ÉNERGIE| Pétrole, le confort ou la misère ?

pictoDossiersQue ce soit à Paris ou à Lima, les conférences des Nations Unies sur les changements climatiques (COP) soulignent l’urgence de limiter l’augmentation de la température de la terre à 2°C. Le réchauffement climatique représente un enjeu fondamental – bien que trop souvent marginalisé – dans les négociations internationales et ses impacts sur la vie des populations sont incontestables aujourd’hui. Ce phénomène est directement lié à notre consommation énergétique, elle-même dépendante de l’extraction de ressources naturelles.


Parmi ces ressources, le pétrole représente la 1ère source d’énergie au monde. Le pétrole est une matière première épuisable, dont tous les pays sont actuellement dépendants. Il fait partie des énergies fossiles avec le gaz et le charbon. Ces combustibles tirés du sous-sol sont responsables de 2/3 des émissions de gaz à effet de serre – dont 35% sont dues au pétrole – et contribuent ainsi au réchauffement de la planète.

L’exploration et l’extraction de matières premières comme le pétrole ne se réalisent pas sans conséquences pour l’homme et l’environnement, notamment dans les pays du Sud qui en sont les principaux producteurs. On constate en effet que 75% de la population mondiale en situation de pauvreté vit dans des régions où les ressources naturelles sont abondantes.

Prenons le cas du Pérou. Ce pays d’Amérique du Sud est colonisé par les industries extractives  : 62% du territoire national est sous concession gazière ou pétrolière et 20% sous concession minière.

En Amazonie péruvienne, les communautés indigènes souffrent directement de l’exploitation du pétrole qui se trouve sur leur territoire et qui détruit leurs conditions de vie. Le gouvernement ne respecte pas la consultation préalable, libre et informée des populations susceptibles d’être affectées par un projet, principe inscrit dans la Convention 169 de l’OIT. Les multiples accidents et pollutions des entreprises pétrolières nuisent à la santé, à un environnement sain et à l’alimentation des communautés. Leur  territoire est accaparé et leur identité culturelle altérée par la présence de ces projets d’envergure.

En février 2016 par exemple, en raison d’une mauvaise maintenance des oléoducs, des écoulements se sont produits pendant plusieurs jours dans les régions péruviennes Amazonas y Loreto. Cependant, aucune sanction contre les entreprises n’a à ce jour été prise et les familles affectées ne bénéficient d’aucune aide particulière.

En tout, ce sont plus de 200 conflits sociaux qui agitent le Pérou depuis plusieurs années, dont les ¾ sont de type socio-environnemental. Ainsi, une réelle fracture existe entre l’État, la population et les entreprises. Peu de mécanismes de dialogue entre les différentes parties aboutissent réellement.

Et la balance semble pencher du côté des multinationales. Ces 3 dernières années, le Pérou a adopté des mesures économiques qui facilitent leurs investissements, mais qui mettent en danger la protection de l’environnement, les conditions de travail et le droit à la propriété de la population locale.

Bien que l’extraction des matières premières soit une priorité pour l’équilibre économique de nombreux pays, il est primordial que les États développent des politiques de prévention des risques, de transparence(1) et d’accès à l’information pour les populations locales.

Ce respect des populations du Sud doit aller de pair avec un changement réel des comportements et de la consommation énergétique des citoyens dans les pays du Nord. Comme l’explique l’Agence Internationale de l’Énergie  : Si nous voulons conserver la température de la terre en-dessous des 2°C, 2/3 des réserves fossiles prouvées doivent être laissées dans le sol.

Il est donc impératif aujourd’hui de diminuer notre dépendance au pétrole, pour préserver notre planète et les populations qui en dépendent directement. S’il incombe aux responsables politiques d’avancer en ce sens, les citoyens peuvent également poser des gestes significatifs au quotidien.

Déborah Tousch

(1)  L’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) est un exemple des processus mis en place qui vise l’amélioration de la gouvernance des ressources naturelles.