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GENRES | Le sexisme ordinaire

pictoDossiersÊtre féministe, ce n’est pas détester les hommes. Alors messieurs – qui vous considérez comme tel – ne vous inquiétez pas, le but de nos revendications n’est pas de vous écrabouiller ! Personnellement, je me suis toujours dis qu’il n’y avait pas de personnes sexistes par essence, mais plutôt des comportements, des actes ou des attitudes sexistes.

Bien entendu, si une personne multiplie de tels comportements, il est fort probable que je ne voie en elle qu’une personne sexiste. Mais ces personnes sont rares alors que les actes et propos sexistes sont monnaie courante et envahissent notre quotidien. Ce sont des paroles, des gestes, des comportements qui paraissent anodins mais qui traduisent des stéréotypes et représentations collectives de genre. Ce que nous appelons sexisme ordinaire. Ordinaire car quotidien mais pourtant pas banal pour autant, ni insignifiant !

Tout le monde a déjà eu une attitude sexiste, nous-même, un proche, un membre de la famille, une connaissance ou un ami. Regardez autour de vous, écoutez ! Vous entendrez peut-être votre père – qui veut devenir chauffeur de bus – dire « il y a beaucoup de femmes qui conduisent les TEC donc, ça va, je devrais réussir les tests ». Ma réaction : « Ben oui papa, qu’est-ce qu’une personne de sexe féminin saurait faire qu’une personne de sexe masculin ne saurait pas ». Et pourtant je l’aime bien mon papa. Décrier les actes et propos sexistes ne veut en aucun cas dire que nous détestons les hommes ou ceux qui les commettent.

De plus, le sexisme n’est pas réservé qu’à la gente masculine. Beaucoup de femmes aussi peuvent tenir de tels propos. Par exemple quand ma mamy me dit que je serais plus jolie si je me maquillais. Pire encore, quand elle dit qu’ « une femme qui fume c’est vulgaire ». Ah, et pas un homme ? « C’est mauvais pour la santé pour tout le monde, mais je ne sais pas, voir une femme fumer en rue je trouve ça plus vulgaire. Un homme ça me dérange moins ». Ma réaction : « D’accord mamy, je ne vais pas entamer le débat. Mais tu te rends compte que ce que tu dis est ultra sexiste ?! »

Cela peut également être le fait d’une institution d’agir de manière stéréotypée. En juin 2016, j’ai assisté au spectacle de fin d’année de mon neveu. Avec sa classe de 4ème primaire, il dansait sur la musique du film Grease « You’re the one that I want ». La chorégraphie représentait deux bandes de jeunes qui allaient et venaient l’un vers l’autre : les filles avec des robes et boa à plumes roses d’un côté et les garçons vêtus de jeans et veste en cuire de l’autre.

Vous voulez davantage d’exemples ? Allez faire une petite recherche sur le net et vous trouverez pléthore de témoignages. Que ce soit en famille, au travail, à l’école ou dans l’espace public, le sexisme s’immisce dans les échanges et relations comme un virus dans notre corps. Cela va de la manière dont tu dois te vêtir à du harcèlement pur et dur en passant par des a priori sur tes compétences et ton caractère. Voici un petit aperçu, loin d’être représentatif et exhaustif :

  • « Remarque d’une collègue: « J’ai préparé une activité avec des pirates pour les garçons et des fleurs pour les filles, ils vont être contents! » »1
  • « Oui. J’étais encore au collège. À mon arrivée le matin, la directrice m’a interpellée et m’a dit qu’il était hors de question que j’aille en classe « habillée comme ça » (j’étais en short avec des collants noirs en-dessous). Elle m’a laissée entrer à contre-coeur en me disant de ne plus m’habiller de la sorte »2
  • Question de ma collègue à N (jeune homme de 27 ans, nous en avons 40) pour savoir pourquoi elle n’avait pas le même salaire qu’une collaboratrice au même poste. Réponse de N : « ben ? Tu m’as pas sucé toi ! »… « Je rigole hein ! »3

Tous ces propos, ces actes sexistes font partie d’un imaginaire collectif, un système qui se perpétue et qui se perpétuera encore tant que de tels comportements ne seront pas globalement, sociétalement et politiquement dénoncés. Être féministe, c’est promouvoir au quotidien l’égalité de toutes et tous et faire prendre conscience qu’une femme est un individu et doit donc être considérée comme tel sans différence de traitement et sans préjugé. Nous revendiquons une société où nous puissions vivre notre genre en toute liberté et où les individus seraient reconnus et considérés comme tel sans considération de leur sexe !

Vanie Roelandt

POLITIQUES CARCÉRALES| BREF, je suis allée visiter un ami en prison

pictoDossiersAujourd’hui, je suis allée visiter un ami. Il attend son procès depuis 4 ans en prison.

Je me suis levée à 5h du matin, j’ai mangé, me suis lavée et habillée. J’étais prête. J’ai pris un bus, puis un train, puis un autre train et encore un bus. Puis j’ai marché 3 Km. Quatre heures et trente minutes de trajet en transport en commun plus tard, je suis arrivée aux portes de la prison. C’est certain, l’accessibilité n’est pas la qualité première des centres pénitentiaires.

Je suis rentrée dans le bâtiment. On m’a demandé ma carte d’identité. Je l’ai donnée. Je suis passée au détecteur, ça a sonné. J’ai enlevé ma ceinture et je suis repassée sous le détecteur. Ça n’a pas sonné. On m’a conduite jusqu’à la salle de visite. C’était rempli. J’ai aperçu, au loin, une table disponible. Je m’y suis précipitée – OU PAS ! Après avoir enjambé une dizaine de personne et rampé sous autant de tables, j’y suis arrivée ! Vous êtes ici. BREF, je suis allée visiter un ami en prison… “Par ici” “Par là” “A gauche” “A droite” “Suivez le guide”

Les deux enfants du détenu d’à côté étaient empilés sur ma chaise, je suis restée debout. Mon ami est arrivé. Le gardien qui l’accompagnait a fait dégager les deux autres enfants du gars de l’autre côté, assis sur la chaise qui était réservée à mon ami. Il s’est assis, moi je suis restée debout. 200 détenus, une salle de visite de 25m², 21 tables de 40 sur 40cm, 42 chaises, 5cm d’espace entre chaque table et 4 visiteurs par détenus… La logique spatiale de la prison !

On a parlé – ou plutôt crié pour s’entendre – une petite heure. Il a dû retourner dans sa cellule. Je suis repartie. On m’a rendu ma carte d’identité. J’ai marché puis j’ai pris le bus, puis le train, un autre train et encore un bus. Je suis enfin arrivée chez moi, fatiguée, éreintée, mais contente d’avoir vu mon ami.

Bref, j’ai visité un ami en prison !


Vanie Roelandt