ENSEIGNEMENT | La discipline

pictoDossiersY a-t-il une chute de niveau dans les écoles ? Les élèves sont-ils moins respectueux qu’avant ? Le statut de prof a-t-il perdu de sa superbe ? Les parents sont-ils plus conciliants ?

Les médias parlent de discipline lorsque se produit l’agression d’un.e prof, lorsque chaque année la FWB fait paraître les chiffres d’exclusions, etc. Pourtant la discipline est un sujet très chaud au sein des établissements scolaires. Référence aux règles, la discipline d’aujourd’hui sert-elle à protéger l’institution elle-même ou est-elle au service des élèves ? C’est peut-être là où il y a un fossé entre les interprétations. Pourtant, à lire le Petit Larousse, ce mot décrit :

1. Ensemble de lois, d’obligations qui régissent une collectivité et destinées à y faire régner l’ordre ; règlement : Se plier à la discipline.
2. Aptitude de quelqu’un à obéir à ces règles : Élèves qui n’ont aucune discipline.
3. Obéissance, soumission aux règles que s’est données le groupe auquel on appartient : Il fait grève par discipline syndicale.

L’école est une mini-société.
Elle peut être aujourd’hui très décalée des réalités du lieu où elle se trouve géographiquement. Les jeunes portent un regard très critique sur les règles émises là où ils vivent, ils.elles n’aiment pas l’injustice. Les stratégies pour des comportements idéaux sont bien appliquées au sein des établissements et les méthodes utilisées toutes différentes. Il n’y a pas un règlement d’école semblable à l’autre. Partons alors sur un échantillon d’analyse proposée par Jean-Luc Tilmant, psychopédagogue spécialisé en problèmes de violences à l’école et en institutions qui a étudié le modèle de Bonfenbrenner, cet ouvrage sur l’écologie du développement humain.

La discipline sert essentiellement si le jeune est le centre du dispositif.
Il s’agit ici pour l’enseignant.e ou l’éducat.eur.rice d’approfondir ses connaissances et non de faire craindre la soumission à l’élève. Cette partie permettra d’individualiser chaque élève et ainsi de comprendre ses besoins au sein d’un groupe.

Les méthodes sont nombreuses, particulièrement dans la socialisation avec les jeunes. Entrer en communication par l’écoute avec les élèves est la priorité de toutes les démarches d’apprentissages. A Jette, en 2014, une école a subi une grève des élèves. En effet, les garçons ne pouvaient pas porter de short par temps chaud. L’école s’est mise à leur écoute. La démarche a été positive et une solution a été trouvée par le dialogue. Dans la relation enseignant.e-élève il y a une complexité de paramètres à tenir en compte. Comment le jugement sur le comportement de l’élève est-il véhiculé ? Quels sont les personnes qui détiennent le savoir en terme de discipline ? L’adulte lui seul représente-t-il des valeurs, des idéologies ?

Nous sommes tous des éducat.eurs.rices.
Les attitudes qui font bondir les adultes sont multiples et souvent décriées en conseil de classe : parler d’agression physique et verbale, d’actes immoraux, de la perturbation des activités en classe, du refus de travailler, du défi à l’autorité… Démuni.e face à ces attitudes, l’éducateur.rice doit pouvoir jongler avec sa capacité d’analyse de la situation: Suis-je en danger ? Les autres élèves sont-ils en danger ? Il faut constater que les écoles qui appliquent des méthodologies de socialisation et valorisation avec les élèves sont plus apaisées.

Pensons à l’école citoyenne qui met en place tout un arsenal de vie commune avec les élèves. C’est une manière pour elle, dans une démarche participative et démocratique, de discuter des besoins et envies pour une meilleure cohérence entre tous les acteurs.rices. Une occasion pour faire parler, rencontrer les élèves de manière transversale dans tous les cours ainsi que dans les lieux de vie commune. L’école citoyenne permet une auto-critique, elle évalue son dispositif et, dès qu’il le faut, rectifie. Cela donne sens, cela rappelle le rapport à la règle, la Loi.

C’était mieux avant !
L’école est souvent victime des représentations que la société ou les parents eux-mêmes véhiculent. Cela ne peut faire que reculer toutes les initiatives cohérentes menées par les écoles. C’est là qu’est le prochain défi : faire entrer les parents et la société civile dans l’école. Le Conseil de Participation n’est pas un lieu anodin. Malgré le peu de retours concrets, cet outil permet à tous les acteurs de se rencontrer et de discuter ensemble de leur école.

Xavier Wyns

Treize stratégies pour prévenir les violences à l’école,
Jean-Luc Tilmant, 1985, éditions Matrice

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