Pourquoi le ministre des télécommunications Philippe De Backer veut-il privatiser Proximus ?

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Avant-hier, écolo j exprimait sa solidarité avec les employés de Proximus qui sont, depuis maintenant une semaine, menacés par près de 1900 licenciements (soit 15% des effectifs).

Revenons donc sur la situation et les raisons de notre indignation :

Mais alors que syndicats et travailleurs attendent une intervention de l’État Belge, détenteur de l’entreprise à 53,4%, le très libéral ministre des télécommunications Philippe De Backer (OPEN VLD) n’a pas trouvé mieux que de déclarer que « un gouvernement dirige un pays, et non des entreprises », plaidant ainsi pour un désengagement de l’État de Proximus au cours des prochaines années. Une absurdité économique et sociale qui fonctionne comme une manœuvre politique pour se dédouaner, sans aucune considération pour celles et ceux sur le point de se retrouver sur le carreau.

Une gabegie budgétaire

Tout d’abord, pourquoi priver le budget de l’État des revenus stables et non négligeables qu’offrent de nombreuses entreprises publiques ? L’argument rétorqué et ressassé est celui de l’éternel remboursement de la dette, seul projet de société que la droite, le centre, et même une certaine gauche, n’aient à proposer. Seulement, une revente totale des parts de Proximus, se chiffrant à 4 milliards d’euros au cours actuel, n’aurait qu’un effet très marginal sur une dette publique avoisinant les 388 milliards d’euros (et qui est par ailleurs, en étant réaliste, de toute façon impayable). Cela signifierait aussi la fin d’une rente stable proche de 270 millions d’euros par an, provenant d’un secteur qui n’est pas près de faire faillite. Proximus aurait ainsi versé, au titre des quatre seules dernières années (2015 à 2018), près de deux milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Une entreprise donc, en très bonne situation.

Un intérêt stratégique pour l’État

Au-delà de l’aspect financier, la privatisation totale du secteur des télécommunications et la perte de contrôle inévitable à laquelle elle conduirait est une aberration alors que nous sommes à l’heure de la protection des données personnelles, et que l’on sait, grâce aux différents scandales révélés, que la vie privée est mise en danger par la cupidité des grands capitalistes ; alors que la gestion des infrastructures de télécoms et des ondes qu’elles génèrent est devenue une question de santé publique, et que cela ne risque que de s’aggraver avec l’arrivée de la 5G ; alors qu’il est tout à fait prévisible qu’une entreprise privatisée réduira ses investissements en infrastructures dans les zones les moins génératrices de profits, bien qu’elles soient souvent déjà les plus délaissées socialement et économiquement. Finalement, la concurrence, aggravée par l’arrivée prochaine d’un quatrième opérateur décidée par le gouvernement Michel, est un non-sens économique dans un secteur qui relève du monopole naturel et qui se trouve donc incapable de réaliser des économies d’échelle, tout en poussant au moins-disant social.

Précariser les travailleurs pour le profit

D’abord, il faut insister sur le fait que ce plan de licenciement ne relève d’aucune nécessité pour la survie de l’entreprise, Proximus étant en très bonne santé. Ensuite, il est à noter que le plan de la direction prévoirait également 1 250 nouvelles embauches. Mais pourquoi ne pas simplement annoncer 650 licenciements dans ce cas ? Étrange, non ? À l’évidence, on peut s’attendre à ce que du personnel statutaire soit remplacé par du personnel contractuel, sous-traité, moins bien payé et moins protégé. Le schéma classique de restructuration d’une entreprise profitable qui cherche à baisser ses coûts salariaux pour augmenter ses marges encore davantage et fournir à ses actionnaires des dividendes toujours plus importants, en somme. Où est donc passé le fameux slogan « jobs, jobs, jobs » de Charles Michel?

Remettre le citoyen au cœur des décisions

En réponse à cette crise, le gouvernement s’est contenté de demander à la direction des « informations » pour « implémenter ce plan de transformation en toute humanité », sans qu’on ne sache trop ce que cela veuille dire. Sans doute envisagent-ils d’offrir des boites de chocolats aux travailleurs licenciés ? Pris au dépourvu, Charles Michel et son équipe sont victimes de leur propre incompétence, cette situation étant la conséquence directe de leur décision de supprimer le poste de commissaire du gouvernement dans les Conseils d’administration des entreprises publiques cotées en bourse (comme c’est le cas pour Proximus depuis 2004), poste censé assurer un vrai lien entre l’entreprise et son ministre de tutelle (Mr De Backer). Décision qui, par ailleurs, témoigne de leur doctrine selon laquelle l’État ne devrait se mêler de rien et laisser aux actionnaires privés le champ libre.

Il faut souligner le coté absurde de la situation. Ce plan est censé garantir des profits confortables aux actionnaires de Proximus, dont l’État, mais ses représentants élus préfèrent les abandonner au privé plutôt que d’endosser la responsabilité de la précarisation des travailleurs de cette entreprise. C’est le chien qui se mord la queue. L’alternative, qui serait d’escompter des profits raisonnables qui permettraient aux travailleurs d’être traités et rémunérés correctement, ne vient bien entendu à l’esprit de personne au gouvernement….

écolo j en appelle donc à une responsabilisation du gouvernement et la fin de la posture du tout-au-profit-rien-à-l’humain de celui-ci, qui ne cesse d’engendrer de la précarité pour la majorité des ses citoyens (qu’il est pourtant censé représenter), et qui transforme de plus en plus notre démocratie en oligarchie de l’argent.

Rayan Al Kadi