FAIRE | Rejoins le SelfLove Gang !

pictoCoinDetente

Pourquoi le GT féminisme + ?

Nous avons créé le groupe de travail cet été pour réfléchir ensemble à diverses thématiques féministes et envisager des actions militantes, de sensibilisation, des partenariats avec d’autres associations…

Pourquoi féminisme « + » ?

« + » car nous refusons de nous cantonner à un féminisme blanc, hétéronormé et bourgeois, qui ne prendrait pas en compte beaucoup de personnes ne correspondant pas à ces normes : nous revendiquons un féminisme inclusif !
Ainsi, nous avons à coeur l’intersectionnalité. Cela signifie que nous voulons donner la parole aux personnes qui subissent le patriarcat : queer, femmes, non-binaires,… mais aussi défendre celleux qui vivent d’autres discriminations telles que le racisme, l’homophobie, la précarité, la grossophobie, etc.

Nos objectifs ?

Ne me libère pas, je m’en charge.
A long terme, nous voulons créer un réseau de personnes qui puissent échanger, s’instruire mutuellement, et qui s’organisent dans une lutte pour nos droits !

Pourquoi la non-mixité ?

L’avantage principal de la non-mixité est de créer un espace safe où les personnes qui subissent des oppressions pourront s’exprimer librement sans que leur parole soit remise en cause. De plus, cela permet de parler avec des personnes qui peuvent directement comprendre ce que nous vivons sans devoir s’atteler à beaucoup de pédagogie. La non-mixité est un instrument qui permet à cette lutte d’être autonome.
En effet, si des hommes sont présents, il sera plus compliqué de parler des problèmes qui leur sont liés. Au-delà des sujets sensibles, la non-mixité permet d’aborder les thématiques chères aux membres du groupe sans se voir mansplainer que non, cette thématique-là, ce n’est pas primordial.
De plus, les hommes – consciemment ou non – prennent plus facilement la parole, pour plus longtemps et interrompent régulièrement les femmes.
Pour nous émanciper, nous avons besoin d’espaces non-mixtes où nous pouvons nous concentrer sur nos luttes. Cela dit, certaines de nos activités seront ouvertes à toutes et tous et nous invitons tout le monde à soutenir nos luttes.

Nos idées d’actions ?

Des autrices et des personnages historiques ainsi que des films à mettre en avant chaque mois sur notre page. Des cafés féministes à travers la Wallonie et Bruxelles pour aborder des sujets tels que : la précarité des femmes, les règles, les féminismes,…

Pourquoi nous rejoindre ?

Si tu en as marre des inégalités et des clichés sexistes, que tu veux rencontrer des jeunes dynamiques qui partagent tes convictions et faire partie du changement, alors rejoins-nous et suis-nous sur Facebook.

Le GT Féminisme

VOIR | Le Meufisme

pictoCoinDetente

Le Meufisme, ça fait maintenant depuis plusieurs années que ça dure : trois saisons, 24 épisodes, des millions de vues en cumulé et plus de 200 000 d’abonnés.

C’est déjà un beau succès mais on s’est dit qu’on allait en parler pour vous proposer de découvrir ce beau projet léger mais pas moins pour autant efficace et l’aider à progresser encore.

A notre connaissance, dans le monde déjà restreint de l’humour féminin (sur Youtube), c’est le seul qui ait osé se lancer sur le mode d’un féminisme pragmatique, humoristique et … empathique.

Souvenons-nous de cet enseignement fondamental du cercle des poètes disparus : savoir voir les choses sous un autre angle ! Les hommes et les femmes n’ont pas le même vécu. Et l’empathie du meufisme consiste à rapprocher les genres plutôt qu’à les séparer. Elle amène les femmes à se sentir mieux comprises non seulement par les hommes mais aussi entre elles car c’est toujours agréable de voir qu’on est plusieurs à vivre la même chose.

Loin de partir d’une démarche académique où on chercherait à mettre sur vidéo des concepts théoriques, c’est leur vie de « meuf » qu’elles ont filmé et mis en ligne sur Youtube. Et cela avec une écriture souvent drôle et touchante.

Si les hommes sont jusqu’à 40% de l’audience de certaines vidéos (ce qui n’était pourtant pas le but recherché ou espéré), certains y verront la preuve que c’est forcément « raté » (puisque les hommes aiment), d’autres, au contraire, y verront la preuve que le Meufisme, ça marche, ça peut se voir et se débriefer en couple et c’est vraiment utile en plus de faire rire. Nous sommes sans hésiter de la seconde école.

Techniquement, la qualité est toujours présente et on voit qu’on a à faire à des professionnelles. Des thèmes très larges ont été abordés sans que ne soit oublié le fil conducteur de la relation de couple qui avance au fil des saisons. On n’est pas là pour recevoir un cours mais pour rire tout en s’émouvant pour une histoire d’amour qui nous concerne aussi.

La saison 4 arrivera bientôt (pas de date annoncée sinon qu’elle est en préparation) mais je ne doute pas qu’elle continuera sur le même ton et le même rythme que précédemment. En attendant, si ce n’est encore fait, foncez voir les épisodes déjà parus et faites les découvrir autour de vous.

En voici une petite sélection forcément très subjective :

Aurian Bourguignon

VOIR | Moonlight

pictoCoinDetente

Être gay. Être noir et gay. Être un gangster, noir et gay.

Ce n’est au final pas le propos du film. Mais si. La Pride est sans frontières cette année et c’est ce que revendique ce film. Ce n’est pas une histoire de coming-out, c’est une histoire d’amour. Parce que l’amour n’a pas de frontières. Parce que l’amour ne pose pas de questions. Moonlight, c’est oser demander, se demander  puis-je oser m’affirmer ?  Qu’est ce que c’est au final la Thug life ? Est-ce oser dire ?

Moonlight est ce que l’on espère une revendication. Je vous le conseille sincèrement parce que ce film nous permet de nous interroger. Nous interroger sur jusqu’où on est prêt à se battre sur les droits de nos amis. Ça pourrait être moi, ça pourrait être nous. Bref, je vous conseille vivement ce film.

Esther Ingabire

VOIR | 5 sites qui nous parle de féminismeS

pictoCoinDetente

  1. Femmes Plurielles

Tout fraichement débarqué sur le web, le magazine Femmes Plurielles a lancé son webzine le 21 mars. On y retrouve des articles de fonds, des critiques culturelles (BD, films, théâtre … ) et des BD réalisées par l’excellente blogueuse Dans mon tiroir.

Tous ces contenus permettent de rendre accessible les thématiques liées aux féminismes tels que l’intersectionalité, l’avortement, la culture du viol, le non-désir d’enfants, les stéréotypes et tant d’autres.

  1. Axelle Mag

Tout comme Femmes Plurielles, ce webzine découle du magazine féministe Axelle. Ce que j’aime particulièrement sur ce site, ce sont leurs reportages de terrains qui mettent en lumière des problématiques très spécifiques desquelles j’avais peu conscience avant (condition de travail des technicien-nes de surface à l’ULB, combat des coiffeuses sans papiers…).

Seul bémol, pour lire certains articles, il faut être abonné-es.

  1. Paye ta Schneck et consoeurs

Paye ta Schneck prend la forme d’un Tumblr. Ce blog et tout ceux qui en ont découlés (Paye ta fac, Paye ta robe, Paye ton sport, Paye ton couple …) recensent les témoignages très courts de femmes (cis et trans) qui ont vécu le sexisme ordinaire dans la rue ou dans chacun des milieux spécifié (l’université, le barreau, la salle de sport…).

Chacun de ces blogs permets aux “victimes” de témoigner dans l’anonymat et d’exprimer un ras-le-bol général. Après ça, plus question de dire que ce sont des phénomènes isolés !

  1. Cheek

Dés que j’ai découvert ce webzine j’ai été séduite. Quelques articles “maison” qui traitent les sujets féministes en profondeur, mais aussi plein de relais de très bons articles écrits par d’autres sites et de vidéos à voir absolument, le tout sur un ton léger et très accessible.

  1. Simonae

Tu as a déjà consulté ces quatre sites et tu veux aller plus loin ? Simonae est une plateforme vraiment très riche. Tu y trouveras plein d’analyses écrites par des féministes bénévoles aux profils variés.

Avec Simonae, ta soif de savoirs sur les questions de genre ne pourra qu’être abreuvée !

Mana

LIRE | 8 BD sur les questions de genre à dévorer sans tarder !

pictoCoinDetente

 

 

  1. DesSeins – Dargaud

desseins

C’est cette BD de Olivier Pont qui a réveillé en moi l’amour pour la Bande-Dessinée qui s’était éteint après ma passion pour Tamara et les Nombrils. Le dessin est magnifique mais ce sont surtout les histoires qui m’ont séduites. L’auteur a trouvé la manière la plus juste d’allier image et texte pour nous transporter dans les tranches de vies de femmes passionnantes et si différentes. Le concept de féminité à quoi tient-il ? Existe-t-il seulement une définition absolue ?

Cette œuvre lie sensibilité et réalisme pour tenter de répondre à ces questions.


  1. Garçon manqué – ça et là

garconmanqueDepuis toute petite, Liz Prince navigue entre l’univers “des filles” qu’elle déteste et celui “des garçons” qu’elle apprécie mais dans lequel elle est souvent considérée comme illégitime. Elle partage son vécu, ses difficultés et son parcours pour définir son identité propre, en dehors des cadres genrés imposés par la société.

Cette BD autobiographique raconte l’histoire d’un garçon manqué.


  1. Le féminisme en 7 slogans et citations” – la petite Bédéthèque des savoirs

feminismeSi tu veux en savoir plus sur le féminisme de manière ludique, je ne peux que te conseiller cette BD ! A travers des slogans et grands évènements, Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu retracent les grandes étapes et les concepts clés de ce combat.

Une petite bible du féminisme illustré !


  1. Les culottées – Galimard

culoteesIncontournable ! Pénélope Bagieu retrace la vie de grandes femmes qui ont marqué l’Histoire mais qui sont malheureusement oubliées des manuels scolaires et de la mémoire collective. Portrait après portrait, elle nous rappelle les destinées de ces femmes qui font ce qu’elles veulent !

J’ai trouvé ces deux tomes terriblement inspirants !


  1. Commando Culotte – Ankama

culotteMirion Malle ne te racontera pas d’histoires dans cette BD. Elle te propose plutôt des analyses des produits de la culture populaire d’un point de vue féministe : Harry Potter, Game of Throne, American Pie mais aussi les phénomènes tels que la “friendzone” ou les personnages féminins forts.

C’est drôle et en même temps ça te permet de consommer tes séries et films préféré avec bien plus d’esprit critique !


  1. Le Bleu est une Couleur Chaude et Corps Sonores – Glénat BD

bleucorpsJe te recommande très très chaudement ces deux BD de la merveilleuse Julie Maroh. Le Bleu est une Couleur Chaude, c’est l’œuvre qui a inspiré La Vie d’Adèle, mais honnêtement, c’est au moins mille fois mieux que le film, plus intense et plus complexe. On y découvre l’histoire d’amour entre Ema et Clémentine. C’est touchant, c’est beau et ça aborde avec justesse le sujet de l’homosexualité.

Par la suite, l’autrice à réalisé un recueil de nouvelles, Corps Sonores. Elle y raconte des rencontres amoureuses différentes de celles qu’on peut lire habituellement. Transexualité, polyamour, homosexualité, handicap… ces amours souvent invisibilisés sont contés avec délicatesse.


  1. Bitch Planet – Glenat

bitchBitch Planet de Sue DeConnick et Valentine De Landro a créé un véritable phénomène aux États-Unis. Le pitch : dans un futur ou le monde est (encore plus) gouverné par le diktat des hommes, toutes les femmes qui ne correspondent pas parfaitement à l’idéal féminin sont envoyées sur Bitch Planet pour être “rééduquées” et redevenir “conformes”.

Cette dystopie est un peu violente mais elle traduit étonnamment bien les enjeux du sexisme, du consumérisme et les injustices de notre monde actuel.


  1. Miss Marvel – Panini France

marvelMarre de Iron Man, Hulk, Spiderman et Wolverine ? Envie de superhéros un peu différents, et pourquoi pas, d’une femme pour une fois ? Wilson, Alphonsa et Herring vont surement te combler avec Kamalan Khan, cette jeune nana de confession musulmane qui se découvre des pouvoirs extraordinaires.

Un nouveau modèle de superhéro qui pourrait faire rêver ta nièce, ta petite soeur et même toi !


Mana

Het recht om eigen genderidentiteit te ontwikkelen

pictoCarteBlanche

We hebben ook ons best moeten doen om een genderneutrale fiets te vinden.” Het was een reactie bij een tekst die onlangs gedeeld werd op Facebook. In de tekst uitte een oud-journalist zijn verontwaardiging over een fabrikant die twee soorten zeep verkoopt. Eén voor ‘de allerliefste prinsesjes met een zachte geur’ en één voor ‘stoere jongens, na een dag vol avonturen’. Een fiets waarmee alle kinderen kunnen rijden of een zeep waarmee je alle kinderen kunt wassen, ho maar !

Nochtans is de laatste jaren het bewustzijn gegroeid dat gender geen strikt onderscheid is tussen vrouw-zijn enerzijds en man-zijn anderzijds. We beseffen steeds meer dat het om een breed en fijnmazig continuüm gaat tussen twee archetypische beelden. Mensen bevinden zich zelden aan de uiteinden van dat continuüm maar ergens tussen de twee uitersten in. Daarbij komt dat de plek waar iemand zich op de lange lijn tussen het oervrouwelijke en -mannelijke positioneert niet vaststaand is. Of we ons meer man of vrouw voelen fluctueert afhankelijk van heel wat factoren.

Wat in een vrije 21ste eeuwse samenleving vooral telt, is dat iedereen op elk moment moet kunnen kiezen of hij zich vrouw, man of één van de rijke identiteiten daartussenin voelt. Het voor mensen mogelijk maken om daarin hun eigen weg te zoeken, begint van bij de geboorte. Een steeds groter wordende groep ouders is daar bewust mee bezig en wil hun kinderen alle kansen bieden om hun eigen genderidentiteit te ontwikkelen. Alleen blijken producenten mijlenver achterop te hinken.

Antwoord van de oud-journalist: “Meneer of mevrouw de fabrikant, schaamt u zich niet? Dat u die seksistische blabla, die uw marketeers u blijkbaar in het oor hebben gefluisterd, klakkeloos hebt goedgekeurd?” Je zou van hedendaagse producenten inderdaad verwachten dat ze eigentijdse producten aanbieden en hun verantwoordelijkheid opnemen. En als dat laatste te veel gevraagd is, dat ze tenminste inspelen op een vraag van vele ouders naar genderneutrale spullen. Niet iedereen is op zoek naar babypakjes waar ofwel roze bloemen ofwel blauwe auto’s op afgebeeld staan.

Door het tekort aan genderneutrale kinderspullen, schotelen we kinderen (vaak onbewust) het traditionele beeld van twee strikt gescheiden sporen voor: ofwel ben je een vrouw ofwel een man. Daarmee ontzeg je hen de kans om zelf op zoek te gaan naar de genderidentiteit waar zij zich goed bij voelen en om te ontdekken dat die fluïde is. Een grote fout, want net dat is één van de voorwaarden om uit te groeien tot zelfbewuste en gelukkige jongeren.

Caroline Robberechts

Bron: BAVO, C. (22 mei 2017). Middagjournaal. ‘Ik heb het gisteren voor het eerst gehoord en ben er nog niet goed van’. Geraadpleegd via radio1.be

Woordenschat

  • Enerzijds…. en anderzijds : d’une part… et d’autre part
  • breed en fijnmazig : large et dense
  • vaststaand : fixé
  • klakkeloos : aveuglément
  • tekort : manque, pénurie
  • spullen : affaires, choses, trucs
  • schotelen : offrir, servir
  • zelfbewuste : confiant, qui a confiance en soi

Michaël Horevoets

GENRES | Un master en études de genre pour la Fédération Wallonie Bruxelles

pictoDossiersL’université, comme lieu de création de savoirs scientifiques mais aussi comme lieu de débats et de réflexions critiques, est un espace essentiel à investir pour les mouvements féministes. En effet, les travaux académiques viennent souvent justifier et soutenir les actions entreprises sur le terrain et les revendications. A titre d’exemple, les travaux de l’anthropologie depuis Margaret Mead ont permis de répondre à certains arguments de biologistes qui légitimaient des formes d’inégalité entre les deux sexes.

A la rentrée universitaire 2017-2018, les six universités francophones proposeront pour la première fois un master de spécialisation en études de genre, visant à analyser les rapports sociaux entre les sexes. Retour sur le processus de création d’un tel curriculum et le rôle des études de genre dans le milieu universitaire avec les propos de Catherine Wallemacq, coordinatrice francophone de l’association Sophia et Sarah Sepulchre, professeure de communication à l’Université Catholique de Louvain, spécialiste des questions de genre.

C’est quoi Sophia ? Quelles sont ses missions, ses objectifs et ses activités ?

CW : Sophia est le réseau belge des études de genre. Il a été fondé à la fin des années 80 pour promouvoir les études de genre (ou plus précisément ce qu’on appelait alors études femmes ou sur les femmes) qui, à l’époque, ne dépendait que de quelques personnes dans les universités. Le réseau visait à mettre en contact, à encourager des échanges d’informations et à réfléchir à l’ancrage structurel de ces études dans les universités. On s’inscrivait alors dans la lignée de la reconnaissance des women’s studies depuis les années 70 dans le monde anglo-saxon et ailleurs. Il existait des centres de recherche et des formations universitaires dans ce domaine tandis que la Belgique était déjà considérablement à la traine.

Au départ, Sophia était un collectif assez informel. D’autres organisations travaillaient également sur la valorisation des études féministes, comme l’Université des femmes dans une optique d’éducation. Sophia quant à elle voulait établir des ponts entre les associations féministes et les universités et apporter des changements de pensée dans les universités. Il s’agissait déjà à l’époque de d’éviter qu’un fossé se creuse entre l’université et l’associatif. »


Sophia devient une ASBL en 1995. Grâce au soutien des politiques à la professionnalisation des mouvements féministes, elle peut alors engager ses premières employées, deux coordinatrices à mi-temps, une configuration demeurée inchangée.

Qu’est-ce que les études de genre ?

CW : Les études de genre se penchent sur la construction sociale du genre, du sexe et des sexualités. Elles étudient comment se construisent la féminité et la masculinité, les implications de cette construction, les rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes, les interactions et surtout la hiérarchie entre masculinité et féminité. Ainsi, les valeurs perçues comme masculines (force, courage, intellect, action) sont systématiquement perçues comme plus positives que celles qui sont traditionnellement considérées féminines (émotions, soin aux autres, souci du détail). Cela engendre des inégalités systémiques pour les femmes (violences, exclusion du marché du travail ou de certaines sphères, sous-représentation politique, écart salarial, hypersexualisation, etc.) tandis que les hommes jouissent de privilèges sociaux. Les études de genre se concentrent sur la fabrication sociale du genre et sur les rapports de pouvoir qu’elle entraine. Elles remettent en cause le caractère supposé naturel du genre, du sexe et de la sexualité. Elles sont transversales dans le sens où le genre affecte tous les aspects de la vie. Elles sont également interdisciplinaires et critiques. Idéalement, elles sont un outil permettant de transformer les inégalités sociales.


Il y a un courant dans les études de genre fort heureusement de plus en plus visible : l’intersectionnalité, ou en d’autres termes l’imbrication des rapports de pouvoir. Selon ces théories développées par des féministes noires américaines, les mécanismes du genre ne fonctionnent jamais seuls. Ils s’articulent avec la dimension de classe et de race mais aussi d’une série d’autres facteurs : sexualité, handicap, âge, religion, poids, etc. Ceux-ci fonctionnent comme des systèmes de domination pour les personnes qui n’entrent pas dans la norme. Du point de vue de l’intersectionnalité, ces dominations et les oppressions qui en découlent ne font pas que se cumuler. En effet, quand les inégalités se rejoignent et se manifestent dans la vie d’une personne, elles vont créer une nouvelle forme d’inégalité. On doit toujours travailler à démêler comment fonctionnent ces interactions pour mieux comprendre et déjouer les systèmes de domination. Ces théories de l’intersectionnalité développées par des chercheuses racisées, tout comme les théories dites
queer, conçues par des académiques lesbiennes, gays, bi.e.s et trans, participent toutes à déconstruire l’idée d’une oppression unique commune à toutes les femmes. Est-ce vraiment le sujet « femme » qui est l’objet d’étude des études de genre ? Depuis leur création dans les années 70, bien des théoriciennes ont contribué à remettre en question cette idée et à démultiplier les sujets du genre. Derrière une fausse unité du sujet « femme » se cache en effet une invisibilisation des personnes qui n’entrent pas dans la norme blanche, cisgenre (c’est-à-dire non-trans), hétérosexuelle, valide, aisée. Une chose est sûre, il n’y a pas une approche unique des études de genre. C’est là que réside toute leur richesse.

La portée féministe des études de genre consiste aussi à réfléchir à la construction des savoirs en général, à la place du savoir dans les universités. De nombreuses chercheuses féministes se sont penchées sur la construction du savoir. Qui le produit ? Quand on dit que la science est neutre, est-ce véritablement le cas ? Ne partons-nous pas toujours d’un point de vue, d’un positionnement, en tant que scientifique ? Et lequel de ces positionnements est considéré comme le plus légitime ? Quand on parle d’une science neutre, qui la produit ? N’est-ce pas historiquement des hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels ? De là, quelle neutralité ? Il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle les femmes représentent encore moins de 20% des professeur.e.s ordinaires dans les universités belges. Les études de genre interrogent les normes sociales. Elles réhabilitent le point de vue et la légitimité des opprimé.e.s, des minorisé.e.s pour produire des connaissances. Les marges ne sont-elles pas le lieu privilégié de l’observation de la norme ? Le vécu de l’oppression n’aide-t-il pas à mieux la cerner ? Les questions de méthodologie, d’épistémologie, de philosophie des sciences, ont été et demeurent fondamentales pour le développement des études féministes.

Les études de genre sont interdisciplinaires :


Il n’y a pas un champ disciplinaire qui est exclu de la recherche sur le genre. Il y a même des théoriciennes féministes qui font de l’astrophysique !

Quel est l’état actuel de la recherche en études de genre en Fédération Wallonie-Bruxelles ?


Désormais, beaucoup de recherches sont effectuées dans le domaine. Il est positif de constater que l’enseignement peut refléter la diversité de ces recherches à travers la création d’un master. Les deux n’étant pas toujours connectés, l’intérêt d’un master réside aussi dans la mise en avant de la recherche existante dans l’enseignement et, ainsi, sa transmission.

En 2009, Sophia commence la réalisation d’une étude de faisabilité à la demande de la ministre Milquet, Ministre fédérale de l’Égalité des Chances. La première étape fut de recenser tous les cours et enseignements donnés dans chaque université au sujet du genre. Cela a permis de réaliser qu’il y avait déjà suffisamment de cours, dans tous les domaines, à compiler dans un master. Nous concluions pourtant à la nécessité de créer un certain nombre de cours élémentaires qui placeraient les bases et mettraient à niveau les étudiant.e.s de tous horizons. Pas question de bricoler avec l’offre existante au détriment de cours à la fois généraux et approfondi. A cette époque, peu de cours mentionnaient le terme genre dans leur intitulé car les études de genre n’étaient pas prises au sérieux. Les enseignant.es qui intégraient la perspective de genre dans leur cours le faisaient de leur propre initiative. La perspective du genre était donc fragile car fluctuante selon les départs et arrivées des enseignant.es. D’où la nécessité d’un ancrage structurel des études de genre, notamment par la création d’un master. On peut donc se féliciter de cette pérennisation des savoirs de genre.

Quel a été le processus de création du master ?

Suite à la publication des résultats de l’étude faisabilité en 2011, les ministres de l’enseignement supérieur étaient favorables à la création d’un cursus master. Cependant, les autorités académiques de la Fédération Wallonie Bruxelles, ne souhaitant pas engager le temps, l’énergie et l’argent nécessaires, n’ont pas montré une grande volonté de faire avancer les choses. Elles ne se sont pas engagées dans le processus d’établissement du master avant 2015. Entretemps, les académiques favorables à la reconnaissance des études de genre n’ont cessé d’intervenir dans leurs universités. En parallèle, l’action des politiques s’est avérée bénéfique. Notamment, à la demande du ministre de la Recherche, Jean-Marc Nollet, des postes de « personnes contact genre » ont été créées grâce à un financement public en 2013. Ces personnes ont établi, avec le comité femmes et sciences, dont la mission est de formuler des avis et des recommandations pour assurer une participation équilibrée des femmes et des hommes aux carrières scientifiques et académiques, des cahiers des charges dans lesquels figurait la mission de faire l’état du genre dans chaque université tous les deux ans, au niveau des carrières et au sein des ressources humaines à tous les niveaux, aussi bien professeur.e.s et étudiant.e.s dans les filières et les conseils d’administration que dans la recherche et dans l’enseignement. La création du master apparaissait dans le plan transversal égalité hommes-femmes initié par la Ministre des Droits des femmes, Isabelle Simonis et a été annoncé en novembre 2016 par le ministre de l’Enseignement, Jean-Claude Marcourt, pour un lancement à la prochaine rentrée universitaire 2017.

Que prévoit le master en études de genre ?

Le master est un master de spécialisation d’un an, c’est-à-dire de 60 crédits ECTS. Les étudiant.e.s sont censé.e.s avoir acquis une formation universitaire de base et avoir une expertise dans une discipline.

L’étude de faisabilité, publiée en 2011, a préconisé l’établissement d’un tronc commun de cours par toutes les universités. Le tronc commun vise à mettre à niveau l’ensemble des étudiants qui vont suivre le master qui peuvent venir d’horizons très différents et est complété avec un travail de mémoire et des cours à option parmi l’offre de cours déjà existante dans les six universités. Il y a un cours de méthode, un séminaire plus axé sur les sciences sociales, un cours de philosophie féministe, un cours sur les sexualités, etc. Ils visent à faire connaître aux étudiant.e.s les concepts, les méthodes, l’histoire des études de genre, les débats essentiels, les auteurs phares, les textes importants, les notions etc.

Quelles sont les conditions d’admission ?

Les masters de spécialisation sont accessibles aux étudiant.e.s qui sont titulaires d’un master universitaire. Le dossier d’habilitation stipule que les étudiant.e.s disposant d’un master en philosophie; théologie; langues, lettres et traductologie; histoire; sciences sociales et politiques etc. sont admissibles directement. Des personnes n’ayant pas de diplôme de master mais pouvant faire état d’une expérience professionnelle de 5 ans minimum dans le secteur peuvent aussi être admises. Ceci ouvre la porte du master à des personnes qui sont diplômés de hautes école et ayant travaillé dans l’associatif ou dans le secteur. Il était important que le master soit accessible à un grand nombre de personnes, venant de plein de disciplines, qui veulent se former ou qui sont déjà formées et sur le marché du travail. Il ne faut pas nécessairement avoir fait partie d’une association étudiante LGBT ou être volontaire pour une association féministe ou sur le terrain des genres pluriels pour candidater.

Quels débouchés ?


Le journalisme et la recherche sont aussi des débouchés possibles. Le master est un moyen de rencontrer les besoins des futur.e.s chercheur.e.s. pour le moment en Belgique, il n’existe pas d’École doctorale en études de genre. Un doctorat est donc d’abord inscrit dans une discipline traditionnelle (communication, histoire, psychologie, etc.) et éventuellement croisé avec les études de genre. C’est un atout d’avoir une autre formation pour avoir une vision plus large grâce à l’interdisciplinarité des études de genre.

D’autres projets pour l’avenir des études de genre en Fédération Wallonie Bruxelles ?

Au niveau du master, Sophia continuera à plaider pour la création de nouveaux cours afin de refléter la richesse des études de genre et qu’il soit toujours plus pointu. En tant qu’asbl, notre objectif est de favoriser les espaces de rencontre et de réflexion critique (sur son site web ou lors d’activités) pour les personnes émanant des mondes académique, associatif, artistique ou tout simplement intéressées par les questions féministes. La recherche en genre en général est au cœur de nos activités, et elle ne se cantonne pas aux universités. L’institutionnalisation à l’université va de pair avec un risque de dépolitisation. La visée de transformation sociale des études de genre doit continuer à être mise en avant. Il faut éviter que la recherche et l’enseignement universitaires perdent le lien précieux avec le militantisme féministe. Enfin, les hautes écoles peinent encore en termes d’intégration du genre, notamment au niveau de la formation des enseignant.e.s. C’est certainement un terrain vers lequel Sophia peut se tourner à l’avenir.

Chloe Berthelemy

Ta veste Pride !

Matériel

  • 6 couleurs de l’arc en ciel en peinture pour tissus
  • éventuellement des paillettes (si tu veux que ça brille :-))
  • du gros scotch pour protéger les bords de ta veste
  • une latte (avec ou sans ta maman) pour diviser en 6 rectangles égaux le dos de ta veste
  • des pinceaux assez larges

Pour le reste, c’est par ici :

https://www.youtube.com/watch?v=T9v56lT633I

Maryan Herrera Rodriguez

GENRES | Identité, sexe, expression, attirance…

pictoDossiersPour une fois, c’est une vidéo qui va servir d’introduction…

Et un dessin pour suivre…

bonhommeGenres

Définitions :

cerveauIdentité de genre

L’identité de genre d’une personne est le genre auquel cette personne s’identifie. Il peut être différent du genre assigné à la naissance .

Nous parlons des genres (au pluriel) car chaque personne doit avoir la possibilité de s’autodéfinir  sans  forcément  faire référence à un existant préalable.

Déjà entendu parlé de… 

Cisgenre ? désignant des personnes dont l’identité de genre correspond à celle associée habituellement au genre assigné dès la naissance.

Transgenre ? désignant des personnes dont l’identité de genre est différente de celle associée habituellement au genre assigné dès la naissance. Il s’agit des personnes qui questionnent les identités psychosociales et les rôles sociaux communément associés aux genres binaires « hommes/femmes »

Mais aussi “genre fluide, gender-queer, non-binaire…”

symboleSexe biologique

Ce qui a trait aux aspects biologiques, génétiques, taux hormonaux et caractéristiques sexuelles secondaires d’une personne

Le « sexe » de la personne est généralement assigné à la naissance par la déclaration d’un médecin. La déclaration du médecin est basée sur le « sexe phénotypique ».

Déjà entendu parlé de…

Sexe masculin ?

Sexe féminin ?

Personnes Intersexuées ? On parle de conditions intersexuelles lorsque des personnes présentent dans une plus ou moins grande mesure des caractéristiques des deux sexes.

silhouetteExpression de genre

L’expression de genre d’une personne correspond à sa façon d’utiliser divers codes sociaux (vêtements, attitude, langage…) et corporels (corporalité, prise d’hormones, opérations…) attribués à un genre particulier. Par exemple, s’habiller de vêtements féminins est une expression de genre qui peut être considérée comme féminine. Pour autant, l’expression de genre n’est pas nécessairement en corrélation avec l’identité de genre. On peut très bien être une femme qui s’identifie comme femme et avoir une apparence très masculine, cela ne remet pas en cause son identité de genre.

coeurAttirance sexuelle/émotionnelle

Inclination à préférer ou pas certaines spécificités corporelles, et à éprouver ou pas des profondes  attirances émotionnelles et/ou sexuelles vis­-à-­vis d’autres êtres humains.

Ex de préférences sexuelles : lesbiennes, hétéro, gayes, pansexuelles, asexuelles, bisexuelles…

Maryan Herrera Rodriguez

Source : Genres Pluriels

BELGIAN PRIDE

Pride CarréLe 20 mai, c’est la Belgian Pride. Le thème de cette année est « Asile et Migration » : Crossing Borders. Afin d’évoquer les épreuves que traversent les réfugiés LGBT+, aussi bien dans leur pays d’origine que lors de leur arrivée en Belgique.

Programme :

  • 12h00 Ouverture du village
  • 13h45 : départ du char vert pour la parade rue Ravenstein (au-dessus de la Gare Centrale)
  • 17h00 : de retour au village, la fête pourra commencer !

GENRES | Le sexisme ordinaire

pictoDossiersÊtre féministe, ce n’est pas détester les hommes. Alors messieurs – qui vous considérez comme tel – ne vous inquiétez pas, le but de nos revendications n’est pas de vous écrabouiller ! Personnellement, je me suis toujours dis qu’il n’y avait pas de personnes sexistes par essence, mais plutôt des comportements, des actes ou des attitudes sexistes.

Bien entendu, si une personne multiplie de tels comportements, il est fort probable que je ne voie en elle qu’une personne sexiste. Mais ces personnes sont rares alors que les actes et propos sexistes sont monnaie courante et envahissent notre quotidien. Ce sont des paroles, des gestes, des comportements qui paraissent anodins mais qui traduisent des stéréotypes et représentations collectives de genre. Ce que nous appelons sexisme ordinaire. Ordinaire car quotidien mais pourtant pas banal pour autant, ni insignifiant !

Tout le monde a déjà eu une attitude sexiste, nous-même, un proche, un membre de la famille, une connaissance ou un ami. Regardez autour de vous, écoutez ! Vous entendrez peut-être votre père – qui veut devenir chauffeur de bus – dire « il y a beaucoup de femmes qui conduisent les TEC donc, ça va, je devrais réussir les tests ». Ma réaction : « Ben oui papa, qu’est-ce qu’une personne de sexe féminin saurait faire qu’une personne de sexe masculin ne saurait pas ». Et pourtant je l’aime bien mon papa. Décrier les actes et propos sexistes ne veut en aucun cas dire que nous détestons les hommes ou ceux qui les commettent.

De plus, le sexisme n’est pas réservé qu’à la gente masculine. Beaucoup de femmes aussi peuvent tenir de tels propos. Par exemple quand ma mamy me dit que je serais plus jolie si je me maquillais. Pire encore, quand elle dit qu’ « une femme qui fume c’est vulgaire ». Ah, et pas un homme ? « C’est mauvais pour la santé pour tout le monde, mais je ne sais pas, voir une femme fumer en rue je trouve ça plus vulgaire. Un homme ça me dérange moins ». Ma réaction : « D’accord mamy, je ne vais pas entamer le débat. Mais tu te rends compte que ce que tu dis est ultra sexiste ?! »

Cela peut également être le fait d’une institution d’agir de manière stéréotypée. En juin 2016, j’ai assisté au spectacle de fin d’année de mon neveu. Avec sa classe de 4ème primaire, il dansait sur la musique du film Grease « You’re the one that I want ». La chorégraphie représentait deux bandes de jeunes qui allaient et venaient l’un vers l’autre : les filles avec des robes et boa à plumes roses d’un côté et les garçons vêtus de jeans et veste en cuire de l’autre.

Vous voulez davantage d’exemples ? Allez faire une petite recherche sur le net et vous trouverez pléthore de témoignages. Que ce soit en famille, au travail, à l’école ou dans l’espace public, le sexisme s’immisce dans les échanges et relations comme un virus dans notre corps. Cela va de la manière dont tu dois te vêtir à du harcèlement pur et dur en passant par des a priori sur tes compétences et ton caractère. Voici un petit aperçu, loin d’être représentatif et exhaustif :

  • « Remarque d’une collègue: « J’ai préparé une activité avec des pirates pour les garçons et des fleurs pour les filles, ils vont être contents! » »1
  • « Oui. J’étais encore au collège. À mon arrivée le matin, la directrice m’a interpellée et m’a dit qu’il était hors de question que j’aille en classe « habillée comme ça » (j’étais en short avec des collants noirs en-dessous). Elle m’a laissée entrer à contre-coeur en me disant de ne plus m’habiller de la sorte »2
  • Question de ma collègue à N (jeune homme de 27 ans, nous en avons 40) pour savoir pourquoi elle n’avait pas le même salaire qu’une collaboratrice au même poste. Réponse de N : « ben ? Tu m’as pas sucé toi ! »… « Je rigole hein ! »3

Tous ces propos, ces actes sexistes font partie d’un imaginaire collectif, un système qui se perpétue et qui se perpétuera encore tant que de tels comportements ne seront pas globalement, sociétalement et politiquement dénoncés. Être féministe, c’est promouvoir au quotidien l’égalité de toutes et tous et faire prendre conscience qu’une femme est un individu et doit donc être considérée comme tel sans différence de traitement et sans préjugé. Nous revendiquons une société où nous puissions vivre notre genre en toute liberté et où les individus seraient reconnus et considérés comme tel sans considération de leur sexe !

Vanie Roelandt

GENRES | Quand la publicité nous vend notre genre…

pictoDossiersSi vous avez des enfants dans votre entourage, vous avez peut-être déjà passé du temps à regarder des dessins animés avec eux. Si c’est le cas, vous avez certainement dû aussi voir quelques publicités – que dis-je quelques horreurs, produits de la société de consommation – destinées à ce jeune public. Entre celles pour les yaourts aux fruits sans fruits et celles pour les bonbons fourrés d’additifs alimentaires, celles pour les jouets ne vous ont alors sûrement pas échappées. Et ni vous, ni les enfants avec lesquels vous étiez n’ont eu besoin de faire un gros effort de concentration pour constater une nette séparation entre les séquences destinées aux petites filles et celles destinées aux petits garçons.

Aux premières sont destinées poupées, leurs vêtements et autres accessoires pour pouponner, aux seconds voitures, jeux de mécanique et revolvers. Plus encore, les publicités pour les premières sont marquées par du rose, et éventuellement d’autres couleurs pastel qui reflètent la douceur, l’amour et la tendresse, tout comme les lettres aux formes arrondies. Pour les seconds, outre le bleu, on prévoit des couleurs vives et un caractère typographique, le tout évoquant la force, la vitesse, le danger ou encore l’interdiction.

Dans beaucoup de publicités papier et sites internet de magasins de jouets, la situation est similaire. Souvent, le site ou le catalogue propose des catégories. Deux d’entre elles sont particulièrement bien fournies : l’une est intitulée « filles », l’autre « garçons ». Sur certaines pages, un petit commentaire est ajouté, comme par exemple « apprends à faire comme maman » pour les filles. Des photos de filles ou de garçons plus ou moins âgés s’ajoutent au langage écrit. De cette manière, les catalogues rappellent bien aux enfants quels sont les jeux auxquels ils sont censés jouer selon leur âge et leur sexe1.

Pour les jeux a priori mixtes, les marques, désireuses de faire un maximum de profits (je ne vous apprends rien !), ont créé des modèles non mixtes, en proposant une différenciation de couleurs. De cette façon, les parents qui ont acheté des jouets roses pour leur ainée se sentiront obligés de racheter la panoplie pour le cadet. Le tout fréquemment en plastique, produit dans des conditions déplorables, et parfois par d’autres enfants. Soit ! Les stéréotypes de genre alimentent donc le capitalisme, et ce dernier dessert généralement davantage les femmes (nous y reviendrons), même si durant l’enfance les normes de genre en matière de jouets sont plus ressenties par les garçons que par les filles2. Remarquons également que diviser pour mieux vendre ne contribue en rien à favoriser le « jouer-ensemble ».

Vous me direz que de toute façon les enfants veulent jouer aux mêmes jeux que leurs copains ou copines. Bien sûr mais si la publicité était neutre, peut-être que les jeux préférés de ces derniers et dernières ne seraient pas marqués de la même manière. Tout dépend également de l’intervention des parents dans le choix des jeux et de la répartition des tâches dans la famille. En effet, comme nous l’avons vu, les publicitaires ont bien compris que les enfants veulent imiter les comportements de leur entourage, et en particulier des personnes qu’ils identifient comme leurs semblables.

Genre_jouets

Le marketing genré ayant été critiqué par quelques clients, certains magasins ont fait évoluer leur communication. Ainsi, en France, la chaîne U produit depuis 2012 des catalogues où filles et garçons s’amusent avec tous types de jouets3. Notons même la présence de photos d’enfants blancs jouant avec une poupée noire. Malheureusement, l’impact de ces catalogues non sexistes reste faible. En effet, si l’action des magasins est limitée puisqu’eux-mêmes dépendent des marques, de leurs publicités et des photos sur les boîtes de jeux, les opposants à ces catalogues imprégnés de ce qu’ils appellent « la théorie du genre » accompagnés par quelques conservateurs d’extrême-droite se font quant à eux bien entendre dans l’espace public et médiatique4.

Les publicités destinées aux adultes sont elles aussi souvent empreintes de sexisme. Seulement nous y sommes tellement habitué-e-s qu’il nous échappe régulièrement. Essayons alors d’inverser les personnages féminins et masculins de photos et vidéos publicitaires5. Ah, tiens donc, tout d’un coup, il crève les yeux !

Mais quels effets peuvent donc avoir ces publicités sur les représentations de ces jeunes et moins jeunes consommateurs ?
Les annonces publicitaires participent à la formation des représentations sociales, qui sont des vecteurs d’inégalités. En ce qui concerne les enfants, d’après Chris Paulis, anthropologue à l’Université de Liège, les catalogues de jouets « [construisent] non pas des enfants mais des garçons et filles, non pas des adolescents mais des jeunes filles et des jeunes garçons qui donneront des adultes, femmes et hommes de demain »6. Mona Zegai, une sociologue doctorante en matière de jouets et de socialisation de genre, affirme quant à elle que le genre est un déterminisme social qui borne le champ des possibles, au même titre que la classe sociale7.

« Borner le champ des possibles », et pourquoi pas celui des rêves également ? Je pense à une publicité destinée à un public adulte. Il s’agit d’une affiche, conçue par le Forem, et qui a défrayé la chronique. Elle mettait en scène une petite fille au look vintage munie d’un gant et d’une serpillière, et présentait le texte « Osez réaliser vos rêves…Devenez auxiliaire de ménage ». Oui, une annonce sexiste a émané d’une institution publique…en 2017 ! Un sexisme exacerbé par le commentaire inapproprié pour de nombreuses personnes (femmes comme hommes) qui exercent cette fonction « faute de mieux ».

Le Forem s’est excusé. Ouf ! Bien que la marge de progression pour l’égalité soit encore grande, nous ne revenons pas cent ans en arrière ! Le service public wallon de l’emploi et de la formation avait certainement été influencé sans vraiment s’en rendre compte (espérons-le) par la ségrégation horizontale de genre qui règne encore sur le marché de travail. Celle-ci se définit par le cantonnement des femmes dans certains secteurs d’activités, dans des domaines particuliers ou dans des départements spécifiques au sein des entreprises. Il est vrai que d’après la Direction générale Statistiques, soit l’organisme chargé de produire des statistiques nationales en Belgique, 97% des aides de ménage à domicile de notre pays étaient des femmes en 20168. Au sein de leur propre foyer, les femmes consacrent en moyenne huit heures par semaine de plus que les hommes aux tâches ménagères et vouent une heure et demie de plus aux soins des enfants alors qu’elles ne dédient « que six heures de moins » au travail rémunéré9. Une différence salariale qu’on mesure encore mieux lorsqu’on sait qu’à travail égal, les femmes gagnent encore et toujours 9% de moins par heure que leurs collègues masculins10. Pour gagner davantage, il faut gravir les échelons mais là encore être une femme n’y aide guère car à côté de la ségrégation horizontale, on trouve la ségrégation verticale plus communément nommée « le plafond de verre »11.

Bref, au 21ème siècle, en occident, les inégalités persistent. Pour les diminuer voire les supprimer, des actions vis-à-vis de la socialisation de genre des garçons et des hommes comme celle des filles et des femmes constituerait un grand pas. Car si comme le disait Simone de Beauvoir, « on ne nait pas femme, on le devient », la phrase équivalente est vraie pour les hommes, et eux aussi peuvent souffrir des représentations de genre. « Ne pas être assez viril »…Voilà un sentiment qui touche pas mal d’entre eux, à tel point que certains éprouvent le besoin de faire un stage de masculinité, comme France 2 l’a récemment montré dans un reportage controversé12, qui interroge sur le rôle des médias au-delà de la publicité. Les représentations de certains téléspectateurs (enfants, adolescents et adultes) ont pu être modifiées ou renforcées par les discours tenus dans la séquence.

Bien que l’endoctrinement soit plus efficace chez les plus jeunes, le processus ne s’arrête pas avec l’enfance mais est bien continu. Nous intériorisons constamment des représentations sociales, et reproduisons ces stéréotypes appris sans nécessairement le vouloir. Au cours de ce conditionnement, il est plus que probable que la publicité occupe une place importante. Peut-être faudrait-il penser à légiférer sur les représentations de genre dans la publicité ou dans les médias en général, notamment dans ceux destinés aux plus jeunes, ou à prendre des mesures pour limiter la place de la publicité dans la société ?

Jéromine Gehrenbeck

1 M. ZEGAI, « Trente ans de catalogues de jouets : Mouvances et permanences des catégories de genre », Paris, Actes du colloque international  “ Enfances et culture : regards des sciences humaines et sociales ”, 2010

2 I.D. CHERNEY, « Nouveaux jouets : ce que les enfants identifient comme jouets de garçons et jouets de filles », Presses universitaires de France, 2006/3, vol.58, p.268

3 C. WOITIER, Des catalogues de jouets révolutionnent les genres, dernière mise à jour le 06/11/12

4  L. Auvitu, Catalogue de Noël : bravo Super U d’horripiler le Printemps Français et les autres réacs, mis en ligne le 01/11/13

5 Plus d’exemples, voir :
Et si on inversait le rôle des femmes et des hommes dans la publicité ?, mis en ligne le 18/03/14
S. Zelinski, Representations of Gender in Advertising, mis en ligne 03/03/13

6 Enseignons.be, Attention aux jouets sexistes à Noel, mis en ligne le 10/12/10

7 L. DYLAN, Genre et jouets : l’avis d’une sociologue, mis en ligne le 19/09/13

8 Direction générale Statistique – Statics Belgium, Les professions en Belgique. Métiers principalement féminins ou masculins (2016)

9 L’emploi du temps des Belges. Résultats de l’enquête belge sur l’emploi du temps de 2013

10 Pour plus de détails : Institut pour l’égalité des femmes et des hommes et Dietert De Vos (SPF Emploi), L’écart salarial entre les femmes et les hommes en Belgique, page 6.

11 Pour plus de détails, voir Institut pour l’égalité des femmes et des hommes et Dietert De Vos (SPF Emploi), L’écart salarial entre les femmes et les hommes en Belgique, page 75.

12 A. Lorriaux, L’insupportable message sexiste diffusé par France 2. Quand la chaîne du service public donne carte blanche aux masculinistes et aux propos sexistes, dernière mise à jour le 31/03/17

GENRES | L’homicide au féminin ?

pictoDossiersLa violence et la domination masculines sur les femmes et leur corps trouve son expression la plus fatale lorsqu’elles en décèdent. Appelé aussi gynécide, gynocide ou fémicide, le féminicide peut se définir comme « tout meurtre de filles ou de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes »1 ou comme tout meurtre de femmes fondé, et fréquemment justifié, spécifiquement sur l’appartenance à un genre « féminin »2

Celui-ci présente différentes formes : il peut être intime (c’est-à-dire causé par un partenaire actuel ou ancien) ou non (commis par un étranger), mais aussi lié à l’honneur ou encore à la dot. L’infanticide des fillettes et la sélection fœtale constituent également des féminicides.

C’est « grâce à » la ville mexicaine de Ciudad Juarez, située aux frontières étasuniennes, que le féminicide a fait sa récente entrée sur scène. Depuis 1993, on dénombre plus de 1.3003 mortes, enlevées, torturées, violées, tuées, là où la police corrompue favorise l’impunité (75% des cas4).

En certains lieux, la corrélation pauvreté-féminicide est pertinente. Ailleurs, c’est la tradition qui peut se révéler l’ennemie des femmes. C’est aussi un contexte politique, bref, on peut lui trouver toutes les raisons afin de le justifier. Mais il serait trop aisé de pointer du doigt les autres sans regarder chez soi et de ne pas voir les raisons principales du problème. Les Occidentaux n’ont certainement pas à être fiers.

La forme de féminicide la plus commune chez nous est l’euphémique crime passionnel. Ce terme recouvre le cas du féminicide intime, occultant la dimension genrée qui lui est inhérente. Pire, il lui trouve un autre coupable : l’amour, la passion et, dans certains cas, c’est la femme elle-même, la provocatrice de la colère de monsieur5.

Ce « féminicide d’amour » partage avec le féminicide lié à l’honneur6 les valeurs sur lesquelles il repose : l’idée archaïque que la famille est la propriété de l’homme, qu’il soit père ou mari. La recherche a clairement démontré le poids des modèles sociaux des relations privées H/F et, en particulier, la persistance du modèle inégalitaire dans le processus du féminicide intime7. Les crimes constituent alors une forme de sanction de la sexualité féminine – dont le traitement est, bien entendu, différencié de la sexualité masculine.

Grâce au combat féministe qui y a été mené, plusieurs pays8 de l’Amérique latine ont intégré le féminicide dans le code pénal. Chez nous ? On s’en doute, on trouve dans notre androcentré code le mot homicide pour le meurtre en général tandis que les termes parricide9 et infanticide10 jouissent d’une définition. La loi stipule toutefois que le sexe en tant que mobile du crime ou du délit entraine une peine différente de l’homicide. Mais cette précision se place entre nationalité, ethnie, état civile, naissance, âge, handicap, langue, conviction politique ou syndicale, etc. et ne bénéficie d’aucune définition11.

La Belgique pourrait pourtant suivre l’exemple de l’Italie et de l’Espagne, qui ont fait du féminicide un crime spécifique assorti d’une peine spécifique, d’autant plus qu’elle a ratifié la Convention d’Istanbul. Aussi, le 10 juin 2016, le Parlement de la région de Bruxelles-Capitale a signé la Proposition de résolution condamnant le féminicide, laquelle ouvre le féminicide aux « violences à caractères sexistes perpétrées sur les corps des femmes », incluant les mutilations génitales, les stérilisations forcées, l’hétérosexualité forcée, les viols… et demande au gouvernement fédéral « d’ériger le fémicide en infraction pénale et de reconnaître la terminologie fémicide quant aux violences à caractère sexiste perpétrées sur les corps des femmes. » 12

Il y a urgence à ce qu’on prenne en considération, au niveau national, le problème des féminicides. De l’inscrire au Code pénal. De déployer une réelle politique de lutte contre ceux-ci. De former correctement à la prévention, lutte et prise en compte du féminicide dans les différents piliers dont nous disposons.

Ne pas reconnaitre ni nommer un problème, c’est le laisser dans son inexistence latente. Visiblement, le féminicide reste, pour l’instant, tributaire de la hiérarchie qui contribue à définir le genre.

Maëlle De Brouwer

Art. 405quater.[1 Lorsqu’un des mobiles du crime ou du délit est la haine, le mépris ou l’hostilité à l’égard d’une personne en raison de sa prétendue race, de sa couleur de peau, de son ascendance, de son origine nationale ou ethnique, de sa nationalité, de son sexe, de son changement de sexe, de son orientation sexuelle, de son état civil, de sa naissance, de son âge, de sa fortune, de sa conviction religieuse ou philosophique, de son état de santé actuel ou futur, d’un handicap, de sa langue, de sa conviction politique, de sa conviction syndicale, d’une caractéristique physique ou génétique ou de son origine sociale, les peines seront les suivantes :

   1° dans les cas visés à l’article 393, la peine sera la réclusion à perpétuité ;
   2° dans les cas visés aux articles 398, 399, 405 et 405bis, 1° à 3°, le maximum de la peine d’emprisonnement portée par ces articles sera doublé avec un maximum de cinq ans et le maximum de la peine d’amende sera doublé avec un maximum de cinq cents euros ;
   3° dans les cas visés aux articles 400, alinéa 1er, 402 et 405bis, 4°, la peine sera la réclusion de cinq ans à dix ans ;
   4° dans les cas visés aux articles 400, alinéa 2, 401, alinéa 1er, 403, 405bis, 5° et 9°, la peine sera la réclusion de dix ans à quinze ans ;
   5° dans les cas visés aux articles 401, alinéa 2, 405bis, 6°, 7° et 10°, la peine sera la réclusion de quinze ans à vingt ans ;
   6° dans les cas visés aux articles 404, 405bis, 8° et 11°, la peine sera la réclusion de vingt ans à trente ans.]1

Pour l’article
http://www.axellemag.be/feminicide/
http://www.coe.int/fr/web/istanbul-convention
https://www.femicide.net/

Homicide au féminin
La violence et le contrôle masculin sur les femmes et leur corps trouve son expression la plus fatale lorsqu’elles en décèdent. Appelé aussi gynécide ou gynocide, le féminicide est « tout meurtre de filles ou de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes »13
Les féminicides se présentent sous différentes formes. Le féminicide intime est commis par l’époux ou le petit ami, actuel ou ancien. Les crimes liés à l’honneur sont causés à cause d’une transgression sexuelle ou comportementale de la part d’une femme ; celle-ci est alors assassinée – dans certains cas parce qu’elle a été violée – afin de protéger la réputation de la famille. Il y a également le féminicide lié à la dot, dans le cas où, par exemple, la dot de l’épouse est insuffisante. Le féminicide non intime est, comme son nom l’indique, commis par une personne en relation non intime avec la victime et peut être commis par hasard ou de manière systématique.

1 Claudia Garcia-Moreno, Alessandra Guedes et Wendy Knerr, Comprendre et lutter contre les violences à l’égard des femmes, 2012, p. 1

2 Mathieu Caulier, « Les politiques du genre face au conflit », Journal des anthropologues [En ligne], 136-137 | 2014, mis en ligne le 02 juin 2016, consulté le 30 mars 2015

3 Mais les chiffres restent problématiques, certaines sources allant jusqu’à 5000 tuées, à cause du manque de statistiques officielles. D’autres villes comptent un taux de féminicide plus élevé mais n’ont pas joui d’une mobilisation populaire autour de ce drame.

4 Selon l’Observatoire citoyen national du féminicide.

5 Il existe dans certaines législations occidentales la possibilité d’invoquer la « défense de provocation », qui, si elle est acceptée, permet de réduire la peine de l’accusé. On a observé dans certains cas que les propos de la femme s’étaient révélé offensif et les juges leurs ont imputé une part de responsabilité dans la mort de leur autrice, diminuant jusqu’à deux ans la peine du tueur.

6 Pascale Fournier, Pascal McDougall, « Le droit comparé et la violence faite aux femmes : voyages au cœur de la narration identitaire », Droit et société 2014/2 (n° 87), pp. 435-464.

7 Annick Houel, Claude Tapia, « Les dessous du féminicide. Le cas Althusser », Le Journal des psychologues 2008/8 (n° 261), p. 50.

8 Bolivie, Argentine, Chili, Costa Rica, Colombie, Salvador, Guatemala, Mexique, Pérou.

9 Article 395 du Code pénal.

10 Article 396 du Code pénal.

11 Article 405 du Code pénal.

12 http://weblex.irisnet.be/data/crb/doc/2015-16/129105/images.pdf : p. 5.

13 Claudia Garcia-Moreno, Alessandra Guedes et Wendy Knerr, Comprendre et lutter contre les violences à l’égard des femmes, 2012, p. 1

GENRES | Pourquoi l’écriture inclusive ?

pictoDossiersLe sexisme traverse toutes les couches de notre société : nos salaires, nos espaces publics, nos loisirs, nos attitudes… C’est donc « naturellement » qu’on le retrouve dans la langue qui traduit, à sa manière, le principe de la domination masculine.

Ne dit-on pas que « le masculin l’emporte » ? Et aussi pour des termes genrés ? Cette règle grammaticale, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne va pas de soi et n’est en rien naturelle. Les dires de certains grammairiens peuvent nous éclairer quant à sa justification. Le célèbre abbé Bouhours écrit en 1675 que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ». Mais Bauzée, en 1767, est plus explicite : « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ».

La langue est donc ce produit culturel qui depuis des siècles offre une forte visibilité au masculin, laquelle provient de décisions politiques en accord avec les académiciens, qui sont alors des hommes. Relevons, par ailleurs, que ces choix se réalisent parallèlement aux volontés de disparition des langues régionales (langues d’oïl et d’oc). Ainsi, ne sont plus usités des termes tels qu’autrice, poétesse, etc. C’est, en l’occurrence, une des causes de la difficulté pour certain-e-s de dire aujourd’hui écrivaine, directrice… alors que même le Moyen Age n’y voyait aucun inconvénient et qu’aujourd’hui on ne rencontre aucun problème à parler de puéricultrices ou d’infirmières pour des ensembles de personnes.

Des études ont mis en évidence que lorsqu’on demande de définir le sexe d’une personne signant « avocat »…, la grande majorité des personnes suppose qu’il s’agit d’un homme. Ce procédé psycholinguistique n’est, en réalité, que significatif des représentations stéréotypiques que nous nous faisons tous et toutes.

C’est pourquoi l’écriture inclusive, ou l’ensemble des attentions graphiques (orthographiques ou syntaxiques) permettant d’assurer une égalité de représentation des deux sexes, propose de mettre fin à la soi-disant neutralité du masculin.

La langue structure et construit la réalité des locuteur-trice-s mais notre réalité construit et structure également la langue. Celle-ci participe de l’intériorisation et de la perpétuation des inégalités ainsi que des clichés. Il est dès lors impossible d’attendre que la société change et que la langue suive d’elle-même. Il nous revient de saisir cette double influence afin de proposer une réalité et une langue non discriminantes de sorte qu’elles s’influencent dialectiquement.

Puisque l’idéologie est aussi à l’œuvre dans la langue, il est nécessaire de mettre fin à l’exception du féminin. C’est l’humanité qui doit l’emporter. Et elle n’est pas constituée que d’hommes avec, par accident, quelques femmes.

Il s’agit alors de considérer la langue comme un levier de combat contre les discriminations entre les sexes. Cet outil de lutte, lui aussi politique, est un instrument et un lieu d’influence qui permet de s’engager contre le sexisme. L’objectif est de mettre fin à l’invisibilisation des femmes dans la langue, comme dans la société, où sont représentés une majorité d’hommes mais aussi de reconnaitre la place de ces hommes dans certains rôles le plus souvent associés à des femmes.

L’écriture inclusive se situe donc dans la continuité des actions déjà réalisées pour l’égalité entre les personnes. La refuser revient à récuser l’implication et l’engagement pour la non-discrimination et équivaut à l’acceptation de valeurs sexistes et machistes.

Pour celles et ceux pour qui la pratique parait compliquée, les institutions publiques francophones proposent des guides de communication sans stéréotypes genrés. Si l’écriture inclusive peut sembler compliquée, c’est parce qu’elle est nouvelle et non enseignée. Elle n’est qu’une question d’habitude.

Maëlle De Brouwer

GENRES | L’Ecoféminisme ou la dénonciation de toute domination

pictoDossiersL’écoféminisme est une branche de l’éthique environnementale, discipline philosophique qui s’intéresse au rapport Humains/Nature et au statut moral de cette Nature. L’un des questionnements moraux peut ainsi être de savoir si elle possède une valeur intrinsèque ; ou bien si l’on doit la préserver à cause de la valeur instrumentale qu’elle possède pour l’humanité. L’écoféminisme a plus spécifiquement pour vocation de faire entrer la question de la domination masculine dans ces débats environnementalistes.

Pour le dire autrement, l’écoféminisme cherche à rendre l’éthique écologique d’avantage connectée aux problématiques culturelles et sociales et à rendre visibles les liens structurels, souvent ignorés, entre ces problématiques.

Mais l’écoféminisme est-il en retour une branche du féminisme ? Le débat est plus compliqué. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, faire rentrer une préoccupation environnementale dans une lutte sociale peut être vu comme une tentative de diluer son objet. Mais l’argument de la convergence des luttes peut alors être apporté.

Ensuite et surtout, c’est l’idée que l’éthique environnementale -parce qu’elle serait d’avantage portée sur le Care que les autres secteurs de l’éthique- aurait d’emblée un lien avec la féminité. N’est-ce pas là renforcer les stéréotypes et essentialiser une nature des femmes ? Lesquelles seraient considérées comme nécessairement plus douces, plus respectueuses, plus à l’écoute.

La thèse principale des écoféministes est que les Lumières, la consécration moderne de l’autonomisation du monde humain et l’avènement d’un capitaliste destructeur auraient élevé au rang de norme et dès lors rendu inquestionné un rapport au monde et aux autres supposément masculin (encore une fois, le sexisme n’est pas loin).

L’idée est parlante, certes, et les deux formes de domination (celle d’un sexe sur un autre et de l’Humain sur la Nature) importantes à dénoncer. Pourtant, les bases anthropologiques de ce mouvement de pensée sont bancales. Quid des régions du monde très peu touchées par la Modernité et où une domination patriarcale existe tout de même ? (l’Athènes antique est un bon exemple historique). Et quid des sociétés matriarcales bien plus anciennes ?

La réponse que donnent certaines écoféministes à cette accusation de non solidité est pour le moins intéressante : la volonté de faire primer la rationalité sur l’intuition n’est-elle pas aussi un symptôme de notre incapacité à sortir du moule-à-penser masculin ?

Pour aussi incertaine que soit la réponse, il est important de souligner que l’écoféminisme a l’immense mérite de faire entrer la voix des opprimé.e.s dans ce qui se réduit souvent à des considérations juridiques entre gens bien lotis (si l’on pense, par exemple, aux négociations internationales climatiques). Et surtout (si nous prenons l’analogie pour ce qu’elle est) l’idée que le point de vue des femmes – parce qu’elles sont (pour le meilleur ou pour le pire) celles qui portent la vie – est un apport inestimable au combat pour refaire de notre attitude envers le monde celle, non pas d’un maître, mais d’un habitant pour son milieu nourricier.

Cloé Devalckeneer