ALIMENTATION | La forêt comestible

pictoDossiersQue peut bien être une forêt comestible ? C’est une forme d’agriculture fondée sur l’association d’espèces végétales diverses – dont des arbres – sur un même territoire. L’idée est de créer un système agroforestier qui produit de la nourriture. En Amérique latine, ces initiatives fleurissent. En sillonnant les chemins d’une forêt comestible, nous rencontrons: fruits, légumes, tubercules, insectes, oiseaux. Cet écosystème réalise un service environnemental. À travers le reboisement, la préservation d’espaces naturels au niveau local est assurée.


Cultiver, régénérer, alimenter
Vous avez dit : produire des aliments biologiques dans une forêt ? Et en même temps améliorer la fertilité des sols, restaurer la biodiversité, augmenter la quantité et la qualité de l’eau disponible ? Vous avez dit : s’alimenter et commercialiser des produits frais, bio, de saison et locaux ?
C’est presque trop beau pour être vrai. Pourtant ces éléments font partie intégrante de la vision de l’agriculteur qui implémente une forêt comestible. Quelles sont les idées phares ? Prendre soin d’un écosystème, cultiver la terre, régénérer les ressources naturelles, alimenter les hommes, les animaux et les plantes.

Aux racines de l’agroforesterie
L’agroforesterie allie les cultures agricoles aux arbres forestiers sur une même aire géographique. Une forêt comestible est une configuration spécifique de l’agroforesterie. Pour en comprendre les principes, il faut partir de l’étude de la nature et plus particulièrement d’une forêt.
Celle-ci abrite de nombreuses espèces végétales mélangées entre elles. Des arbres, grands et hauts, dominent la forêt. Ils atteignent les cimes et donnent de l’ombre aux plantes des niveaux inférieurs de la canopée. Le sol est recouvert d’une épaisse couche de matière organique composée de feuilles séchées, de branches et de bois en décomposition. La terre est noire, aérée et grouille d’insectes. Champignons, micro-organismes, oiseaux, mammifères et plantes résident au sein du même écosystème. L’eau fait partie intégrante de cet environnement.

L’homme imite et réplique la nature
Une forêt comestible est conçue conjointement par l’homme et par la nature, pour l’homme et pour la nature. L’homme travaille de concert avec son environnement. Son rôle consiste à imiter et répliquer le fonctionnement d’une forêt, tout en y intégrant des cultures vivrières et/ou de rentes1.

« La Fazenda des yeux d’eau »
Référence internationale en systèmes agroforestiers, Ernst Götsch est un scientifique d’origine suisse. Il vint s’installer au Brésil en 1984 dans une fazenda (un domaine agricole) dans l’État aride de Bahia. Le nom de celle-ci était alors la fazenda des fugitifs de la terre sèche. En ces temps, elle comportait 500 hectares de terres dégradées et considérées comme improductives. Le scientifique a développé des expériences grandeur nature des systèmes agroforestiers successifs sur ce terrain; un système agroforestier successif étant un écosystème sylvestre en constante évolution. Les recherches agronomiques et très pratiques d’Ernst Götsch portent sur les symbioses qui s’opèrent lors de l’association d’arbres et de cultures.

Quels sont les résultats trente ans plus tard ? Les cultures et les arbres plantés ont recréé un environnement naturel complexe. Progressivement la végétation typique de la Mata Atlântica (la forêt atlantique de type tropical et humide) est réapparue sur le territoire de la fazenda.

Aujourd’hui, les anciennes terres dégradées se sont transformées en 410 hectares de reforestation, dont une grande partie est protégée. Le lieu a désormais pris le nom de La fazenda des yeux d’eau car 14 sources d’eau sont progressivement apparues. Désormais consultant, Ernst Götsch réalise depuis lors l’implantation de forêts comestibles au sein de divers États brésiliens.

Alternative agricole en Amérique latine
En Amérique latine, il existe une multitude d’initiatives indigènes, paysannes, néorurales qui appliquent actuellement les principes de la forêt comestible au sein d’écosystèmes aussi divers que celui de l’Amazonie, de l’Altiplano ou celui du Cerrado.
Le Cerrado brésilien est une région de savane recélant une immense biodiversité. Ce macro-écosystème, qui occupe une surface équivalente au tiers de la forêt amazonienne, est gravement menacé de déforestation1.
Brasilia se situe au cœur du Cerrado. Au sein de la capitale futuriste du Brésil, le nouveau paradigme en faveur des systèmes agroforestiers gagne l’adhésion d’une part grandissante de la société. Cette alternative agricole contraste d’autant plus avec l’agriculture prédatrice qui sévit dans la région. Aux abords de la métropole, les expériences de forêts comestibles – rurales ou urbaines – fleurissent et illustrent concrètement la durabilité de ce modèle agricole.

« Pé na terra »
Pé na terra signifie littéralement en portugais les pieds sur terre. Ce nom fait référence à un projet de ferme écologique située à 70 kilomètres de Brasília. Pé na terra est une aventure d’agroécologie familiale. Elle promeut la production d’aliments biologiques et la reforestation du Cerrado.
Ses objectifs ? Régénérer les ressources naturelles que sont la fertilité des sols, l’eau, le bois, la biodiversité et les semences. La ferme s’inspire directement des enseignements d’Ernst Götsch. Sur ses terres, l’implantation de la forêt comestible a commencé il y a plus de trois ans.
Avis aux citoyens qui souhaitent s’engager : créer une forêt comestible demande beaucoup de temps et beaucoup de travail. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Voici les principes de base pour créer un tel espace agroforestier :

Principe 1: Planter le multiple
La clé vient de la diversité. L’agriculteur doit planter une multitude d’espèces végétales. Cet aspect va de pair avec la recherche et l’acquisition de semences natives, si possible paysannes et locales. Cette richesse génétique va permettre à l’écosystème agricole de se développer.

Principe 2: Recherche de la symbiose
Les plantes ont des rôles complémentaires. Chacune a sa fonction. Par exemple sous les tropiques, le bananier est une plante qui draine énormément d’eau. Elle « évapo-transpire ». Dans la savane brésilienne, la présence du bananier augmente l’humidité de l’air et du sol; cette humidité est essentielle pour les cultures maraîchères et certains arbres fruitiers.
En agriculture biologique, les plantes de la famille des légumineuses sont stratégiques. Celles-ci captent et fixent l’azote de l’air. En Belgique, c’est le cas par exemple de la luzerne. Au Brésil, c’est le cas de la mucuna ou pois mascate, des haricots et de la crotalaria. Les légumineuses agissent comme des engrais verts. Elles améliorent la fertilité du sol au bénéfice des cultures qui vont leur succéder.
Un autre exemple est celui de l’eucalyptus. Cet arbre pousse rapidement et produit beaucoup de biomasse (feuilles, branches, etc). De la sorte, il va donner de l’ombre aux plantes qui sont à ses pieds tels que les choux, les salades, les caféiers.

Principe 3: Agencement des espèces végétales entre elles
En fonction de l’utilité de chaque espèce, le producteur agence les arbres et les cultures pour optimiser le système agroforestier. Par exemple, sur 3 m² au Brésil, il est possible de planter et de cultiver ensemble des limoniers, du café, du maïs et de la papaye. Il existe deux dimensions primordiales à prendre en compte.

  • La dimension temporelle
    Ce n’est pas en tirant sur une salade qu’elle poussera plus vite. Cet adage illustre parfaitement le temps de l’agriculture. Une salade pousse en 40 jours. Dans une forêt comestible, certains arbres ont besoin de plusieurs années pour grandir et devenir productifs…
    La dénomination de système agroforestier successif traduit bien la notion de temps. Le système se développe par étapes. Ces stades de développement sont tributaires du taux de croissance des plantes, des cycles de floraison, des conditions météorologiques, etc. Les espèces se succèdent sur des court, moyen et long termes. Par exemple, l’épi de maïs se cueille après trois mois tandis que les bananes se cueillent après un an.
    Certaines espèces grandissent mieux à l’ombre de grands arbres, au sein d’un système agroforestier âgé. C’est par exemple le cas du caféier et du cacaoyer.
  • La dimension spatiale
    En haut, en bas, à gauche, à droite: une forêt se développe sur trois dimensions. L’herbe, les arbustes, les feuillages, les fruits, les tubercules, les céréales se situent à différentes hauteurs (strates). Le travail du producteur est d’agencer spatialement les plantes entre elles pour qu’elles occupent des espaces distincts et complémentaires. Si des plantes se trouvent sur le même espace, celles-ci entrent en « compétition » pour l’accès à la lumière et à la terre; ce qui est inefficient. Or, au sein de ce paradigme agricole, l’homme recherche justement des symbioses entre les règnes végétal, animal et fongique.
    Dans le cas de Pé na terra, la forêt comestible est organisée selon certaines logiques. Sur des lignes, les arbres et cultures sont agencées selon des séquences presque mathématiques. Cela donne par exemple une ligne où se succèdent une banane, un eucalyptus, un café, un manioc, une banane, etc. Sur une autre ligne, cela peut être un pied de maïs, une salade, de la ciboulette, un pied de maïs, etc.

Principe 4: Le secret de la matière organique
La matière organique est cette couche végétale sur le sol composée de restes de branches, de feuilles desséchées et de bois morts. Ces éléments se décomposent et enrichissent progressivement le sol en humus. L’humus est cette matière fertile déjà décomposée. En métaphore, la matière organique peut être décrite comme étant la peau protectrice de la terre. Le sol devrait toujours être recouvert de cette couverture végétale, c’est une règle d’or. Celle-ci permet l’infiltration de l’eau dans le sol. De plus, dans le Cerrado brésilien, la matière organique protège également la terre des rayons brûlants du soleil.
Les sols des forêts comestibles abritent nombre d’insectes, des bactéries, des vers de terre, des champignons. Ces petits êtres accélèrent le processus de décomposition de la matière organique et « fabriquent » de la terre. La matière décomposée – l’humus – est bénéfique aux plantes. Celles-ci vont y puiser les nutriments et minéraux dont elles ont besoin pour leur croissance. Ensuite, ces plantes produisent des fruits, des légumes, des tubercules, du bois, etc.
Les productions des forêts comestibles peuvent être commercialisées, comme c’est le cas à Pé na terra. Lors de l’implantation de l’écosystème, des engrais biologiques sont souvent requis. Avec les années, ces fertilisations deviennent de moins en moins nécessaires. Fais le maximum avec les ressources disponibles sur place est d’ailleurs un adage bien connu en agroforesterie sur le continent latino-américain.

Principe 5: La gestion au fil des mois et des années !
L’implantation d’une forêt comestible s’envisage sur du long terme. L’écosystème va se complexifier au fil des années. Il faut gérer les cultures ainsi que la croissance des arbres. Le producteur doit prendre soin des plantes, arracher les mauvaises herbes, irriguer, etc. Fréquemment, machette ou cisaille à la main, il faut tailler et élaguer les arbres. Les morceaux de matière organique provenant de cet élagage vont alors tomber et augmenter la couche de matière organique au sol.

L’eau, élément vital
Grâce (entre autres) à l’évapotranspiration, l’humidité de l’air est clairement plus élevée dans la forêt comestible que dans un espace à ciel ouvert. Une récente recherche de l’équipe d’Ernst Götsch affirme économiser jusqu’à 75% des besoins en eau de l’irrigation grâce à la matière organique qui recouvre le sol. L’eau est un élément vital tant pour les cultures que pour les arbres.

Des résultats visibles et concrets
Après trois ans de travail, s’observent de nettes avancées en termes de biodiversité à Pé na terra. Le terrain abrite tout au long de l’année une quantité et une diversité impressionnantes d’animaux: perroquets, hiboux, toucans, piverts, crapauds, tatous, serpents, etc. Ce sont mille et un sons qui s’élèvent de la forêt comestible. Ce sont les chants des oiseaux, de l’eau de l’irrigation, des coups de machettes ou encore du vent dans les feuilles des arbres.
L’espace naturel affiche une large palette de couleurs en commençant par tous les tons possibles de verts et de marron. Les fruits et les légumes rajoutent des touches colorées: le jaune de la banane, le rouge du poivron, l’orange de la papaye, le noir du café.

En Belgique, à Mouscron
Les expériences sont encore rares dans le plat pays. La vision de long terme à avoir – parfois sur plusieurs dizaines d’années – limite drastiquement la mise en place de tels systèmes agroforestiers. Il existe toutefois plusieurs initiatives, dont un exemple remarquable dans la ville de Mouscron. Depuis plus de trente ans, Josine et Gilbert Cardon plantent des centaines et des centaines de variétés d’arbres sur à peine 1800 mètres carrés. Ce paradis productif peut être visité les jeudis après-midi et les dimanches.

L’agroforesterie était une pratique courante en Europe avant l’avènement de la mécanisation et l’intensification de l’agriculture industrielle. Récemment, l’agroforesterie connaît un regain d’intérêt, notamment dans les milieux scientifiques. En effet, ce mode de production rend de multiples services environnementaux : conservation de la biodiversité, accroissement de la fertilité des sols, amélioration de la qualité de l’eau et de l’air.

Un écosystème vivant, avec un appui humain décisif !
Une forêt comestible peut se comparer à un organisme vivant qui grandit, se développe et se complexifie. Un système agroforestier, c’est également un espace où l’homme et la nature se réconcilient.
[Je souhaite] travailler pour créer des espaces naturels d’inclusion permanente des humains, au lieu de créer des espaces naturels de protection permanente des humains ; dit d’ailleurs à ce sujet Ernst Götsch.

Par espace naturel de protection permanente, le scientifique fait référence aux parcs où la biodiversité est protégée de la prédation humaine. Il nous raconte qu’il est possible de recréer des espaces naturels au sein desquels l’humain s’inscrit et joue un rôle décisif. Ce rôle consiste à produire de la nourriture, à reboiser le territoire et à donner vie à un écosystème complexe.

Louise Amand
Volontaire à la Commission Justice et Paix

  1.  Les productions agricoles de cultures vivrières sont destinées à être autoconsommées par le producteur et sa famille. Les productions agricoles de cultures de rentes visent, quant à elles, à générer des profits.
  2. Pour davantage d’informations sur le Cerrado et son cycle des eaux, lire http://www.justicepaix.be/Cerrado-bresilien-la-detresse-du-berceau-des-eaux-1214

ALIMENTATION| Les pleurotes fort de café !

pictoDossiersY’en a marc de ce déchet
Les machines à café modernes sont de plus en plus embêtantes : quand il ne faut pas remplir de réservoir d’eau ou vider l’eau sale, c’est le marc de café qu’il faut évacuer ! Et quand on est addict à cette boisson (ou simplement étudiant en blocus qui n’a pas prévu assez large), ça devient un entretien terrible. Ceux qui ont eu la chance de retenir les conseils de leur grand-mère savent que le marc plaît beaucoup aux rosiers qui y trouvent un engrais excellent.

Ils ne sont pas les seuls à y trouver une richesse là où beaucoup voient un déchet. En effet, c’est en 2014 que Martin Germeau et Martin François débutent un projet original d’économie circulaire : le marc de café de cafés bruxellois servira dorénavant de snack aux pleurotes !

Le pleurote est un champignon basidiomycète, comme la plupart des champignons comestibles. Il pousse à l’état naturel sur des souches d’arbres morts où il apprécie ce qui fait la rigidité du bois : la lignine et la cellulose. Ces deux éléments présents dans presque tous les végétaux font du café un candidat remarquable pour le titre de produit recyclable et revalorisable de la tasse à l’assiette, et sans passer par le lave-vaisselle !

Tout un spore

ChauffeurAvant d’arriver au menu, il y a plusieurs étapes. Le marc de café est récolté à vélo tous les matins et amené ensuite dans les locaux de PermaFungi situés dans les caves de Tour & Taxis – une façon originale de les mettre en valeur !


La première étape se nomme inoculation

l’incubation

C’est la mise en contact du café avec le mycélium (« semence » de champignon) qui est au repos, mais affamé. Bon appétit !

La deuxième étape, l’incubation

Se déroule en chambre noire et correspond à la digestion de notre ami. Le mycélium colonise alors tout le substrat, qui devient blanc. Tout est prêt pour la dernière étape.


La fructification

champignons

Elle débute lorsque le champignon subit un choc. Chez nous, on le change de salle, et il est alors exposé à une humidité importante, de la lumière et une bonne ventilation. Il s’agit de réveiller le cuistot car on commence à avoir faim ! Après une bonne semaine, les champignons sont prêts. A table !


C’est quoi votre adresse ? Je vous envoie mon café alors !
Merci beaucoup ! Mais le café doit être récolté dans les 24 heures après être passé dans la machine pour éviter toute contamination. En effet, les conditions de travail sont très strictes en termes d’hygiène car même si nous aimons les champignons, ils restent des indésirables ! (Rassurez-vous, nous avons des réductions chez Daktarin qui nous vend sa gamme anti-mycose à moitié prix1).

lepopCertains auront tout de même envie d’essayer à la maison alors : c’est aussi possible grâce à PermaFungi qui propose des kits tout faits et des Fungi Pop ! Les kits contiennent un substrat préalablement digéré par le mycélium : offrez-lui un verre (d’eau) et il vous remerciera en champignons. Quant au Pop, il se nourrit du café que vous lui donnez ! C’est très sympa à faire à la maison,  à l’école,  en maison de retraite, en camp scout, au bureau ou un autre endroit insolite.
Possible aussi à faire entre amis : un atelier de découverte, visite de la production et confection d’un kit à ramener chez soi ! Une activité très branchée.

Évidemment toutes les informations sont à trouver sur le site web www.permafungi.be


Et on y est bien dans ses mokkassins

petitgarcon

PermaFungi est également une société à finalité sociale puisqu’elle accueille un personnel dont le parcours n’est pas toujours impressionnant pour un chef d’entreprise, ouvrant ainsi les portes à une réinsertion dans le marché du travail.

Pour ma part, je suis stagiaire en bioingénieur et je compte parmi l’équipe depuis maintenant deux mois. J’en ai vu des verts et des pas mûrs, et si au début je me sentais comme un petit schtroumpf tout perdu, je me sens maintenant vraiment comme à la maison.

 

logpermafungi

Louis Van Geertruyden
Etudiant en bioingénieur (ULB)

 1. Ceci est bien sûr de l’humour, nous sommes tous en bonne santé, et nos pieds aussi.

Édito | Septembre 2016

pictoEditoNotre alimentation est une affaire qui dépasse de très loin le simple fait de manger. Elle concerne premièrement les producteurs, dont dépendent les vendeurs d’outils agricoles, d’intrants et de semences (tracteurs, engrais…).

Les producteurs ont pour objectif premier de gagner leur vie par leur travail. Ils sont donc eux-mêmes dépendants des prix du marché qui varient en fonction de l’offre et de la demande.

En Europe, un contrôle des prix est réalisé par la Politique Agricole Commune (PAC) dont un des objectifs est d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. La PAC a aussi pour rôle d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole. Si dans un premier temps, cela s’est fait en fixant des prix minimums et des quotas, aujourd’hui cela se fait quasiment uniquement par envois massifs de subsides aux installations agricoles. En effet, les prix alimentaires sont généralement très bas entre autre parce que la production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir l’entièreté de l’humanité et ne cesse de croître. Ces prix ne permettent pas de couvrir les frais de production des agriculteurs traditionnels, en témoigne la crise du lait, etc. Les agriculteurs deviennent donc à leur tour dépendants des primes et autres subsides. La PAC représente tout de même 45% du budget européen. Si la PAC vise des prix bas, c’est afin que tout le monde puisse avoir accès aux aliments de base.

Or dans le monde, plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim, faute entre autre à la spéculation bancaire sur les denrées alimentaires. Les aides reçues par la PAC étant proportionnelles à la surface exploitée, les productions agricoles tendent à croître de plus en plus, nécessitant de plus en plus d’outillages coûteux, entretenant les producteurs de tracteurs, etc… mais entrainant les agriculteurs dans un cercle vicieux (produire plus pour avoir plus de subsides mais avoir besoin de plus en plus de subsides pour couvrir les besoins en terre, outils…).

L’alimentation concerne également les consommateurs. Lors de la création de la PAC, l’objectif d’accroitre la productivité a été fixé. Il se traduit aujourd’hui par l’utilisation massive de machines agricoles mais aussi de pesticides.

En Europe, un peu plus d’1% seulement de la population a une activité en rapport avec les travaux des agricoles, contre environ 40% dans le monde. Les OGM répondent à ce même objectif productiviste et les technologies actuelles permettent la création de légumes sans présence de terre mais également la production de viande dans des laboratoires sans élever d’animaux. L’alimentation touche donc directement à l’éthique et à des choix de société. Les consommateurs prennent donc parti pour un modèle de société à chaque fois qu’ils réalisent un achat alimentaire. Ils posent également un acte d’une portée énorme à chaque fois qu’ils jettent de la nourriture puisque 1/3 des productions alimentaires mondiales sont gaspillées.

L’alimentation touche également à la santé de ces consommateurs. Intervient ici un troisième acteur : celui qui transforme les produits du secteur primaire. Dans nos sociétés actuelles, le temps que nous consacrons à la réalisation de nos repas s’est fortement réduit. En témoignent les rayons complets de plats préparés et le nombre de fast-food qui encombre nos villes. Nous n’avons plus connaissance de ce qui se trouve dans nos assiettes. Le sucre et les matières grasses prennent une importance dangereuse dans notre alimentation conduisant à surpoids et risques de maladies.

L’alimentation touche donc à beaucoup de choses et les décisions semblent pour beaucoup se prendre au niveau européen, voire mondial. Si la PAC peut être un outil puissant pour orienter l’agriculture vers un autre modèle, le politique ne semble pas encore tout à fait prêt : la PAC ne fixe actuellement que quelques maigres objectifs environnementaux et concernant le bien-être animal.

Les citoyens, soutenus par des politiques nationales et régionales en écran de fumée de promotion du « consommer local » ou du bio, agissent déjà et transforment le modèle de l’intérieur. En Belgique, 18% des produits alimentaires achetés sont bio, le nombre de producteurs qui vendent leurs produits de façon local explose, Liège a vu naître une ceinture alimentaire qui ambitionne de remplir la majeure partie de la consommation de la ville grâce à des producteurs situés en bordure de la cité ardente. Deux villes françaises (Albi et Reims) visent également à leur souveraineté alimentaire. Les incroyables comestibles se répandent partout dans le monde, la permaculture et les potagers collectifs ont le vent en poupe. La réalisation de compostes est entrée dans les normes dans les communes rurales. Les réflexions sur la surconsommation de viande pénètrent tout doucement la société. Bref, les citoyens changent leur manière de consommer et nombre d’entre eux produisent de manière plus respectueuse de l’environnement.

Dans ce dossier du JUMP, nous ferons un petit tour d’horizon des initiatives qui ont été développées.

Michaël Horevoets, rédacteur en chef

VOIR|Cowspiracy : The Sustainability Secret

pictoCoinDetenteCowspiracy: The Sustainability Secret, réalisé par Kip Andersen & Keeghan Kuhn (2014)

Déjà affecté par les révélations faites dans An Inconvenient Truth (le documentaire mettant en scène Al Gore), Kip Andersen découvre que l’élevage animal industriel contribue davantage au réchauffement climatique que l’ensemble du secteur des transports. En tentant d’en apprendre plus sur le sujet, Andersen se rend compte que les plus grandes organisations environnementales (Greenpeace, WWF, etc.) ne font rien pour mettre cette information en évidence.

Le documentaire nous emmène en voyage aux côtés de Kip Andersen, à la rencontre des principaux acteurs de la défense environnementale et du secteur de l’élevage industriel américain, pour connaître la raison de cette omerta. Visiblement le sujet est sensible et peu de personnes interviewées souhaitent répondre aux questions posées. Sous pression, le sponsor du film en vient même à se retirer du projet.

Les informations données au cours du documentaire, parfois amenées un peu trop rapidement, nous permettent de nous rendre compte de l’ampleur de ce phénomène. Définitivement un « must-see » pour celui/celle qui se sent concerné-e par le bien-être de notre chère planète !

Benoît Hofer

MANGER|Différemment pour le climat

pictoCoinDetentevacheQuand on pense aux changements climatiques, il nous vient généralement à l’esprit les énergies fossiles et les transports comme principaux responsables. Mais savez-vous que l’élevage animal est responsable à lui seul d’environ 18% des émissions de gaz à effet de serre ?

Cette part de responsabilité, plus importante que celle liée aux transports, s’explique notamment par la grande quantité d’énergie nécessaire à la production et au transport de produits d’origine animale. Notons également une source d’émission de gaz à effet de serre beaucoup plus directe: les flatulences des ruminants produisent du méthane, un gaz encore plus redoutable que le CO2 pour la planète. De plus, à cause de l’élevage extensif et de la nécessité de produire de la nourriture pour l’alimentation du bétail, la production de viande est responsable de 80% de la déforestation en Amazonie, le principal poumon et régulateur climatique de la planète.

Faire une différence
Il a été calculé qu’un végétalien (personne qui ne consomme aucun produit d’origine animale) émet 2,5 fois moins de gaz à effet de serre qu’un omnivore. Le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) recommande de limiter la consommation de produits d’origine animale : si tout le monde faisait un effort, les émissions pourraient être réduites drastiquement. En moyenne, un végétalien sauve chaque jour 4000 litres d’eau, 20 kilos de céréales, 3 m2 de forêt et l’équivalent de 10 kilos d’émissions de CO2.
Les changements comportementaux sont efficaces et importants pour le climat. Adapter son alimentation, c’est aussi limiter les souffrances animales, contribuer à la justice climatique et sociale, favoriser la re-forestation et donc le sauvetage d’espèces en voie d’extinction, faire attention à sa santé, participer à une meilleure redistribution des ressources alimentaires, etc.

Le savais-tu ?
En mai dernier, écolo j a décidé de devenir végétarienne ! Lorsque tu participes à un événement organisé par écolo j, des mets alternatifs à la viande te seront proposés.

Nicolas Balthazar

Remarque de Pauline :
Avant de changer ton alimentation, informe-toi sur les alternatives végétales aux produits d’origine animale qui t’apporteront tous les nutriments nécessaires à ta bonne santé. Un régime végétalien drastique peut paraître peu attrayant pour certain-e-s, mais saches que de nombreuses recettes végétariennes/végétaliennes délicieuses existent (livres, blogs, etc.), qui te permettront de varier ton alimentation pour la planète, tout en gardant le sourire et l’appétit !

CLIMAT| Initiative citoyenne, Bees Coop Supermarket

pictoDossiers«  Au départ, on s’est posé la question de comment consommer en accord avec nos valeurs. Ensuite on a voulu rendre ça possible pour un maximum de gens » (Quentin)

Bees coop est une ASBL qui s’est lancée  depuis 2 ans dans un grand projet de supermarché coopératif et solidaire, qui verra le jour à Schaerbeek. Quentin est l’un des coordinateurs du projet depuis ses débuts, il a accepté de m’en raconter un petit peu plus.

O- Comment cette idée vous est-elle venue à l’esprit ? De quoi êtes-vous partis ?

Q- Au début, tout a commencé dans le cadre du réseau associatif bruxellois ADES, où s’organisent de nombreuses activités de sensibilisation et de mise en action à propos des valeurs écologiques et démocratiques. En fait, on s’était dit : « On veut consommer en accord avec nos valeurs mais ce n’est pas tout à fait possible, qu’est-ce qu’on pourrait faire ? » Cette question, beaucoup de gens se la posent à Bruxelles et ne trouvent pas forcément de solution. Il existe les GASAP (Groupe d’Achat Solidaire de l’Agriculture Paysanne) ou d’autres réseaux d’achats groupés, mais qui rassemblent souvent un public déjà sensibilisé. Ce sont des réseaux assez fermés. Après, il y a les magasins bio, mais qui, là non plus, ne conviennent pas forcément à un public diversifié, ne serait-ce que pour le coût de leurs produits.

O- Comment en êtes-vous venu à vouloir créer un supermarché ?

Q- Il y a deux ans, on a entendu parler des coopératives alimentaires et du modèle Park Slope Food Coop de Brooklyn. On également vu qu’un projet similaire se lançait à Paris. Nous avons alors participé à une rencontre à Bruxelles, avec un coopérateur de Paris ; il y a avait là 20 ou 30 personnes intéressées par le projet. Mon ami et moi avons alors présenté celui-ci sur Bruxelles, et bon nombre de personnes nous ont rejoints.

O- Les valeurs portées par un tel projet sont nombreuses, parmi lesquelles la durabilité, la solidarité et la coopération. Votre ambition est également de faire participer chaque citoyen. Pourrais-tu m’expliquer tout cela ?

Q- Oui, le but est de permettre un accès à l’alimentation durable à un maximum de personnes. Pour ce faire, il faut s’inscrire dans une économie locale, en créant des partenariats sur le long terme avec des producteurs de la région. Ensuite, grâce au mode de fonctionnement participatif et coopératif, les consommateurs sont à la fois propriétaires, travailleurs et clients. Cela permet d’arriver à un prix accessible pour les consommateurs, tout en rémunérant correctement le travail du producteur. Finalement, l’objectif est également de créer un espace convivial et de renforcer la cohésion sociale. Les gens y travailleront mais y prendront aussi un café et feront des rencontres.

O- Et par rapport aux citoyens qui s’engageront, comment le travail s’organisera-t-il ? N’y-a-t-il pas des obstacles au niveau des compétences nécessaires ?

Q- La majorité des clients auront des tâches simples : s’occuper du réassortiment, accueillir les grossistes, gérer les stocks, travailler en caisse ou encore gérer l’entretien du bâtiment. C’est principalement ça qui va être pris en charge par les coopérateurs. Ensuite, il y a un fonctionnement par équipe et un responsable en fonction des projets, de la volonté  et de la disponibilité des gens. Il y aura des groupes de travail et des formations disponibles. Il ne faut pas se dire que les choses sont inaccessibles : avec un accompagnement de qualité, tu peux parvenir à des choses incroyables.

O- À en juger les résultats de votre crowdfunding (18 000 euros en 21 jours), vous bénéficiez d’un important soutien de la part des gens ?

Q- Pour l’instant, on a un public plutôt informé, mais durant les séances d‘info que nous organisons chaque semaine, nous avons à chaque fois 20 à 30 personnes : une ou deux personnes viennent via Facebook, et le reste, c’est uniquement du bouche à oreille. On a de plus en plus de gens qui ne sont pas forcément des réseaux écologistes ou intéressés par le développement durable ! Après, le but, c’est d’avoir une réelle mixité sociale. On s’implante à Schaerbeek où il y a beaucoup de populations immigrées. On  a envie que le Bees coop supermarché ne soit pas seulement un lieu de vente, mais un lieu de vie.  On travaille avec les associations de quartier : au conseil communal il y a une structure qui rassemble toutes ces associations, on va aller y présenter notre projet pour que les gens soient bien au courant de ce qui se met en place. Ensuite, la volonté est de travailler avec chaque association pour trouver des complémentarités et pour comprendre de quoi a besoin tel ou tel public, afin qu’il puisse venir travailler avec nous.

Interview réalisée par Olivier Martens

Gâteau d’anniversaire à la cerise

pictoCoinCuisine

Ingrédients pour 6 personnes

Pour le biscuit

  • 3 œufs
  • 100 gr de farine
  • 100 gr de sucre
  • 10 gr de levure chimique

Pour la garniture

  • ½ l de crème fraîche (30% de matière grasse)
  • 40 gr sucre vanillé
  • 200 gr de mascarpone (facultatif)
  • +/-350 gr de cerises du nord
  • copeaux de chocolat

Le biscuit

Battre les blancs au batteur électrique. Lorsqu’ils commencent à mousser, toujours au batteur, incorporer le sucre, puis les jaunes un à un et enfin la farine et la levure chimique.
Étaler la pâte dans un moule d’environ 30x20cm (obtenir environ 1 à 2 cm d’épaisseur) et enfourner à 180°C pendant 10 minutes (ajouter du temps si nécessaire).
Le biscuit est cuit lorsque la pointe d’un couteau ressort sèche.

La crème

Pendant ce temps, monter la crème fraîche en chantilly au batteur électrique ou au robot. Lorsque la crème est montée mais pas encore ferme, incorporer le sucre vanillé puis le mascarpone (pas indispensable).
La chantilly est prête quand elle est bien ferme.

Montage et décoration

Laver et éponger les cerises. Couper le biscuit en deux parts égales. Placer le premier biscuit sur le plat de service. Étaler une première couche de chantilly, placer les cerises puis les recouvrir d’une seconde couche de chantilly. Vient ensuite le second biscuit.

Pour finaliser le gâteau, commencer par combler la tranche de chantilly puis étaler une fine couche de chantilly sur l’ensemble du gâteau à l’aide d’une spatule métallique (cette couche ne doit pas être parfaite, elle sert à égaliser les formes et à fixer les miettes).

Réserver le gâteau 20 minutes au réfrigérateur. Couvrir ensuite d’une seconde couche de chantilly. Après avoir couvert tout le gâteau, laisser à nouveau reposer 20 minutes au réfrigérateur, puis répéter l’opération jusqu’à être satisfait(e) du résultat.
Décorer les bords de copeaux de chocolat.

Variantes

Remplacer les cerises du nord par d’autres fruits ou parfumer la chantilly de zeste de citron, de cannelle, de cacao… Le biscuit aussi peut être parfumé à la noisette, à la vanille, au cacao… Il est aussi possible de jouer avec des colorants (naturels) pour égayer tant le biscuit que la chantilly.

Fleur Jasoigne

Médias | DIY

Ta veste Pride !

https://youtu.be/T9v56lT633I


 

Dentifrice maison à l’argile


 

Le dentifrice zéro déchet


 

Le bicarbonate de soude alimentaire
Vous allez pouvoir l’utiliser pour plein de choses…


 

Recette en vidéo
Un gommage vraiment naturel


 

Julien Kaibeck – Beauté au Naturel
Gommage bonne mine


 

Recette Slow Cosmétique
le gommage au sucre


 

Fais pousser des champignons chez toi !

https://youtu.be/9nJDlAFpy_s


 

Brasse ta propre bière !

Fabriquer sa propre bière à la maison, c’est possible  !

 

De plus en plus de jeunes entrepreneurs se lancent dans la production de notre breuvage national : la bière. Et qui dit belge, dit innovation. Par exemple, nous avons récemment pu entendre parler de ces brasseurs qui incluent du pain invendu, issu de grandes surfaces, dans leur procédé de fabrication (Bière Babylone). Qui ne rêve pas de créer sa propre bière ? Et bien, c’est possible!

Il existe des kits rassemblant le matériel nécessaire au brassage de la bière, trouvables en magasin ou sur le net, à prix assez démocratiques. Ou sinon, rien ne vous empêche, bien sûr, de chiner à droite à gauche et de collecter les composants vous-même. La satisfaction au final n’en sera que plus grande !

 

Bière maison: mode d’emploi

Une fois en possession du matériel nécessaire, il ne vous reste plus qu’à trouver le moût, de la levure et c’est parti. En fonction de vos goûts, vous pourrez vous tourner vers de la simple pils, de la stout (~style Guinness) ou bien vous diriger vers des bières plus fortes -blondes, ambrées ou brunes-, ressemblant à des bières d’abbaye. On a testé la triple, et ça vaut le détour!

Après avoir mélangé les différents ingrédients, vient la phase la plus pénible : l’attente. En effet, la bière a tout d’abord besoin de reposer dans un récipient pendant 4 à 6 semaines avant d’être versée dans des bouteilles, dans lesquelles elle doit encore fermenter pendant 6 à 8 semaines. Pour rendre la fabrication plus personnelle, au moment du transfert en bouteille, vous pouvez rajouter un ingrédient à votre cru: sucre brun, miel ou autre.

 

Faites appel à votre imagination

En attendant la dégustation, faites travailler votre imagination afin de donner à votre bière artisanale le nom qu’elle mérite ! Personnalisez les bouteilles en y apposant une étiquette conçue par vos soins. Petit conseil : évitez les bouteilles de type « Orval », car il est très compliqué d’y faire tenir l’étiquette de par leur forme spécifique.

Pour terminer, il ne reste plus qu’à inviter la famille et les amis pour la dégustation.
Cheers !

 

Benoit Hofer

Pour vous aider :
http://univers-biere.net/tutos.php
https://www.brouwland.com/fr/mode-d-emploi-brewferm
http://faitmain.org/volume-3/biere.html

Palme pour… L’entrepreneuriat belge

pictoPalmesEtNavetsLe premier magasin belge d’alimentation sans emballage s’est installé à Anvers ! Le concept : le client apporte ses propres bocaux, qui sont pesés et étiquetés à l’entrée, puis il peut faire ses courses parmi les produits proposés en vrac.

On ne paye que ce dont on a besoin et on évite le gaspillage !

Benoit Hofer