charge par les coopérateurs. Ensuite, il y a un fonctionnement par équipe et un responsable en fonction des projets, de la volonté  et de la disponibilité des gens. Il y aura des groupes de travail et des formations disponibles. Il ne faut pas se dire que les choses sont inaccessibles : avec un accompagnement de qualité, tu peux parvenir à des choses incroyables.

O- À en juger les résultats de votre crowdfunding (18 000 euros en 21 jours), vous bénéficiez d’un important soutien de la part des gens ?

Q- Pour l’instant, on a un public plutôt informé, mais durant les séances d‘info que nous organisons chaque semaine, nous avons à chaque fois 20 à 30 personnes : une ou deux personnes viennent via Facebook, et le reste, c’est uniquement du bouche à oreille. On a de plus en plus de gens qui ne sont pas forcément des réseaux écologistes ou intéressés par le développement durable ! Après, le but, c’est d’avoir une réelle mixité sociale. On s’implante à Schaerbeek où il y a beaucoup de populations immigrées. On  a envie que le Bees coop supermarché ne soit pas seulement un lieu de vente, mais un lieu de vie.  On travaille avec les associations de quartier : au conseil communal il y a une structure qui rassemble toutes ces associations, on va aller y présenter notre projet pour que les gens soient bien au courant de ce qui se met en place. Ensuite, la volonté est de travailler avec chaque association pour trouver des complémentarités et pour comprendre de quoi a besoin tel ou tel public, afin qu’il puisse venir travailler avec nous.

Interview réalisée par Olivier Martens