PALESTINE | La fumée danse

pictoDossiers« Et vous êtes venu pour quelle raison exactement ? Parce que si c’est simplement par empathie avec la souffrance des palestiniens, ce n’est pas assez »

La fumée danse autour du visage de Nassar, co-directeur du Alternative Information Center basé à Bethléem. Nous y faisons une incursion le mardi matin, avant d’enchainer avec la visite d’Hébron. Entre statistiques, faits historiques et tirades à orientation marxiste, Nassar brandit une clé de fer, symbole des 500.000 palestiniens (5 millions deuxième génération comprise) chassés de leur domicile en 1948 et 1967, et qui revendiquent toujours leur right of return depuis des camps de réfugiés à caractère hélas bien permanent. Nassar nous fait aussi réfléchir.

À l’ère des faits alternatifs, Alternative Information Centre n’est pas une dénomination des plus rassurantes. Mais le but de cette institution israélo palestinienne est justement de rééquilibrer le débat, via état des lieux de terrains, travaux de recherche, visites, échanges avec des parlementaires étrangers…

Un centre de lobby pro-Palestinien, en somme…

Et les Palestiniens en ont bien besoin, face à un système où l’État Israélien a trop souvent la main haute en ce qui concerne les ressources financières (issues d’une économie non entravée par une politique d’occupation et subventionnée par d’autres États), contacts aux États-Unis et en Europe, et institutions fortes et efficaces, dont des media centers très réactifs quand il s’agit de justifier les bombardements de Gaza et autres actions préventives. Jouissant d’une immense liberté d’interprétation, doublée d’un grand écho médiatique, une attaque au couteau de soldat en gilet par balle, probablement qualifiée d’acte de désespoir dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, ou de résistance dans la France occupée de la seconde guerre mondiale, se trouve alors estampillée acte terroriste. Les souffrants deviennent bourreaux, les désespérés déterminés. On accuse la victime de discriminations quotidiennes et d’humiliations gratuites de se montrer trop haineuse, et pas assez coopérative – entrave majeure au processus de paix.

Nassar insiste

« La résistance n’est pas le résultat d’une détermination individuelle, mais le produit d’une réalité subie« . Il n’est pas question ici de glorifier des actes de violence, mais d’attirer l’attention sur la violence structurelle et permanente de l’occupation israélienne, qui passe moins bien à la télévision, et sur la violence des mots. Nassar nous exhorte à nous montrer critiques, mais aussi à réaliser que le combat des Palestiniens est le nôtre. Quand, pour certaines personnes dans un endroit lointain, la justice est bafouée et que la vérité tue, que les libertés sont sacrifiées sur l’autel d’une soi disant sécurité accrue, nous pouvons très bien être les prochains sur la liste – et le sommes peut-être déjà. De récepteurs passifs de notre compassion, les Palestiniens se font ainsi acteurs. Et nous nous en montrons tout aussi activement solidaires, par souci d’auto-préservation. Relayant leur quotidien, racontant leurs histoires. Faisant écho à l’activiste aborigène Lilla Watson:

« If you have come here to help me, then you are wasting your time.
But if you have come because your liberation is bound up with mine, then let us work together” *

* « Si tu es venu ici pour m’aider, alors tu perds ton temps.
Mais si tu es venu parce que ta libération est liée à la mienne, alors travaillons ensemble »

 

Isabelle Desportes