Les enfants de Charlemagne : une école alternative aux valeurs humaines

pictoCarteBlancheEn septembre 2016 s’est ouverte notre petite école privée à Watermael-Boitsfort (Bruxelles) dont le projet s’attache autant à la pédagogie active qu’à la qualité des relations humaines en faisant la part belle à l’écoute et à la communication bienveillante.

Nous avons placé l’être humain au cœur de notre démarche, car nous pensons que développer la confiance en soi des enfants, leurs capacités d’écoute, de communication et de collaboration leur permettra d’être des acteurs engagés de la société de demain. Notre projet s’écarte du système traditionnel, non pour rester en marge de celui-ci, mais pour pouvoir l’appréhender avec le recul nécessaire et y apporter des solutions sociétales et environnementales durables.

Les enfants répartis en petits groupes d’âges mixtes évoluent chacun à leur rythme dans leurs apprentissages. Cela passe par la mise en place de pratiques pédagogiques qui favorisent leur autonomie et permettent de développer leurs potentiels. L’enseignant offre à chaque enfant des exercices personnalisés ; il ne transmet pas le savoir, mais aide les élèves à l’acquérir par eux-mêmes, dans une ambiance respectueuse des uns et des autres. Nos sources d’inspiration sont Freinet, Montessori, Decroly et bien d’autres encore, mais nous n’avons pas souhaité nous rattacher dogmatiquement à l’un ou l’autre de ces novateurs en éducation, car nous estimons qu’aucune pédagogie, aussi belle soit-elle, ne peut correspondre à tous les enfants. Nous nous adaptons aux besoins de chacun et la pluralité de cette approche permet à chaque enfant d’évoluer de façon unique et personnelle.

Dans cette démarche où nous avons souhaité replacer l’enfant au centre de notre attention, nous nous remettons constamment en question et collaborons activement avec les parents et divers intervenants extérieurs. Nous avons l’espoir et le désir de former de futurs adultes qui pourront, au-delà de nos murs, avoir un impact positif sur la société. Nous souhaitons former une génération de citoyens engagés, conscients d’eux-mêmes, des autres et du monde qui les entoure et, surtout, confiants dans le rôle qu’ils ont à y jouer. La communication bienveillante est le terrain fertile sur lequel nous semons les graines de la non-violence, du respect de soi et des autres. Nous nous attachons donc à développer l’empathie au sein de notre démarche éducationnelle : celle des adultes envers les enfants, indispensable modèle des relations humaines, et bien entendu celle des enfants les uns envers les autres, indispensable pour un vivre ensemble scolaire. La mixité des âges au sein de la classe est, en ce sens, une expérience tout à fait positive d’entraide et de respect mutuels.

Nous sommes convaincus que le bien-être des élèves à l’école est primordial et influe directement sur leur intérêt, leur motivation et leur enthousiasme face aux apprentissages. Quand les enfants se sentent respectés par les adultes et par les autres élèves, tant dans leur individualité que dans leur rythme de travail, aller à l’école se révèle un plaisir de chaque jour. Soucieux du futur de nos enfants, nous gardons toujours à l’esprit que c’est maintenant, au présent, qu’il se construit. Arun Gandhi disait que le monde était ce que nous en avions fait : s’il est impitoyable aujourd’hui, c’est que nous l’avons rendu tel par nos attitudes. Si nous nous changeons nous-mêmes, alors nous pouvons changer le monde.

Jessica Bourseaux
Directrice des Enfants de Charlemagne
www.vivelavieasbl.be

 

FORMATION | Autogestion

FormationAutogestion_CarréSITEAvec l’aide de Collectiv-A, nous aurons l’occasion de découvrir des exemples concrets d’expériences autogérées. La journée mêlera pratique et théorie et proposera une première réflexion sur ce qu’est l’autogestion, ses mécanismes possibles, ses enjeux.

Différentes méthodes et outils d’intelligence collective seront utilisés pour dérouler la réflexion et imaginer comment appliquer les principes d’autogestion et d’intelligence collective chez écolo j.

WEBDOCU | Poder Sin Poder

Deux jeunes journalistes, Edith Wustefeld et Johan Verhoeven, ont réalisé un voyage d’une année qui les a conduit à étudier plusieurs expériences autogestionnaires en Espagne et en Amérique Latine.

Pour restituer leurs rencontres, ils ont réalisé un webdocumentaire interactif qui fait découvrir des projets d’autogestion à travers quatre axes : Culture, Travail, Résistance et Éducation.

Après la projection, nous aurons la chance de pouvoir en discuter avec Edith Wustefeld, co-réalisatrice. Bref, n’hésite pas à en être !

CONFÉRENCE | Les logiciels libres

MonsLogicielsLibres_CarréSITELes chiffres le montrent, de plus en plus de monde se tournent vers les logiciels libres non seulement en raison de leur avantage économique mais aussi de leur approche transparente et solidaire. Grâce à ce développement, la liste des logiciels libres s’allonge et permet maintenant de trouver une alternative à la majorité des services proposés par les géants d’internet.

Tu peux t’inscrire sur l’Evenement Facebook

écolo j ULg accueille son Conseil d’Administration avec des slogans pour le désinvestissement

pictoEnActionDans le prolongement de la campagne de désinvestissement des énergies fossiles, écolo j ULg accueillait le Conseil d’Administration de l’ULg avec le slogan: On ne croit plus au Père Noël. Mais on croit encore en vous. Désinvestissez des énergies fossiles.

Retrouve la vidéo sur la page Facebook de la régionale.

DIY | Microbilles, et si on s’en passait !?

MicroBeads_CarreSiteLes microbeads ou microbilles de plastique sont utilisées depuis les années 1990 par l’industrie cosmétique, elles sont réputées non-toxiques et non-irritantes pour l’être humain, mais posent de réels problèmes quand elles sont diffusées dans l’environnement.

Inscription vivement souhaitée pour des questions d’organisation pratique (info@ecoloj.be)

VIDE DRESSING à Mons | écolo j Mons

VidedressingCarre_SiteWebTu as besoin de refaire ta garde-robe ? Ou tu en as trop et tu aimerais t’en débarrasser ? Un bouquin que tu as lu et relu et dont tu voudrais faire profiter ?

Alors ne rate pas ce vide dressing qui aura lieu à l’Umons !

Focus sur écolo j Bruxelles

pictoFocusSurC’est à la suite d’un voyage reboostant réalisé en février dernier à Lyon et Grenoble que fut élue la nouvelle équipe de coordination. Composée de Violette Leclercq et Adrien Volant à la coprésidence, l’équipe complétée par Maryan Herrera (trésorerie) et Grâce Dushime (représentante auprès du JUMP, magazine d’écolo j) a décidé d’orienter ce mandat autour de la thématique des villes en transition !

Inspirée par le film Demain, et afin de continuer la réflexion entamée durant ce voyage aux côtés des jeunes verts français, la régionale souhaite rencontrer, partager et échanger avec les différents acteurs de la transition à Bruxelles. Qu’il s’agisse d’alimentation, de mobilité, d’enseignement, de démocratie participative, d’entrepreneuriat, de dépendance énergétique, écolo j Bruxelles souhaite partager ses idées pour faire de Bruxelles une région durable et où il fait bon vivre: que ce soit par le biais de ciné-débats, de visites, de conférences, ou tout simplement autour d’un verre!

À côté de cette thématique, la régionale s’intéresse également aux sujets qui touchent particulièrement la jeunesse tels que l’emploi et l’enseignement. Au sein d’écolo j toutes les idées sont les bienvenues alors, si tu as des projets ou des idées… n’hésites pas à nous rejoindre!

Petit focus sur l’équipe :
Née en 1994, Violette est originaire de Ville-Pommeroeul, un petit village situé entre Mons et Tournai. Après avoir effectué ses études secondaires à Mons, elle arrive à Bruxelles pour entreprendre un Bachelier en Communication à l’ULB. Candidate ECOLO aux Communales de Bernissart en 2012, puis aux Régionales pour la région Picardie en 2014, c’est en 2013 qu’elle découvre écolo j lors des rencontres des nouveaux monde organisées par Etopia. Actuellement en dernière année de Master à l’ULB, Violette étudie un Master en langues, littératures françaises et romanes.

Originaire du Borinage, c’est en 2008 qu’Adrien arrive à Bruxelles où il réalisera un Master en trompette jazz et un diplôme d’agrégation au Conservatoire Royal de Bruxelles. Après neuf ans de carrière en tant qu’artiste et une petite expérience dans l’enseignement, il décide de poursuivre ses études par un Master en Communication et Politique Européennes dans le cadre duquel il effectuera un stage de six mois au Parti Vert Européen en tant qu’assistant de l’attaché de presse. Entre mars et juillet 2016, il sera engagé par le groupe ECOLO-Groen au Parlement fédéral en tant que conseiller politique en affaires sociales. À côté de cette thématique, Adrien porte aussi un intérêt particulier pour les questions liées à la culture, la démocratie et l’entrepreneuriat.

Maryan est née au Vénézuela en 1990 et arrive en Belgique pour faire ses études supérieures. Après son baccalauréat en Tourisme et gestion d’entreprise, elle a commencé à travailler dans le milieu syndical au même temps qu’elle entreprenait un Master en gestion de projets. C’est en 2014 lors d’une visite à vélo des potagers urbains à Bruxelles, qu’elle découvre écolo j. Passionnée par le développement durable et la thématique travail, elle s’intéresse de plus en plus au sujet des Genres.

Grace, est originaire d’Ath. Après avoir terminé ses études en tourisme à Louvain-La-Neuve, elle migre à Bruxelles en 2014. Sympathisante d’ECOLO depuis plusieurs années, elle décide de s’investir chez écolo j la même année. Ses thèmes favoris sont la mobilité et la parité hommes/femmes, chère aux écologistes.

ALIMENTATION| Les Incroyables Comestibles ou l’incroyable coup de gueule citoyen

pictoDossiersAlors que le ciel des nouvelles mondiales s’assombrit, il est normal que certain.e.s citoyen.ne.s s’interrogent… Crise écologique, environnementale et sociale… Comment ne pas devenir pauvre, exclu.e ou même criminel.le climatique ?

Et la chaleur humaine ?! N’est-on pas si nombreux/ses à en demander ? A en manquer ? Pourquoi nous acharnons-nous à caresser obsessionnellement les écrans de nos smartphones, ou les lettres froides et carrées de nos claviers ?

Comment sortir de la torpeur ?
Ce que je désire faire passer ici, c’est un coup de gueule de bienveillance. Cela peut sembler paradoxal de mélanger colère et bonne volonté mais je suis convaincu que c’est un peu ce genre de coups de gueule qui ont poussé certain.e.s d’entre nous à retourner faire pousser leur espoir de jeunesse en se réappropriant l’espace public à coup de bacs de légumes ou à revivre des échanges innocents entre voisin.e.s, ami.e.s ou anonymes croisé.e.s sur un salon du bio ou lors d’un marché local. C’est la désormais célèbre Pamela Warhurst qui, dans sa petite ville de Todmorden (Yorkshire), a lancé le mouvement des Incredible Edible, connu aujourd’hui en France comme le mouvement des Incroyables Comestibles.

Mme Warhurst, malgré sa volonté de se faire passer pour une citoyenne comme les autres, ayant soudain décidé de sortir de son tourment pour mettre sérieusement les mains à la pâte (c’est ce qu’elle décrit dans son livre qu’elle consacre à son mouvement), est en réalité une militante acharnée pour la cause environnementale. Elle a d’abord travaillé pour Natural England, une ONG anglaise chargée d’assurer la protection de l’environnement sur l’Ile. Aujourd’hui présidente de Incredible Edible, elle siège également à la Forestery Commission, autre ONG chargée de la protection de l’environnement en Angleterre et en Écosse.

Autant dire qu’en matière d’environnement, Madame Warhurst n’est pas la dernière au courant. L’activiste sexagénaire a bien des choses à nous apprendre. Dans sa petite ville de 15 000 habitants, elle a fortement contribué à la propagation de ce qu’elle a fièrement appelé les jardins propagandes (bac à partager). Dans la ville de Totmorden, on les retrouve partout, ces jardins: dans les cimetières, sur les bâtiments publics, sur les trottoirs, en face du commissariat… Bref, l’activiste a en quelque sorte fait du rêve hippie une réalité en remplaçant le projet d’une révolution ensanglantée par une explosion de fleurs et de végétaux (les substances psychotropes en moins).

Un langage universel pour l’action citoyenne
Dans sa conférence TED, Pamela Warhust parle avec conviction de révolution. Si son éloquence peut ressembler à celle d’un Steve Job, sa révolution à elle, propose autre chose que la loi du plus passionné pouvant contrôler la vie des autres :
« Peut-on trouver un langage universel, qui n’est pas dépendant de l’âge, du revenu ou de la culture, qui aide les gens à trouver eux-mêmes une nouvelle façon de vivre, à voir leur environnement différemment, à réfléchir à l’utilisation de leur ressources différemment, interagir différemment ? Pouvons-nous trouver ce langage et le répliquer ? La réponse est oui, et c’est la nourriture« 

Mes cher.e.s ami.e.s, vous voilà donc briefé.e.s à la mission citoyenne qui vous sortira peut-être de votre tourment passif. Il ne vous reste qu’à assembler en face de chez vous quatre planches en un carré surélevé, y semer quelques-une de vos variétés de tomates ou de concombres préférées et d’aller sonner chez vos voisins pour leur annoncer l’arrivée prochaine de légumes à partager, sortis tout droit du terroir précieux qu’est devenu votre quartier.

Vous aurez alors réglé à la fois votre problème d’addiction aux réseaux sociaux et vous commencerez à contribuer à un monde plus beau, juste et équitable ! D’avance, toutes mes félicitations !

 

Olivier Martens

Les Incroyables comestibles sont à Liège et à Sautour, près de Philippeville

ALIMENTATION | La forêt comestible

pictoDossiersQue peut bien être une forêt comestible ? C’est une forme d’agriculture fondée sur l’association d’espèces végétales diverses – dont des arbres – sur un même territoire. L’idée est de créer un système agroforestier qui produit de la nourriture. En Amérique latine, ces initiatives fleurissent. En sillonnant les chemins d’une forêt comestible, nous rencontrons: fruits, légumes, tubercules, insectes, oiseaux. Cet écosystème réalise un service environnemental. À travers le reboisement, la préservation d’espaces naturels au niveau local est assurée.


Cultiver, régénérer, alimenter
Vous avez dit : produire des aliments biologiques dans une forêt ? Et en même temps améliorer la fertilité des sols, restaurer la biodiversité, augmenter la quantité et la qualité de l’eau disponible ? Vous avez dit : s’alimenter et commercialiser des produits frais, bio, de saison et locaux ?
C’est presque trop beau pour être vrai. Pourtant ces éléments font partie intégrante de la vision de l’agriculteur qui implémente une forêt comestible. Quelles sont les idées phares ? Prendre soin d’un écosystème, cultiver la terre, régénérer les ressources naturelles, alimenter les hommes, les animaux et les plantes.

Aux racines de l’agroforesterie
L’agroforesterie allie les cultures agricoles aux arbres forestiers sur une même aire géographique. Une forêt comestible est une configuration spécifique de l’agroforesterie. Pour en comprendre les principes, il faut partir de l’étude de la nature et plus particulièrement d’une forêt.
Celle-ci abrite de nombreuses espèces végétales mélangées entre elles. Des arbres, grands et hauts, dominent la forêt. Ils atteignent les cimes et donnent de l’ombre aux plantes des niveaux inférieurs de la canopée. Le sol est recouvert d’une épaisse couche de matière organique composée de feuilles séchées, de branches et de bois en décomposition. La terre est noire, aérée et grouille d’insectes. Champignons, micro-organismes, oiseaux, mammifères et plantes résident au sein du même écosystème. L’eau fait partie intégrante de cet environnement.

L’homme imite et réplique la nature
Une forêt comestible est conçue conjointement par l’homme et par la nature, pour l’homme et pour la nature. L’homme travaille de concert avec son environnement. Son rôle consiste à imiter et répliquer le fonctionnement d’une forêt, tout en y intégrant des cultures vivrières et/ou de rentes1.

« La Fazenda des yeux d’eau »
Référence internationale en systèmes agroforestiers, Ernst Götsch est un scientifique d’origine suisse. Il vint s’installer au Brésil en 1984 dans une fazenda (un domaine agricole) dans l’État aride de Bahia. Le nom de celle-ci était alors la fazenda des fugitifs de la terre sèche. En ces temps, elle comportait 500 hectares de terres dégradées et considérées comme improductives. Le scientifique a développé des expériences grandeur nature des systèmes agroforestiers successifs sur ce terrain; un système agroforestier successif étant un écosystème sylvestre en constante évolution. Les recherches agronomiques et très pratiques d’Ernst Götsch portent sur les symbioses qui s’opèrent lors de l’association d’arbres et de cultures.

Quels sont les résultats trente ans plus tard ? Les cultures et les arbres plantés ont recréé un environnement naturel complexe. Progressivement la végétation typique de la Mata Atlântica (la forêt atlantique de type tropical et humide) est réapparue sur le territoire de la fazenda.

Aujourd’hui, les anciennes terres dégradées se sont transformées en 410 hectares de reforestation, dont une grande partie est protégée. Le lieu a désormais pris le nom de La fazenda des yeux d’eau car 14 sources d’eau sont progressivement apparues. Désormais consultant, Ernst Götsch réalise depuis lors l’implantation de forêts comestibles au sein de divers États brésiliens.

Alternative agricole en Amérique latine
En Amérique latine, il existe une multitude d’initiatives indigènes, paysannes, néorurales qui appliquent actuellement les principes de la forêt comestible au sein d’écosystèmes aussi divers que celui de l’Amazonie, de l’Altiplano ou celui du Cerrado.
Le Cerrado brésilien est une région de savane recélant une immense biodiversité. Ce macro-écosystème, qui occupe une surface équivalente au tiers de la forêt amazonienne, est gravement menacé de déforestation1.
Brasilia se situe au cœur du Cerrado. Au sein de la capitale futuriste du Brésil, le nouveau paradigme en faveur des systèmes agroforestiers gagne l’adhésion d’une part grandissante de la société. Cette alternative agricole contraste d’autant plus avec l’agriculture prédatrice qui sévit dans la région. Aux abords de la métropole, les expériences de forêts comestibles – rurales ou urbaines – fleurissent et illustrent concrètement la durabilité de ce modèle agricole.

« Pé na terra »
Pé na terra signifie littéralement en portugais les pieds sur terre. Ce nom fait référence à un projet de ferme écologique située à 70 kilomètres de Brasília. Pé na terra est une aventure d’agroécologie familiale. Elle promeut la production d’aliments biologiques et la reforestation du Cerrado.
Ses objectifs ? Régénérer les ressources naturelles que sont la fertilité des sols, l’eau, le bois, la biodiversité et les semences. La ferme s’inspire directement des enseignements d’Ernst Götsch. Sur ses terres, l’implantation de la forêt comestible a commencé il y a plus de trois ans.
Avis aux citoyens qui souhaitent s’engager : créer une forêt comestible demande beaucoup de temps et beaucoup de travail. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Voici les principes de base pour créer un tel espace agroforestier :

Principe 1: Planter le multiple
La clé vient de la diversité. L’agriculteur doit planter une multitude d’espèces végétales. Cet aspect va de pair avec la recherche et l’acquisition de semences natives, si possible paysannes et locales. Cette richesse génétique va permettre à l’écosystème agricole de se développer.

Principe 2: Recherche de la symbiose
Les plantes ont des rôles complémentaires. Chacune a sa fonction. Par exemple sous les tropiques, le bananier est une plante qui draine énormément d’eau. Elle « évapo-transpire ». Dans la savane brésilienne, la présence du bananier augmente l’humidité de l’air et du sol; cette humidité est essentielle pour les cultures maraîchères et certains arbres fruitiers.
En agriculture biologique, les plantes de la famille des légumineuses sont stratégiques. Celles-ci captent et fixent l’azote de l’air. En Belgique, c’est le cas par exemple de la luzerne. Au Brésil, c’est le cas de la mucuna ou pois mascate, des haricots et de la crotalaria. Les légumineuses agissent comme des engrais verts. Elles améliorent la fertilité du sol au bénéfice des cultures qui vont leur succéder.
Un autre exemple est celui de l’eucalyptus. Cet arbre pousse rapidement et produit beaucoup de biomasse (feuilles, branches, etc). De la sorte, il va donner de l’ombre aux plantes qui sont à ses pieds tels que les choux, les salades, les caféiers.

Principe 3: Agencement des espèces végétales entre elles
En fonction de l’utilité de chaque espèce, le producteur agence les arbres et les cultures pour optimiser le système agroforestier. Par exemple, sur 3 m² au Brésil, il est possible de planter et de cultiver ensemble des limoniers, du café, du maïs et de la papaye. Il existe deux dimensions primordiales à prendre en compte.

  • La dimension temporelle
    Ce n’est pas en tirant sur une salade qu’elle poussera plus vite. Cet adage illustre parfaitement le temps de l’agriculture. Une salade pousse en 40 jours. Dans une forêt comestible, certains arbres ont besoin de plusieurs années pour grandir et devenir productifs…
    La dénomination de système agroforestier successif traduit bien la notion de temps. Le système se développe par étapes. Ces stades de développement sont tributaires du taux de croissance des plantes, des cycles de floraison, des conditions météorologiques, etc. Les espèces se succèdent sur des court, moyen et long termes. Par exemple, l’épi de maïs se cueille après trois mois tandis que les bananes se cueillent après un an.
    Certaines espèces grandissent mieux à l’ombre de grands arbres, au sein d’un système agroforestier âgé. C’est par exemple le cas du caféier et du cacaoyer.
  • La dimension spatiale
    En haut, en bas, à gauche, à droite: une forêt se développe sur trois dimensions. L’herbe, les arbustes, les feuillages, les fruits, les tubercules, les céréales se situent à différentes hauteurs (strates). Le travail du producteur est d’agencer spatialement les plantes entre elles pour qu’elles occupent des espaces distincts et complémentaires. Si des plantes se trouvent sur le même espace, celles-ci entrent en « compétition » pour l’accès à la lumière et à la terre; ce qui est inefficient. Or, au sein de ce paradigme agricole, l’homme recherche justement des symbioses entre les règnes végétal, animal et fongique.
    Dans le cas de Pé na terra, la forêt comestible est organisée selon certaines logiques. Sur des lignes, les arbres et cultures sont agencées selon des séquences presque mathématiques. Cela donne par exemple une ligne où se succèdent une banane, un eucalyptus, un café, un manioc, une banane, etc. Sur une autre ligne, cela peut être un pied de maïs, une salade, de la ciboulette, un pied de maïs, etc.

Principe 4: Le secret de la matière organique
La matière organique est cette couche végétale sur le sol composée de restes de branches, de feuilles desséchées et de bois morts. Ces éléments se décomposent et enrichissent progressivement le sol en humus. L’humus est cette matière fertile déjà décomposée. En métaphore, la matière organique peut être décrite comme étant la peau protectrice de la terre. Le sol devrait toujours être recouvert de cette couverture végétale, c’est une règle d’or. Celle-ci permet l’infiltration de l’eau dans le sol. De plus, dans le Cerrado brésilien, la matière organique protège également la terre des rayons brûlants du soleil.
Les sols des forêts comestibles abritent nombre d’insectes, des bactéries, des vers de terre, des champignons. Ces petits êtres accélèrent le processus de décomposition de la matière organique et « fabriquent » de la terre. La matière décomposée – l’humus – est bénéfique aux plantes. Celles-ci vont y puiser les nutriments et minéraux dont elles ont besoin pour leur croissance. Ensuite, ces plantes produisent des fruits, des légumes, des tubercules, du bois, etc.
Les productions des forêts comestibles peuvent être commercialisées, comme c’est le cas à Pé na terra. Lors de l’implantation de l’écosystème, des engrais biologiques sont souvent requis. Avec les années, ces fertilisations deviennent de moins en moins nécessaires. Fais le maximum avec les ressources disponibles sur place est d’ailleurs un adage bien connu en agroforesterie sur le continent latino-américain.

Principe 5: La gestion au fil des mois et des années !
L’implantation d’une forêt comestible s’envisage sur du long terme. L’écosystème va se complexifier au fil des années. Il faut gérer les cultures ainsi que la croissance des arbres. Le producteur doit prendre soin des plantes, arracher les mauvaises herbes, irriguer, etc. Fréquemment, machette ou cisaille à la main, il faut tailler et élaguer les arbres. Les morceaux de matière organique provenant de cet élagage vont alors tomber et augmenter la couche de matière organique au sol.

L’eau, élément vital
Grâce (entre autres) à l’évapotranspiration, l’humidité de l’air est clairement plus élevée dans la forêt comestible que dans un espace à ciel ouvert. Une récente recherche de l’équipe d’Ernst Götsch affirme économiser jusqu’à 75% des besoins en eau de l’irrigation grâce à la matière organique qui recouvre le sol. L’eau est un élément vital tant pour les cultures que pour les arbres.

Des résultats visibles et concrets
Après trois ans de travail, s’observent de nettes avancées en termes de biodiversité à Pé na terra. Le terrain abrite tout au long de l’année une quantité et une diversité impressionnantes d’animaux: perroquets, hiboux, toucans, piverts, crapauds, tatous, serpents, etc. Ce sont mille et un sons qui s’élèvent de la forêt comestible. Ce sont les chants des oiseaux, de l’eau de l’irrigation, des coups de machettes ou encore du vent dans les feuilles des arbres.
L’espace naturel affiche une large palette de couleurs en commençant par tous les tons possibles de verts et de marron. Les fruits et les légumes rajoutent des touches colorées: le jaune de la banane, le rouge du poivron, l’orange de la papaye, le noir du café.

En Belgique, à Mouscron
Les expériences sont encore rares dans le plat pays. La vision de long terme à avoir – parfois sur plusieurs dizaines d’années – limite drastiquement la mise en place de tels systèmes agroforestiers. Il existe toutefois plusieurs initiatives, dont un exemple remarquable dans la ville de Mouscron. Depuis plus de trente ans, Josine et Gilbert Cardon plantent des centaines et des centaines de variétés d’arbres sur à peine 1800 mètres carrés. Ce paradis productif peut être visité les jeudis après-midi et les dimanches.

L’agroforesterie était une pratique courante en Europe avant l’avènement de la mécanisation et l’intensification de l’agriculture industrielle. Récemment, l’agroforesterie connaît un regain d’intérêt, notamment dans les milieux scientifiques. En effet, ce mode de production rend de multiples services environnementaux : conservation de la biodiversité, accroissement de la fertilité des sols, amélioration de la qualité de l’eau et de l’air.

Un écosystème vivant, avec un appui humain décisif !
Une forêt comestible peut se comparer à un organisme vivant qui grandit, se développe et se complexifie. Un système agroforestier, c’est également un espace où l’homme et la nature se réconcilient.
[Je souhaite] travailler pour créer des espaces naturels d’inclusion permanente des humains, au lieu de créer des espaces naturels de protection permanente des humains ; dit d’ailleurs à ce sujet Ernst Götsch.

Par espace naturel de protection permanente, le scientifique fait référence aux parcs où la biodiversité est protégée de la prédation humaine. Il nous raconte qu’il est possible de recréer des espaces naturels au sein desquels l’humain s’inscrit et joue un rôle décisif. Ce rôle consiste à produire de la nourriture, à reboiser le territoire et à donner vie à un écosystème complexe.

Louise Amand
Volontaire à la Commission Justice et Paix

  1.  Les productions agricoles de cultures vivrières sont destinées à être autoconsommées par le producteur et sa famille. Les productions agricoles de cultures de rentes visent, quant à elles, à générer des profits.
  2. Pour davantage d’informations sur le Cerrado et son cycle des eaux, lire http://www.justicepaix.be/Cerrado-bresilien-la-detresse-du-berceau-des-eaux-1214