Hier soir, le Président français Emmanuel Macron…

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Hier soir, le Président français Emmanuel Macron a enfin annoncé des mesures pour répondre à la crise des « gilets jaunes » qu’il traverse. Mais, cela suffira-t-il à apaiser la colère populaire qui jaillit de tous les pans de la société depuis plus d’un mois de manière totalement inédite ? Rien n’est moins sûr. Pire, cette allocution sonne comme une grande arnaque.

Il l’a confirmé par les mesures invoquées :

  • La défiscalisation des heures supplémentaires augmentera temporairement le pouvoir d’achat pour certains travailleurs, mais en encourageant à faire travailler plus ceux qui travaillent déjà, cela subventionne des destructions d’emplois pour les autres. De plus, comme à chaque fois, ces baisses de recettes pour la sécurité sociale se traduiront inexorablement par une baisse des dépenses, c’est-à-dire par de l’austérité dans les services publics alors que c’est tout l’inverse que les gilets jaunes demandent.
  • L’augmentation du SMIC (salaire minimum) de 100€, dont il a précisé qu’elle ne serait pas supportée par les employeurs, sera donc payée forcément par l’impôt. Contacté par france info, l’Elysée a confirmé que ces 100 euros d’augmentation comprenaient les hausses déjà prévues de la prime d’activité (une prestation sociale destinée à compléter les revenus des salariés et des travailleurs indépendants aux ressources modestes) qui seront dorénavant toutes rassemblées en une seule hausse en 2019, plutôt que d’être étalées jusqu’en 2021 tel qu’initialement prévu. Aucune concession donc.
  • Le chef de l’état a appelé tous les employés qui le peuvent à verser une prime de fin d’année à leurs salariés. Un vœu pieux au mieux, au pire, une insulte. Les travailleurs ne quémandent pas la charité mais un réel partage des richesses qu’ils produisent.
  • La hausse de la CSG (impôt à taux fixe sur tous les revenus) va être annulée pour les pensions de moins de 2000€ brut pour un isolé. Non seulement cela ne change pas fondamentalement la précarité des retraités précarisés, mais le maintien de cette hausse sur l’ensemble des retraités est abject car les allocations de pensions ne relèvent pas d’un régime de charité mais d’un régime assurantiel : ils y ont droit parce qu’ils ont cotisé toute leur vie pour.

Ces mesures devraient avoir un coût de 14 à 15 milliards, sans précision sur leur financement. Aucune contribution supplémentaire demandée aux plus riches et aux revenus du capital, le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ayant été exclu, ce qui veut dire que toutes les mesures seront payées d’une manière ou d’une autre par les contribuables et les travailleurs qui cotisent. Comble de l’ironie, une heure plus tôt, le Sénat confirmait la suppression de « l’exit tax », cette taxe censée dissuader les exilés fiscaux d’aller cacher leur fortune ailleurs.

Au-delà du débat technique, ces mesures ne règlent en rien la question fondamentale du partage des richesses et confirme la matrice idéologique et économique de sa politique. Et après ? Il lui reste encore 3 ans et demi, quel cap économique tiendra-t-il ? Quelle politique sociale ambitionne-t-il ? Les français ont pourtant bien compris que la doctrine qu’il suivait était le néolibéralisme, et son logiciel, celui de l’oligarchie. Cette doctrine, la même qu’appliquée assidument par notre Charles Michel national, est ancrée dans une logique à deux piliers :

  1. La réduction de la dépense publique afin de réduire la dette, et ce afin de rassurer les capitalistes qui la possèdent et éviter qu’ils rehaussent les taux d’intérêt sur les obligations d’état, sans jamais remettre en question ce chantage.
  2. La réduction des impôts sur les sociétés et le capital afin d’améliorer l’attractivité (qu’ils appellent « compétitivité ») auprès des capitalistes du monde entier dans le but d’attirer leurs investissements, sans jamais remettre en question le libre échange des biens, services et capitaux qui organise la concurrence (souvent déloyale) du tous contre tous.

Ainsi, quand bien même le mouvement des gilets jaunes s’essoufflerait, la frustration et la colère reviendraient tôt ou tard au galop. Il faut donc à tout prix que les écologistes prennent la mesure de ces évènements et évitent de rater le coche de la révolution citoyenne qui s’est entamée. Il y aura un avant, et un après. Le fait même que les gilets jaunes français fassent des petits ailleurs en Europe, à commencer par chez nous en Belgique, est un signal que la crise dépasse de loin les petites réformettes fiscales de Monsieur Macron. Le pacte social entre le peuple et la classe politique, tel un élastique tendu et sous pression depuis des années, a volé en éclats. Dans les rangs des gilets jaunes, les gens parlent du libéralisme, de l’UE, du système financier, de l’euro, de référendum d’initiative citoyenne, de sixième République, de la fracture sociale entre les gens du commun et le monde élitiste de Macron.

Nous les écologistes, cela fait des années que nous nous sentons révoltés par ce système basé sur les dominations et exploitations multiples. Ainsi, cette colère qui s’exprime dans la rue est aussi la nôtre. Notre responsabilité est d’orienter la colère contre ses vraies sources, de ne rien céder à l’extrême droite mais de transformer la révolte en révolution citoyenne positive.

Rayan Al Kadi