ALIMENTATION| BIO ? Oui, vraiment BIO !

pictoDossiersAujourd’hui, manger BIO tombe sous le sens. Mais comment s’y retrouver dans la jungle des allégations “100% naturel”, “du jardin”, “local”, “0% pesticides” ? Ça veut dire quoi au fond BIO ? Et qu’est-ce qui me garantit que ce que j’achète est vraiment BIO ? Suivez le guide, c’est pas si compliqué…


Bio, cela signifie quoi ?
Cela veut dire que l’agriculteur applique des méthodes de production plus respectueuses de l’environnement et de la santé en n’utilisant, par exemple, pas de produits chimiques de synthèse (herbicides, fongicides, insecticides, etc.) ni d’OGM. Il désherbe mécaniquement ou thermiquement et n’utilise jamais d’engrais chimiques mais plutôt du fumier, des matières organiques BIO, des minéraux naturels ou des engrais verts.

Les animaux mangent des aliments certifiés BIO issus de la ferme ou de la même région. Ils sont de race rustique adaptée aux conditions de plein air, résistants naturellement aux maladies. Ils ont toujours accès à un parcours extérieur dès que les conditions climatiques le permettent et sont soignés en priorité avec l’homéopathie et la phytothérapie. Le bien-être animal est garanti à la ferme où l’animal bio a de l’espace et son environnement lui permet un comportement naturel

La qualité des produits BIO est ensuite assurée à chaque étape de la fabrication, du producteur au transformateur, en passant par le distributeur, l’importateur, au point de vente et au restaurant.

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BIO, une appellation protégée
Ne s’autoproclame pas bio qui veut. L’utilisation du terme bio ou biologique est protégée dans toutes les langues de l’UE. Cela signifie que pour vendre un produit avec l’appellation bio, le fabricant doit respecter la réglementation européenne. Mise en place en 1991, elle est régulièrement mise à jour. Elle couvre toutes les étapes de la fabrication du produit et impose des règles très précises en matière de bien-être animal (densité, éclairage naturel, parcours extérieur), de pratiques culturales (recours à des méthodes mécaniques, pesticides et engrais chimiques proscrits, OGM interdits) et de transformation des produits (liste positive restreinte d’additifs et auxiliaires technologiques).

Bio, un label européen

étiquettebioDepuis 2010, le label européen est obligatoirement présent sur tous les produits bio européens préemballés. À Rome, à Paris, à Londres ou encore à Bruxelles, un seul visuel commun à toute l’Europe permet au consommateur de reconnaitre aisément les produits bio, tout en lui garantissant que les denrées sont produites dans le respect de la règlementation européenne.
Le label européen donne une indication sur le lieu de production des matières premières agricoles composant le produit. Quant à l’étiquette, elle peut faire mention d’Agriculture UE, Agriculture non-UE ou encore Agriculture UE/ non-UE, voire même préciser le pays d’origine des matières premières.

À côté du label européen obligatoire, le consommateur peut aussi retrouver sur le produit labelbiod’autres labels privés ou publics variables selon les pays. En Belgique, le label privé Biogarantie© est la référence. Il se base sur la règlementation bio européenne et s’engage à respecter d’autres exigences telles que la charte de durabilité, écologique, économique et sociale.

BIO, un contrôle assuré sur toute la filière
Le label européen, outre le fait de garantir le respect de la règlementation européenne, assure qu’un contrôle du produit a été réalisé. Tout opérateur désireux de se lancer en agriculture biologique et de commercialiser des produits labellisés bio est obligé d’être contrôlé, plusieurs fois par an, par un organisme indépendant de contrôle et de certification. En Belgique, 3 organismes de contrôle officiels sont en charge de cette mission auprès des acteurs de la chaîne. Il s’agit de Certisys, Quality Partner et Tüv-Nord Integra. Indépendants et impartiaux et sont reconnus par les Ministères régionaux et accrédités par le Ministère des affaires économiques BELAC.

Les contrôleurs visitent les entreprises et les fermes, où ils prennent des échantillons de sol et de produits. Ils contrôlent la provenance des matières premières et vérifient la conformité de l’étiquetage. Par la suite, si tout est en ordre, un certificat attestant de l’origine biologique des produits contrôlés est délivré. Dans le cas contraire, des sanctions sont prévues, allant de l’avertissement à l’interdiction totale de commercialiser tout produit portant le terme bio.
De nombreux produits bio arrivent de l’étranger pour compléter l’offre locale. Ces produits suivent la même règlementation : ils sont contrôlés dans le pays d’origine et à leur arrivée sur notre territoire.

Mes produits garantis BIO
En définitive, où que vous achetiez BIO, vos produits sont garantis BIO grâce aux contrôles fiables à tous les stades de la filière, du producteur au point de vente.

  • Au marché, l’étiquette d’origine doit toujours accompagner le panier.
  • En grande surface ou en magasin BIO, je retrouve l’étiquette BIO sur mes produits, une pastille BIO sur mon pain ou le code 0-BE-XXXX sur mes oeufs.
  • Au restaurant, les ingrédients sont clairement identifiés dans le menu.

Vérifiez les certificats des entreprises BIO belges et de leurs produits en ligne :

  • Soit via les sites des organismes de contrôles :
    certystuvquality

 

 

Nadège De Bonte
Responsable communicaton chez Certisys

Quelques liens utiles
www.apaqw.be
www.biodewallonie.be
www.bioguide.be
www.biowallonie.be

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ALIMENTATION| Les Incroyables Comestibles ou l’incroyable coup de gueule citoyen

pictoDossiersAlors que le ciel des nouvelles mondiales s’assombrit, il est normal que certain.e.s citoyen.ne.s s’interrogent… Crise écologique, environnementale et sociale… Comment ne pas devenir pauvre, exclu.e ou même criminel.le climatique ?

Et la chaleur humaine ?! N’est-on pas si nombreux/ses à en demander ? A en manquer ? Pourquoi nous acharnons-nous à caresser obsessionnellement les écrans de nos smartphones, ou les lettres froides et carrées de nos claviers ?

Comment sortir de la torpeur ?
Ce que je désire faire passer ici, c’est un coup de gueule de bienveillance. Cela peut sembler paradoxal de mélanger colère et bonne volonté mais je suis convaincu que c’est un peu ce genre de coups de gueule qui ont poussé certain.e.s d’entre nous à retourner faire pousser leur espoir de jeunesse en se réappropriant l’espace public à coup de bacs de légumes ou à revivre des échanges innocents entre voisin.e.s, ami.e.s ou anonymes croisé.e.s sur un salon du bio ou lors d’un marché local. C’est la désormais célèbre Pamela Warhurst qui, dans sa petite ville de Todmorden (Yorkshire), a lancé le mouvement des Incredible Edible, connu aujourd’hui en France comme le mouvement des Incroyables Comestibles.

Mme Warhurst, malgré sa volonté de se faire passer pour une citoyenne comme les autres, ayant soudain décidé de sortir de son tourment pour mettre sérieusement les mains à la pâte (c’est ce qu’elle décrit dans son livre qu’elle consacre à son mouvement), est en réalité une militante acharnée pour la cause environnementale. Elle a d’abord travaillé pour Natural England, une ONG anglaise chargée d’assurer la protection de l’environnement sur l’Ile. Aujourd’hui présidente de Incredible Edible, elle siège également à la Forestery Commission, autre ONG chargée de la protection de l’environnement en Angleterre et en Écosse.

Autant dire qu’en matière d’environnement, Madame Warhurst n’est pas la dernière au courant. L’activiste sexagénaire a bien des choses à nous apprendre. Dans sa petite ville de 15 000 habitants, elle a fortement contribué à la propagation de ce qu’elle a fièrement appelé les jardins propagandes (bac à partager). Dans la ville de Totmorden, on les retrouve partout, ces jardins: dans les cimetières, sur les bâtiments publics, sur les trottoirs, en face du commissariat… Bref, l’activiste a en quelque sorte fait du rêve hippie une réalité en remplaçant le projet d’une révolution ensanglantée par une explosion de fleurs et de végétaux (les substances psychotropes en moins).

Un langage universel pour l’action citoyenne
Dans sa conférence TED, Pamela Warhust parle avec conviction de révolution. Si son éloquence peut ressembler à celle d’un Steve Job, sa révolution à elle, propose autre chose que la loi du plus passionné pouvant contrôler la vie des autres :
« Peut-on trouver un langage universel, qui n’est pas dépendant de l’âge, du revenu ou de la culture, qui aide les gens à trouver eux-mêmes une nouvelle façon de vivre, à voir leur environnement différemment, à réfléchir à l’utilisation de leur ressources différemment, interagir différemment ? Pouvons-nous trouver ce langage et le répliquer ? La réponse est oui, et c’est la nourriture« 

Mes cher.e.s ami.e.s, vous voilà donc briefé.e.s à la mission citoyenne qui vous sortira peut-être de votre tourment passif. Il ne vous reste qu’à assembler en face de chez vous quatre planches en un carré surélevé, y semer quelques-une de vos variétés de tomates ou de concombres préférées et d’aller sonner chez vos voisins pour leur annoncer l’arrivée prochaine de légumes à partager, sortis tout droit du terroir précieux qu’est devenu votre quartier.

Vous aurez alors réglé à la fois votre problème d’addiction aux réseaux sociaux et vous commencerez à contribuer à un monde plus beau, juste et équitable ! D’avance, toutes mes félicitations !

 

Olivier Martens

Les Incroyables comestibles sont à Liège et à Sautour, près de Philippeville

ALIMENTATION| Et si les gourmands changeaient le monde ?

pictoDossiersAvez-vous déjà entendu parler du mouvement « slow food » ? Ce mouvement s’inscrit dans la même démarche que le « slow travel », les « slow cities » ou les « slow sciences ». L’idée est de ralentir afin de mieux vivre, de respecter les Hommes et leur environnement. Pour en savoir davantage, j’ai posé quelques questions à Patrick Böttcher, porte-parole de Slow Food Metropolitan Brussels.

PM- « Slow Food », qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

PB- Pour l’écologiste convaincu et militant que je suis, Slow Food est avant tout une histoire de prise de conscience de notre besoin de dénoncer les abus de l’industrie agroalimentaire et de la malbouffe, tout en étant constructif, positif, en mettant la qualité et le goût en avant. Dans cet ordre d’idées, l’internationalité des activités de Slow Food ainsi que les rencontres que permet l’association m’ont persuadé que mon militantisme pouvait à la fois y trouver des réponses mais aussi des possibilités de m’exprimer.

PM- Que représente exactement le mouvement Slow Food ?

PB- Slow Food a officiellement commencé ses activités en 1989. Son président Carlo Petrini et ses membres fondateurs avaient voulu alors réagir aux scandales qui ont émaillé la viticulture transalpine dans les années 80 en remettant le terroir et le producteur artisanal au centre du débat. Mais très rapidement, leurs activités se sont élargies à la lutte contre l’émergence du Fast Food, symbole de la malbouffe industrielle.
Depuis 1989, Slow Food s’est transformé en mouvement mondial impliquant des millions d’individus, producteurs et consommateurs de 160 pays, avec, comme leitmotiv, la lutte pour la préservation d’aliments bons, propres et justes, accessibles à tous et marqueurs du patrimoine gastronomique de chaque région où l’organisation s’est implantée. Le mouvement souhaitait également développer ou préserver des projets durables permettant aux producteurs de pouvoir survivre dans la dignité sociale et dans la créativité artisanale.

PM- Comment l’organisation fonctionne-t-elle ?

PB- L’organisation de Slow Food International est divisée entre sa maison mère à Bra (Turin), siège de son Université des Sciences Gastronomiques (créée en 2004), et l’entièreté des Convivium, groupements locaux liés à une région ou à une ville répartis dans le monde entier (9 en Belgique). Ils œuvrent à diffuser le message de l’Association Mondiale ainsi qu’à assurer la protection des producteurs artisanaux locaux et des aliments marqueurs de ces régions. Ce réseau compte aujourd’hui plus de 100.000 membres Slow Food actifs dans le monde entier.
A Bruxelles, le Convivium local porte le nom de Slow Food Metropolitan Brussels.

PM- Comment « Slow Food Metropolitan Brussels » est-elle née et quels sont ses objectifs ?

PB- Notre Convivium est né en avril 2015 sous sa dénomination actuelle, en succédant à l’ASBL Karikol.
Nos objectifs principaux sont :

· Stimuler la société de la communauté urbaine de Bruxelles à redécouvrir les aliments anciens et locaux en incitant à un retour au sol, en renforçant l’économie locale, en rendant aux gens le pouvoir sur leur assiette et en luttant contre le gaspillage de nourriture.
· Faire appel, par une approche transversale, à toutes les structures de l’Horeca (Hôtels, Restaurants, Cafés) mais aussi aux producteurs, revendeurs, associations, coopératives et marchés de nourriture, sans oublier le grand public.
· Utiliser, à court et à long terme, quatre axes de pénétration afin de réaliser les objectifs globaux de notre convivium : Éducation, Communication, Mobilisation et Gestion.
· Défendre la biodiversité en œuvrant à préserver de la disparition les innombrables grains traditionnels, légumes, fruits, races animales et produits alimentaires menacés par la prévalence des plats cuisinés et par l’industrie agroalimentaire.

Pour atteindre ces objectifs, nous publions des articles, participons à des émissions radio et/ou télé (Bientôt à Table, etc..), organisons des conférences et des évènements (Village Slow Food à Bxl Champêtre, Vini, Birre, Ribelli).

Nous participons aussi activement, comme le veut le quatrième objectif, à créer et à préserver les Sentinelles belges (fromage de Herve, sirop de Liège et de Hesbaye, abeille noire indigène), les produits belges de l’Arche du Goût. Nous gérons également l’Alliance Slow Food des Chefs (un projet de la fourche à la fourchette) et notre appli Slow Food Planet.

PM- Selon vous, quelle est la place de l’alimentation dans des luttes telles que la protection de l’environnement ou la justice sociale ?

PB- Comme nous le soulignons dans notre premier objectif, l’alimentation est probablement aujourd’hui notre réel dernier pouvoir en termes des choix que nous pouvons faire et/ou ne pas faire. C’est un choix pour lesquels aucune loi, taxe ou administration ne s’opposent à l’expression de notre volonté.  Nous pouvons, nous devons ainsi à tous moments, via notre choix alimentaire, participer à la protection de l’environnement ou à la justice sociale.
Nous avons le pouvoir de ne pas céder, par ces choix, aux chants des sirènes du complexe agriculture industrielle, publicité et grande distribution. Nous pouvons retourner vers des aliments de qualité, bons, propres, justes, locaux et saisonniers, en faisant ainsi revivre, via les chaines les plus courtes possibles, une agriculture durable, profondément respectueuse de l’individu et des sols, comme nous l’avons connue avant l’avènement des techniques industrielles au lendemain de la seconde guerre mondiale.  Le respect de nos producteurs, de la survie de notre terre et de notre santé passe inévitablement par un positionnement sans équivoque dans ces choix.

PM- Auriez-vous des conseils pour celles et ceux qui souhaitent adopter une façon de se nourrir plus slow ?

PB- Il faut avant tout recréer un tissu humain autour de notre alimentation. Nous devons absolument aller vers les autres consommateurs, vers nos jeunes et nos enfants, pour construire quelque chose, ensemble, dans des échanges vivants. Nous devons apprendre, ou réapprendre, à retourner, à travers les chaines courtes, vers les producteurs dans leurs fermes, dans les marchés ou, quand ce n’est pas possible, vers des commerces spécialisés avec un vrai conseil de produits de terroirs hautement qualitatifs.

Nous devons, dans nos villes et leurs périphéries, apprendre ou réapprendre à devenir le plus indépendant possible en privilégiant une agriculture urbaine, comme le montrait récemment le film Demain à Detroit ou le projet GoodFood.brussels.

Nous devons enfin exprimer clairement à nos élus quels sont nos choix pour un avenir de qualité alimentaire, en leur accordant notre confiance mais en ayant de cesse de leur rappeler qu’en ayant voté pour eux, ils sont les garants de nos choix.
Dans le même ordre d’idées, nous devons, dans la rue, dans la presse, partout où nous le pouvons, ne pas hésiter à clamer notre profonde indignation quand un ministre fédéral de tutelle ose prétendre que l’agriculture biologique doit rester à discrétion dans notre pays car elle ne représente, selon lui, aucunement un modèle économique viable. Pourtant, tout près de chez nous, le Danemark s’apprête, dans un an et demi, à atteindre l’abandon intégral des herbicides, pesticides et autres intrants nuisibles à la biodiversité, cela dans un modèle économique des plus viables et durables.

Liens :
Site web de Slow Food International
Site web de Terra Madre
Site web de la Fondation pour la Biodiversité (Sentinelles, Arche du Goût)
Site web du Convivium Slow Food Metropolitan Brussels
Site web de l’Alliance Slow Food des Chefs – Belgique
Site web de Vini, Birre, Ribelli
Site web du Brussels Slow Food Village

 

Pauline Marchand

ALIMENTATION | La forêt comestible

pictoDossiersQue peut bien être une forêt comestible ? C’est une forme d’agriculture fondée sur l’association d’espèces végétales diverses – dont des arbres – sur un même territoire. L’idée est de créer un système agroforestier qui produit de la nourriture. En Amérique latine, ces initiatives fleurissent. En sillonnant les chemins d’une forêt comestible, nous rencontrons: fruits, légumes, tubercules, insectes, oiseaux. Cet écosystème réalise un service environnemental. À travers le reboisement, la préservation d’espaces naturels au niveau local est assurée.


Cultiver, régénérer, alimenter
Vous avez dit : produire des aliments biologiques dans une forêt ? Et en même temps améliorer la fertilité des sols, restaurer la biodiversité, augmenter la quantité et la qualité de l’eau disponible ? Vous avez dit : s’alimenter et commercialiser des produits frais, bio, de saison et locaux ?
C’est presque trop beau pour être vrai. Pourtant ces éléments font partie intégrante de la vision de l’agriculteur qui implémente une forêt comestible. Quelles sont les idées phares ? Prendre soin d’un écosystème, cultiver la terre, régénérer les ressources naturelles, alimenter les hommes, les animaux et les plantes.

Aux racines de l’agroforesterie
L’agroforesterie allie les cultures agricoles aux arbres forestiers sur une même aire géographique. Une forêt comestible est une configuration spécifique de l’agroforesterie. Pour en comprendre les principes, il faut partir de l’étude de la nature et plus particulièrement d’une forêt.
Celle-ci abrite de nombreuses espèces végétales mélangées entre elles. Des arbres, grands et hauts, dominent la forêt. Ils atteignent les cimes et donnent de l’ombre aux plantes des niveaux inférieurs de la canopée. Le sol est recouvert d’une épaisse couche de matière organique composée de feuilles séchées, de branches et de bois en décomposition. La terre est noire, aérée et grouille d’insectes. Champignons, micro-organismes, oiseaux, mammifères et plantes résident au sein du même écosystème. L’eau fait partie intégrante de cet environnement.

L’homme imite et réplique la nature
Une forêt comestible est conçue conjointement par l’homme et par la nature, pour l’homme et pour la nature. L’homme travaille de concert avec son environnement. Son rôle consiste à imiter et répliquer le fonctionnement d’une forêt, tout en y intégrant des cultures vivrières et/ou de rentes1.

« La Fazenda des yeux d’eau »
Référence internationale en systèmes agroforestiers, Ernst Götsch est un scientifique d’origine suisse. Il vint s’installer au Brésil en 1984 dans une fazenda (un domaine agricole) dans l’État aride de Bahia. Le nom de celle-ci était alors la fazenda des fugitifs de la terre sèche. En ces temps, elle comportait 500 hectares de terres dégradées et considérées comme improductives. Le scientifique a développé des expériences grandeur nature des systèmes agroforestiers successifs sur ce terrain; un système agroforestier successif étant un écosystème sylvestre en constante évolution. Les recherches agronomiques et très pratiques d’Ernst Götsch portent sur les symbioses qui s’opèrent lors de l’association d’arbres et de cultures.

Quels sont les résultats trente ans plus tard ? Les cultures et les arbres plantés ont recréé un environnement naturel complexe. Progressivement la végétation typique de la Mata Atlântica (la forêt atlantique de type tropical et humide) est réapparue sur le territoire de la fazenda.

Aujourd’hui, les anciennes terres dégradées se sont transformées en 410 hectares de reforestation, dont une grande partie est protégée. Le lieu a désormais pris le nom de La fazenda des yeux d’eau car 14 sources d’eau sont progressivement apparues. Désormais consultant, Ernst Götsch réalise depuis lors l’implantation de forêts comestibles au sein de divers États brésiliens.

Alternative agricole en Amérique latine
En Amérique latine, il existe une multitude d’initiatives indigènes, paysannes, néorurales qui appliquent actuellement les principes de la forêt comestible au sein d’écosystèmes aussi divers que celui de l’Amazonie, de l’Altiplano ou celui du Cerrado.
Le Cerrado brésilien est une région de savane recélant une immense biodiversité. Ce macro-écosystème, qui occupe une surface équivalente au tiers de la forêt amazonienne, est gravement menacé de déforestation1.
Brasilia se situe au cœur du Cerrado. Au sein de la capitale futuriste du Brésil, le nouveau paradigme en faveur des systèmes agroforestiers gagne l’adhésion d’une part grandissante de la société. Cette alternative agricole contraste d’autant plus avec l’agriculture prédatrice qui sévit dans la région. Aux abords de la métropole, les expériences de forêts comestibles – rurales ou urbaines – fleurissent et illustrent concrètement la durabilité de ce modèle agricole.

« Pé na terra »
Pé na terra signifie littéralement en portugais les pieds sur terre. Ce nom fait référence à un projet de ferme écologique située à 70 kilomètres de Brasília. Pé na terra est une aventure d’agroécologie familiale. Elle promeut la production d’aliments biologiques et la reforestation du Cerrado.
Ses objectifs ? Régénérer les ressources naturelles que sont la fertilité des sols, l’eau, le bois, la biodiversité et les semences. La ferme s’inspire directement des enseignements d’Ernst Götsch. Sur ses terres, l’implantation de la forêt comestible a commencé il y a plus de trois ans.
Avis aux citoyens qui souhaitent s’engager : créer une forêt comestible demande beaucoup de temps et beaucoup de travail. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Voici les principes de base pour créer un tel espace agroforestier :

Principe 1: Planter le multiple
La clé vient de la diversité. L’agriculteur doit planter une multitude d’espèces végétales. Cet aspect va de pair avec la recherche et l’acquisition de semences natives, si possible paysannes et locales. Cette richesse génétique va permettre à l’écosystème agricole de se développer.

Principe 2: Recherche de la symbiose
Les plantes ont des rôles complémentaires. Chacune a sa fonction. Par exemple sous les tropiques, le bananier est une plante qui draine énormément d’eau. Elle « évapo-transpire ». Dans la savane brésilienne, la présence du bananier augmente l’humidité de l’air et du sol; cette humidité est essentielle pour les cultures maraîchères et certains arbres fruitiers.
En agriculture biologique, les plantes de la famille des légumineuses sont stratégiques. Celles-ci captent et fixent l’azote de l’air. En Belgique, c’est le cas par exemple de la luzerne. Au Brésil, c’est le cas de la mucuna ou pois mascate, des haricots et de la crotalaria. Les légumineuses agissent comme des engrais verts. Elles améliorent la fertilité du sol au bénéfice des cultures qui vont leur succéder.
Un autre exemple est celui de l’eucalyptus. Cet arbre pousse rapidement et produit beaucoup de biomasse (feuilles, branches, etc). De la sorte, il va donner de l’ombre aux plantes qui sont à ses pieds tels que les choux, les salades, les caféiers.

Principe 3: Agencement des espèces végétales entre elles
En fonction de l’utilité de chaque espèce, le producteur agence les arbres et les cultures pour optimiser le système agroforestier. Par exemple, sur 3 m² au Brésil, il est possible de planter et de cultiver ensemble des limoniers, du café, du maïs et de la papaye. Il existe deux dimensions primordiales à prendre en compte.

  • La dimension temporelle
    Ce n’est pas en tirant sur une salade qu’elle poussera plus vite. Cet adage illustre parfaitement le temps de l’agriculture. Une salade pousse en 40 jours. Dans une forêt comestible, certains arbres ont besoin de plusieurs années pour grandir et devenir productifs…
    La dénomination de système agroforestier successif traduit bien la notion de temps. Le système se développe par étapes. Ces stades de développement sont tributaires du taux de croissance des plantes, des cycles de floraison, des conditions météorologiques, etc. Les espèces se succèdent sur des court, moyen et long termes. Par exemple, l’épi de maïs se cueille après trois mois tandis que les bananes se cueillent après un an.
    Certaines espèces grandissent mieux à l’ombre de grands arbres, au sein d’un système agroforestier âgé. C’est par exemple le cas du caféier et du cacaoyer.
  • La dimension spatiale
    En haut, en bas, à gauche, à droite: une forêt se développe sur trois dimensions. L’herbe, les arbustes, les feuillages, les fruits, les tubercules, les céréales se situent à différentes hauteurs (strates). Le travail du producteur est d’agencer spatialement les plantes entre elles pour qu’elles occupent des espaces distincts et complémentaires. Si des plantes se trouvent sur le même espace, celles-ci entrent en « compétition » pour l’accès à la lumière et à la terre; ce qui est inefficient. Or, au sein de ce paradigme agricole, l’homme recherche justement des symbioses entre les règnes végétal, animal et fongique.
    Dans le cas de Pé na terra, la forêt comestible est organisée selon certaines logiques. Sur des lignes, les arbres et cultures sont agencées selon des séquences presque mathématiques. Cela donne par exemple une ligne où se succèdent une banane, un eucalyptus, un café, un manioc, une banane, etc. Sur une autre ligne, cela peut être un pied de maïs, une salade, de la ciboulette, un pied de maïs, etc.

Principe 4: Le secret de la matière organique
La matière organique est cette couche végétale sur le sol composée de restes de branches, de feuilles desséchées et de bois morts. Ces éléments se décomposent et enrichissent progressivement le sol en humus. L’humus est cette matière fertile déjà décomposée. En métaphore, la matière organique peut être décrite comme étant la peau protectrice de la terre. Le sol devrait toujours être recouvert de cette couverture végétale, c’est une règle d’or. Celle-ci permet l’infiltration de l’eau dans le sol. De plus, dans le Cerrado brésilien, la matière organique protège également la terre des rayons brûlants du soleil.
Les sols des forêts comestibles abritent nombre d’insectes, des bactéries, des vers de terre, des champignons. Ces petits êtres accélèrent le processus de décomposition de la matière organique et « fabriquent » de la terre. La matière décomposée – l’humus – est bénéfique aux plantes. Celles-ci vont y puiser les nutriments et minéraux dont elles ont besoin pour leur croissance. Ensuite, ces plantes produisent des fruits, des légumes, des tubercules, du bois, etc.
Les productions des forêts comestibles peuvent être commercialisées, comme c’est le cas à Pé na terra. Lors de l’implantation de l’écosystème, des engrais biologiques sont souvent requis. Avec les années, ces fertilisations deviennent de moins en moins nécessaires. Fais le maximum avec les ressources disponibles sur place est d’ailleurs un adage bien connu en agroforesterie sur le continent latino-américain.

Principe 5: La gestion au fil des mois et des années !
L’implantation d’une forêt comestible s’envisage sur du long terme. L’écosystème va se complexifier au fil des années. Il faut gérer les cultures ainsi que la croissance des arbres. Le producteur doit prendre soin des plantes, arracher les mauvaises herbes, irriguer, etc. Fréquemment, machette ou cisaille à la main, il faut tailler et élaguer les arbres. Les morceaux de matière organique provenant de cet élagage vont alors tomber et augmenter la couche de matière organique au sol.

L’eau, élément vital
Grâce (entre autres) à l’évapotranspiration, l’humidité de l’air est clairement plus élevée dans la forêt comestible que dans un espace à ciel ouvert. Une récente recherche de l’équipe d’Ernst Götsch affirme économiser jusqu’à 75% des besoins en eau de l’irrigation grâce à la matière organique qui recouvre le sol. L’eau est un élément vital tant pour les cultures que pour les arbres.

Des résultats visibles et concrets
Après trois ans de travail, s’observent de nettes avancées en termes de biodiversité à Pé na terra. Le terrain abrite tout au long de l’année une quantité et une diversité impressionnantes d’animaux: perroquets, hiboux, toucans, piverts, crapauds, tatous, serpents, etc. Ce sont mille et un sons qui s’élèvent de la forêt comestible. Ce sont les chants des oiseaux, de l’eau de l’irrigation, des coups de machettes ou encore du vent dans les feuilles des arbres.
L’espace naturel affiche une large palette de couleurs en commençant par tous les tons possibles de verts et de marron. Les fruits et les légumes rajoutent des touches colorées: le jaune de la banane, le rouge du poivron, l’orange de la papaye, le noir du café.

En Belgique, à Mouscron
Les expériences sont encore rares dans le plat pays. La vision de long terme à avoir – parfois sur plusieurs dizaines d’années – limite drastiquement la mise en place de tels systèmes agroforestiers. Il existe toutefois plusieurs initiatives, dont un exemple remarquable dans la ville de Mouscron. Depuis plus de trente ans, Josine et Gilbert Cardon plantent des centaines et des centaines de variétés d’arbres sur à peine 1800 mètres carrés. Ce paradis productif peut être visité les jeudis après-midi et les dimanches.

L’agroforesterie était une pratique courante en Europe avant l’avènement de la mécanisation et l’intensification de l’agriculture industrielle. Récemment, l’agroforesterie connaît un regain d’intérêt, notamment dans les milieux scientifiques. En effet, ce mode de production rend de multiples services environnementaux : conservation de la biodiversité, accroissement de la fertilité des sols, amélioration de la qualité de l’eau et de l’air.

Un écosystème vivant, avec un appui humain décisif !
Une forêt comestible peut se comparer à un organisme vivant qui grandit, se développe et se complexifie. Un système agroforestier, c’est également un espace où l’homme et la nature se réconcilient.
[Je souhaite] travailler pour créer des espaces naturels d’inclusion permanente des humains, au lieu de créer des espaces naturels de protection permanente des humains ; dit d’ailleurs à ce sujet Ernst Götsch.

Par espace naturel de protection permanente, le scientifique fait référence aux parcs où la biodiversité est protégée de la prédation humaine. Il nous raconte qu’il est possible de recréer des espaces naturels au sein desquels l’humain s’inscrit et joue un rôle décisif. Ce rôle consiste à produire de la nourriture, à reboiser le territoire et à donner vie à un écosystème complexe.

Louise Amand
Volontaire à la Commission Justice et Paix

  1.  Les productions agricoles de cultures vivrières sont destinées à être autoconsommées par le producteur et sa famille. Les productions agricoles de cultures de rentes visent, quant à elles, à générer des profits.
  2. Pour davantage d’informations sur le Cerrado et son cycle des eaux, lire http://www.justicepaix.be/Cerrado-bresilien-la-detresse-du-berceau-des-eaux-1214

ALIMENTATION| Les pleurotes fort de café !

pictoDossiersY’en a marc de ce déchet
Les machines à café modernes sont de plus en plus embêtantes : quand il ne faut pas remplir de réservoir d’eau ou vider l’eau sale, c’est le marc de café qu’il faut évacuer ! Et quand on est addict à cette boisson (ou simplement étudiant en blocus qui n’a pas prévu assez large), ça devient un entretien terrible. Ceux qui ont eu la chance de retenir les conseils de leur grand-mère savent que le marc plaît beaucoup aux rosiers qui y trouvent un engrais excellent.

Ils ne sont pas les seuls à y trouver une richesse là où beaucoup voient un déchet. En effet, c’est en 2014 que Martin Germeau et Martin François débutent un projet original d’économie circulaire : le marc de café de cafés bruxellois servira dorénavant de snack aux pleurotes !

Le pleurote est un champignon basidiomycète, comme la plupart des champignons comestibles. Il pousse à l’état naturel sur des souches d’arbres morts où il apprécie ce qui fait la rigidité du bois : la lignine et la cellulose. Ces deux éléments présents dans presque tous les végétaux font du café un candidat remarquable pour le titre de produit recyclable et revalorisable de la tasse à l’assiette, et sans passer par le lave-vaisselle !

Tout un spore

ChauffeurAvant d’arriver au menu, il y a plusieurs étapes. Le marc de café est récolté à vélo tous les matins et amené ensuite dans les locaux de PermaFungi situés dans les caves de Tour & Taxis – une façon originale de les mettre en valeur !


La première étape se nomme inoculation

l’incubation

C’est la mise en contact du café avec le mycélium (« semence » de champignon) qui est au repos, mais affamé. Bon appétit !

La deuxième étape, l’incubation

Se déroule en chambre noire et correspond à la digestion de notre ami. Le mycélium colonise alors tout le substrat, qui devient blanc. Tout est prêt pour la dernière étape.


La fructification

champignons

Elle débute lorsque le champignon subit un choc. Chez nous, on le change de salle, et il est alors exposé à une humidité importante, de la lumière et une bonne ventilation. Il s’agit de réveiller le cuistot car on commence à avoir faim ! Après une bonne semaine, les champignons sont prêts. A table !


C’est quoi votre adresse ? Je vous envoie mon café alors !
Merci beaucoup ! Mais le café doit être récolté dans les 24 heures après être passé dans la machine pour éviter toute contamination. En effet, les conditions de travail sont très strictes en termes d’hygiène car même si nous aimons les champignons, ils restent des indésirables ! (Rassurez-vous, nous avons des réductions chez Daktarin qui nous vend sa gamme anti-mycose à moitié prix1).

lepopCertains auront tout de même envie d’essayer à la maison alors : c’est aussi possible grâce à PermaFungi qui propose des kits tout faits et des Fungi Pop ! Les kits contiennent un substrat préalablement digéré par le mycélium : offrez-lui un verre (d’eau) et il vous remerciera en champignons. Quant au Pop, il se nourrit du café que vous lui donnez ! C’est très sympa à faire à la maison,  à l’école,  en maison de retraite, en camp scout, au bureau ou un autre endroit insolite.
Possible aussi à faire entre amis : un atelier de découverte, visite de la production et confection d’un kit à ramener chez soi ! Une activité très branchée.

Évidemment toutes les informations sont à trouver sur le site web www.permafungi.be


Et on y est bien dans ses mokkassins

petitgarcon

PermaFungi est également une société à finalité sociale puisqu’elle accueille un personnel dont le parcours n’est pas toujours impressionnant pour un chef d’entreprise, ouvrant ainsi les portes à une réinsertion dans le marché du travail.

Pour ma part, je suis stagiaire en bioingénieur et je compte parmi l’équipe depuis maintenant deux mois. J’en ai vu des verts et des pas mûrs, et si au début je me sentais comme un petit schtroumpf tout perdu, je me sens maintenant vraiment comme à la maison.

 

logpermafungi

Louis Van Geertruyden
Etudiant en bioingénieur (ULB)

 1. Ceci est bien sûr de l’humour, nous sommes tous en bonne santé, et nos pieds aussi.

Édito | Septembre 2016

pictoEditoNotre alimentation est une affaire qui dépasse de très loin le simple fait de manger. Elle concerne premièrement les producteurs, dont dépendent les vendeurs d’outils agricoles, d’intrants et de semences (tracteurs, engrais…).

Les producteurs ont pour objectif premier de gagner leur vie par leur travail. Ils sont donc eux-mêmes dépendants des prix du marché qui varient en fonction de l’offre et de la demande.

En Europe, un contrôle des prix est réalisé par la Politique Agricole Commune (PAC) dont un des objectifs est d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. La PAC a aussi pour rôle d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole. Si dans un premier temps, cela s’est fait en fixant des prix minimums et des quotas, aujourd’hui cela se fait quasiment uniquement par envois massifs de subsides aux installations agricoles. En effet, les prix alimentaires sont généralement très bas entre autre parce que la production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir l’entièreté de l’humanité et ne cesse de croître. Ces prix ne permettent pas de couvrir les frais de production des agriculteurs traditionnels, en témoigne la crise du lait, etc. Les agriculteurs deviennent donc à leur tour dépendants des primes et autres subsides. La PAC représente tout de même 45% du budget européen. Si la PAC vise des prix bas, c’est afin que tout le monde puisse avoir accès aux aliments de base.

Or dans le monde, plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim, faute entre autre à la spéculation bancaire sur les denrées alimentaires. Les aides reçues par la PAC étant proportionnelles à la surface exploitée, les productions agricoles tendent à croître de plus en plus, nécessitant de plus en plus d’outillages coûteux, entretenant les producteurs de tracteurs, etc… mais entrainant les agriculteurs dans un cercle vicieux (produire plus pour avoir plus de subsides mais avoir besoin de plus en plus de subsides pour couvrir les besoins en terre, outils…).

L’alimentation concerne également les consommateurs. Lors de la création de la PAC, l’objectif d’accroitre la productivité a été fixé. Il se traduit aujourd’hui par l’utilisation massive de machines agricoles mais aussi de pesticides.

En Europe, un peu plus d’1% seulement de la population a une activité en rapport avec les travaux des agricoles, contre environ 40% dans le monde. Les OGM répondent à ce même objectif productiviste et les technologies actuelles permettent la création de légumes sans présence de terre mais également la production de viande dans des laboratoires sans élever d’animaux. L’alimentation touche donc directement à l’éthique et à des choix de société. Les consommateurs prennent donc parti pour un modèle de société à chaque fois qu’ils réalisent un achat alimentaire. Ils posent également un acte d’une portée énorme à chaque fois qu’ils jettent de la nourriture puisque 1/3 des productions alimentaires mondiales sont gaspillées.

L’alimentation touche également à la santé de ces consommateurs. Intervient ici un troisième acteur : celui qui transforme les produits du secteur primaire. Dans nos sociétés actuelles, le temps que nous consacrons à la réalisation de nos repas s’est fortement réduit. En témoignent les rayons complets de plats préparés et le nombre de fast-food qui encombre nos villes. Nous n’avons plus connaissance de ce qui se trouve dans nos assiettes. Le sucre et les matières grasses prennent une importance dangereuse dans notre alimentation conduisant à surpoids et risques de maladies.

L’alimentation touche donc à beaucoup de choses et les décisions semblent pour beaucoup se prendre au niveau européen, voire mondial. Si la PAC peut être un outil puissant pour orienter l’agriculture vers un autre modèle, le politique ne semble pas encore tout à fait prêt : la PAC ne fixe actuellement que quelques maigres objectifs environnementaux et concernant le bien-être animal.

Les citoyens, soutenus par des politiques nationales et régionales en écran de fumée de promotion du « consommer local » ou du bio, agissent déjà et transforment le modèle de l’intérieur. En Belgique, 18% des produits alimentaires achetés sont bio, le nombre de producteurs qui vendent leurs produits de façon local explose, Liège a vu naître une ceinture alimentaire qui ambitionne de remplir la majeure partie de la consommation de la ville grâce à des producteurs situés en bordure de la cité ardente. Deux villes françaises (Albi et Reims) visent également à leur souveraineté alimentaire. Les incroyables comestibles se répandent partout dans le monde, la permaculture et les potagers collectifs ont le vent en poupe. La réalisation de compostes est entrée dans les normes dans les communes rurales. Les réflexions sur la surconsommation de viande pénètrent tout doucement la société. Bref, les citoyens changent leur manière de consommer et nombre d’entre eux produisent de manière plus respectueuse de l’environnement.

Dans ce dossier du JUMP, nous ferons un petit tour d’horizon des initiatives qui ont été développées.

Michaël Horevoets, rédacteur en chef

ÉNERGIE| Endiguer la précarité énergétique

pictoDossiersLorsque l’on parle de précarité énergétique on pense souvent à l’énergie du logement (électricité, gaz et mazout)! Cette réalité recouvre pourtant aussi la question de la mobilité. Cependant, je me focaliserai sur la précarité énergétique au sein du logement. Question déjà bien assez vaste pour un si petit article !

La précarité énergétique recouvre une multitude de réalités : incapacité à payer ses factures soit car les revenus sont trop bas, soit la consommation est trop importante et ce pour diverses raisons, auto-privation, …

La Constitution énonce le droit à un logement décent (article 23). L’accès à l’énergie en fait partie mais est loin d’être assuré. En 2013, 18,5% des ménages belges se retrouvaient dans une situation de précarité énergétique « objectivée » (Baromètre de la précarité énergétique 2015, Delbeke B. et Meyer S.).

Nous pouvons dès lors nous poser la question de l’intérêt pour les consommateurs de la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité (2007), biens de première nécessité, lorsqu’on sait que depuis celle-ci les prix n’ont pas diminués et la complexité s’est grandement amplifiée pour les citoyens !

Attention, l’utilisation rationnelle de l’énergie est dans toutes les bouches. « Ils ont des difficultés pour payer ? Regardons avec eux comment réduire leur consommation ! » STOP ! Loin de moi l’idée qu’il n’est pas important que TOUS nous réduisions notre consommation d’énergie. Mais cet effort n’est pas réservé aux personnes en situation de précarité ! De plus, la réduction ne doit pas se faire au détriment d’une vie décente. Attention à l’auto-privation. Et non, la diminution de la consommation (via le changement de comportement des consommateurs) n’est pas l’unique solution à la précarité énergétique ! Veillons dès lors à ne pas être encore dans un discours de responsabilisation des ménages !

Il est grand temps de rénover le bâti ! La qualité médiocre des logements engendre une surconsommation particulièrement problématique pour les ménages en situation de précarité. Pour cela, des mesures politiques sont nécessaires aussi bien pour le parc public que privé. Et attention, la priorité doit se faire au niveau du parc locatif et des propriétaires pauvres. D’autres mesures sociales sont bien évidemment à mettre en œuvre comme par exemple l’élargissement du droit au tarif social.

Lutter contre la précarité énergétique, c’est aussi permettre aux citoyens de comprendre le marché, de connaître leurs droits et d’activer ceux-ci ! Il faut donner aux consommateurs les outils nécessaires que pour pouvoir faire des choix éclairés. Choisir son fournisseur ? Difficile quand on sait combien il y en a et la multitude d’offres qu’il y a sur le marché !

A l’heure des panneaux photovoltaïques et d’autres projets d’auto-production, il est nécessaire de réfléchir à une juste répartition des coûts de réseau. Si nous ne collectivisons pas la production, les coûts de réseau devraient peut-être sortir de la facture d’énergie et ce pour éviter ce que nous vivons actuellement, c’est-à-dire, des coûts redistribués non pas sur tous les consommateurs qui en bénéficient mais bien uniquement sur ceux qui n’ont pas eu la possibilité d’installer des panneaux photovoltaïques (une des raisons de l’augmentation de la facture d’énergie) !

Je terminerai par ceci: une des questions centrales reste comme pour bien des domaines celle des ressources des ménages (ou des coûts des biens et services nécessaires à une vie digne) ! A quand une redistribution des richesses ???

N.B : Plus assez de place pour en parler ici mais allez vous renseigner sur le projet de compteurs intelligents… un danger pour le droit d’accès à l’énergie et notre vie privée !!!

Lisa Joseph

ÉNERGIE| Le transport, un besoin de diversité

pictoDossiersMaintenir l’élévation des températures à moins de 2°C par rapport au niveau préindustriel, voire si possible sous la barre des 1,5°C, va nécessiter des objectifs et des actions concrètes ambitieuses. Et s’il est bien un secteur sur lequel il faut mettre la vitesse supérieure, c’est celui du transport. De fait les émissions liées au secteur des transports sont toujours supérieures au taux de 1990.

Cela n’a rien d’étonnant suite, d’une part, à la croissance démographique, d’autre part, à la mondialisation entrainant l’accroissement des échanges marchands et de la mobilité des personnes. Le bureau fédéral du Plan prévoit d’ici 2030, 200.000 ménages supplémentaires en Wallonie et à Bruxelles et une augmentation de 40 % du nombre de tonnes de marchandises et de 10% du nombre total des trajets des personnes. Selon leurs prévisions, le transport routier resterait majoritaire entrainant une augmentation de la congestion (+ 22% de véhicules/km). Comment dans ces conditions arriver à réduire le poids du transport dans les émissions de carbone ?

La technologie est souvent présentée comme salutaire. Les véhicules électriques par exemple permettraient de réduire les émissions de CO2 par rapport aux voitures thermiques. Mais d’une part cela pose la question de la source de l’électricité (nucléaire ou renouvelable ?) et d’autre part cela ne fait que déplacer le problème vers d’autres ressources non renouvelables telles que le lithium nécessaire aux batteries. Enfin, cette solution ne s’attaque pas aux autres embarras que provoque la voiture notamment l’encombrement des rues et des places publiques ou encore le manque de contact social. Enfermés dans ces solides carapaces protectrices comme les nomme le philosophe Michel Serres, notre perception du monde est bien pauvre et peut contribuer au repli sur soi et à l’indifférence écologique. A force, dès l’enfance, de passer son temps à l’intérieur de la voiture, on réduit les chances de rencontres et notre vision de l’extérieur est tout autre.

Ce n’est donc pas que pour lutter contre les changements climatiques qu’il est nécessaire de complétement revoir notre mobilité. Les transports en commun sont aussi l’occasion de rencontres. Encore faut-il qu’ils soient efficaces et agréables pour tous.

Chez nous, le choix a été fait en 2002 de réaliser le RER en passant de deux à quatre voies de rails. Près de quinze ans plus tard les nouvelles voies ne sont toujours pas posées en Wallonie tandis que des routes ont été élargies sous des ponts et des tunnels traversant les lignes du RER. Une mise à quatre voies qui a par ailleurs été presque abandonnée pendant quelques jours par l’ancienne ministre de la mobilité. On en serait revenu au temps des travaux inutiles !

Cette expérience nécessite néanmoins d’oser quelques réflexions. Est-ce qu’avoir axé toute la politique de transport en commun pour converger vers le RER afin de pouvoir rentrer plus facilement dans Bruxelles était réellement la meilleure des pistes ? Si l’attraction des navetteurs vers Bruxelles continue de se renforcer, le RER pourrait même ne rien changer aux problèmes de mobilité. Certes, le train est un mode de transport efficace et peu polluant. Il est à privilégier pour connecter nos villes entres elles et il est nécessaire d’investir dans ce mode de transport afin de bénéficier d’une offre de qualité pour les usagers et de convertir des automobilistes. Mais il ne faut néanmoins pas mettre tous les œufs dans le même panier. Il y a d’autres modes de transport à explorer parmi lesquels le bus et le vélo !

Comme ils utilisent le réseau routier, les bus ont l’avantage de pouvoir rapidement se densifier et améliorer leurs offres. Dans leur cas, les avancées technologiques sont pertinentes car elles peuvent être mieux rentabilisées. L’hybribus développé à Liège en est un bel exemple. Ce bus roule à l’électricité et au diesel. Il a été testé à Liège en 2012. Malheureusement, comme il reste plus cher que les bus actuels, son développement à plus grande échelle ne s’est pas encore concrétisé.

Enfin, le potentiel du vélo d’être un véritable moyen de transport au quotidien est encore beaucoup trop négligé. Dans une ville comme Copenhague, capitale du Danemark, la part des déplacements quotidiens à vélo est de 45%.

Là-bas, même les gouvernements conservateurs et libéraux votent en faveur des infrastructures pour cyclistes parce qu’ils savent que le retour sur investissements des aménagements cyclistes est bien plus élevé que pour ceux réalisés pour les automobilistes. Leurs nouvelles pistes cyclables font ainsi quatre mètres de large et permettent à deux cyclistes de dépasser un vélo cargo en tout sécurité. Dans ces vélos cargo, les enfants sont à l’avant d’où ils peuvent réellement observer et découvrir leur environnement.

Chez nous, seulement 2% des déplacements quotidiens sont effectués à vélo. Les choses ont timidement commencé à bouger avec le plan Wallonie cyclable en 2010 et dont la deuxième version vient de paraitre. Mais le plan privilégie les infrastructures légères et sécurisées comme les marquages au sol. Comme l’énonce le GRACQ (Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens), cette approche permet peut-être de répondre aux attentes des cyclistes actuels mais est complétement insuffisante pour permettre à de nouveaux usagers d’enfourcher leur vélo et de laisser la voiture dans les show rooms ! De fait, les études montrent que la sécurité et la continuité des aménagements sont des éléments indispensables pour augmenter le nombre de cyclistes. Les campagnes de promotion du vélo ne seront vraiment efficaces que quand les infrastructures seront présentes ! Par ailleurs, l’excuse du relief n’est d’une part pas applicable partout et d’autre part des solutions permettent de réduire son importance. Outre le vélo électrique, on peut par exemple adapter les bus et train pour qu’ils puissent embarquer plus facilement des vélos.

Enfin il reste deux actions complémentaires pour permettent le transfert vers d’autres modes de mobilité. Il s’agit de réduire les avantages liés à la voiture et de rapprocher les lieux d’habitations des lieux d’emploi, d’enseignement, commerces etc. Cela vaut également pour les activités productrices car le transport de marchandises est celui qui est actuellement le plus en augmentation.

Outre le nécessaire abandon des avantages liés à la voiture de société, il est nécessaire de réduire les places de parking dans les centres villes et les autoroutes urbaines qui permettent une haute vitesse de circulation en milieu urbain. Le nombre d’automobilistes diminuera lorsqu’ils se rendront compte qu’ils perdront vingt minutes à trouver une place de parking (qu’ils devront payer cher) et qu’ils verront des vélos les dépasser tandis qu’ils seront bloqués à des feux rouges.

Concernant les questions de livraison qui multiplient les camions sur nos routes et en ville, il est nécessaire de privilégier le rail et la voie d’eau pour les longs trajets et les centres de distribution en ville. Les livraisons s’effectueraient alors avec des vélos cargo ou véhicules électriques. Tout bénéfice pour l’ambiance sonore des villes et la santé des passants ! Depuis peu, un tel centre existe à Charleroi géré par l’entreprise Citydepot.

Actuellement, de nombreux déplacements réalisés en voiture font moins d’un kilomètre et pourraient déjà faire l’objet d’un transfert modal. Il est donc nécessaire de rapidement agir afin d’avoir les conditions pour réaliser ces courts trajets en transport en commun, en vélo, voire à pied tout en réduisant les trop nombreux avantages liés à la voiture. Mais pour cela il faut une volonté et un courage politique fort. Pas sûr que la deuxième version du plan cyclable qui arrive bien tard dans la législature et sans aucun budget associé soit un bon signal.

Joachim Romain

ÉNERGIE| L’efficacité énergétique dans les entreprises

pictoDossiers De nos jours, l’énergie est un enjeu majeur pour nos entreprises. Une gestion saine de ces dépenses leur procure à la fois des économies et un rôle à jouer dans la transition énergétique.

Chez nous, le poste énergie représente en moyenne 5 à 10% des coûts d’activité d’une entreprise. Hors transports, les dépenses en énergie peuvent être affectées à l’éclairage, au chauffage, à l’utilisation d’appareils et de machines, ainsi qu’une mise en veille des outils.

Pour diminuer ces coûts, une première étape consiste en une analyse énergie/CO2 sur le cycle de vie du produit, ou un bilan carbone de l’ensemble du site. Ainsi, des fournisseurs de services énergétiques proposent un diagnostic pour déceler les sources d’économies.

L’UCM et les CEEI (Centre Européen d’Entreprise et d’Innovation) wallons peuvent apporter leur aide pour de nouvelles innovations. En Wallonie, des accords de branche sont conclus avec les entreprises. Ils octroient de nombreux avantages aux acteurs qui améliorent leur efficience énergétique sur une période donnée.

Parfois, les économies peuvent provenir de gestes simples, comme l’acquisition d’ampoules économes ou d’économiseur. Des investissements dans l’isolation des bâtiments sont non-négligeables. D’autres projets de plus grande ampleur existent déjà. Au sein d’éco-zoning, les entreprises peuvent s’associer et mettre en commun certaines ressources, suivant la logique de l’économie circulaire. Ainsi, à Tertre, des études de faisabilité ont permis de déceler des opportunités pour valoriser la chaleur excédentaire et l’utiliser pour le chauffage de serres.

Thomas Van De Meersche