Le libéralisme est-il incompatible avec l’écologie ?

Le libéralisme est-il incompatible avec l’écologie ?
UCL
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Le 26 mars, nous avons co-organisé un débat avec le KAP (Kot à Projet) Citoyen et le MLE (Mouvement Libéral Etudiant) sur la question suivante: Le libéralisme es-il incompatible avec l’écologie ? Présents au débat, nous avons eut Coralie Vial (Candidate Ecolo au BW), Jonathan Piron (Etopia), Corentin de Salle (Directeur du Centre Jean Gol) et enfin Matthieu Michel (MR).
Afin d’introduire le débat, nous avons eut l’honneur d’avoir Laura Rizzerio, professeur de philosophie à l’UNamur. Celle-ci nous a brièvement introduite l’histoire du capitalisme moderne et la notion de d’autonomie (chère au libéralisme) au travers du savoirs des Anciens (Grecs) et qui signifie « celui qui a sa propre loi ». Cette traduction entre en corrélation avec la vision biblique où l’homme est donné libre de s’inscrire dans la Nature ou le Cosmos. Cependant, depuis la révolution industrielle, cette autonomie correspond plutôt à une vision d’indépendance où l’homme peut disposer de la nature comme bon lui semble. Enfin, Laura Rizzerio a fini son introduction en précisant qu’une distinction importante devait être faite entre le libéralisme politique et économique.
 
Le premier élément du débat nous a mené sur le domaine économique avec la question suivante: Capitalisme ou éco-réalisme face aux enjeux climatiques, quel avenir ? Tout d’abord, Corentin de Salle a introduit le sujet pour défendre le libéralisme par une citation de Marx : « Les libéralistes sont si fous qu’ils sont prêts à utiliser les déchets pour les recycler ». Il voit au travers de cette critique un héritage commun entre le libéralisme et l’écologie car d’après lui, la pollution est en elle-même un frein au capitalisme. Il invoque notamment la tragédie des communs de Garrett Hardin (*) pour appuyer son propos en citant Elinor Oström et attaque les régimes communistes pour démontrer que là où la Nature a été la plus saccagée, c’était sous ces régimes là. Il donne en exemples l’assèchement de la mer d’Aral par les soviétiques ou encore plus récemment la construction du barrage des 3 gorges en Chine (notons tout de même qu’on peut se demander légitimement s’il s’agit là d’un vrai régime communiste).
 
Ca a été ensuite au tour de Jonathan Piron d’Etopia de se lancer dans le débat. Pour lui, la vraie question n’étant pas le « Pourquoi on lutte? » mais plutôt « Contre quoi lutte-t-on ? ». Son argumentaire démarre avec la voiture, aberration politique et matérielle qui annule notre autonomie en société. En effet, il pose la question à la salle: « Pour ceux qui en ont une qui est encore capable de remplacer tout seul l’ampoule des phares de celle-ci ? » et une grande majorité se tait sauf bien évidemment Matthieu Michel qui n’en perds pas une pour dresser fier le torse et montrer que, lui, le libéral en est encore capable ! Jonathan Piron continue et rappelle que l’usage de la voiture mets en avant finalement le dogme de la croissance qui est celui de l’homo economicus. Celui-ci génère d’ailleurs les malaises socio-économique actuel et les symptômes qui en découlent ; les inégalités, les burn-outs et bore-outs. La dérive de ce dogme au niveau de la mobilité ? Des voitures vertes dans des embouteillages verts. Jonathan renvoie donc dos à dos le libéralisme et le marxisme dont les deux courants de pensée nous mènent fondamentalement dans le mur. Pour repenser le système, Jonathan privilégie donc les indicateurs d’IDH. A la critique du fait qu’une sortie du dogme de la croissance serait non financable, il répond que le coût de l’inaction à l’horizon 2040 correspondrait à 20% du PIB. Par ailleurs, les investissements dans l’ « économie verte de transition » serait porteurs d’emploi de masse. Il s’agirait en effet de s’occuper du démantèlement des centrales nucléaires, de l’isolation etc… Il y aura donc de quoi faire! Par la suite, l’homme vivrait dans un équilibre harmonieux avec la nature en terme d’autonomie. En conclusion de quoi, Jonathan reviendra par la suite à la notion d’autonomie qui ne correspond donc pas à un libéralisme à tout va mais plutôt à vivre selon l’ adage: « Devenir enfin soi-même ». Cette forme d’autonomie passerait donc par la production de nos besoins à partir de notre environnement direct et donc la mise en place de circuits courts. Il s’agirait également de diminuer le temps de travail et d’octroyer une allocation universelle.
 
C’est ensuite à Matthieu Michel (président du conseil provincial du BW) de prendre la parole. Selon sa propre vision, le libéralisme et l’écologie peuvent marcher main dans la main mais il s’agira d’avoir confiance en l’homme (ndlr en la technique). Si l’homme n’est pas parvenu à résoudre les enjeux écologiques, c’est parce qu’il n’a pas encore eut assez foi en lui ! Le libéralisme permettrait selon lui de trouver toutes sortes de solutions pour pallier aux enjeux climatiques par exemple. Ce projet libéral éco-positif se baserait donc sur la créativité et l’innovation permanente. Il prend en exemple l’imprimante 3D qui pourrait réparer les objets défectueux. Enfin, du point de vue démocratique, l’écologie politique est d’après lui trop collectiviste, 80% de la richesse du Brabant Wallon est produite par 20% des entreprises qui selon lui font déjà beaucoup sur le plan économique en garantissant des emplois. Il insiste donc sur l’importance des pouvoirs publics qui dans le cas de la province doivent investir dans l’isolation du parc immobilier. Mais cela suffit-il vraiment ?
 
Coralie Vial a ensuite pris la parole. Selon elle, le libéralisme ne peut s’entrevoir qu’au travers de la solidarité. L’Etat doit y jouer un rôle d’émancipation pour les citoyens car ceux-ci ne naissent pas tous égaux. Il s’agit donc de mettre en place une justice sociale. Cette justice sociale ne peut se faire aussi qu’en respectant les limites de la biosphère et donc sa vision de la liberté c’est que « Notre liberté s’arrête là ou s’arrête le respect de notre planète Terre ». C’est pourquoi la transition écologique n’est pas une prise de risque comme le prétend le néo-libéralisme actuel mais une nécessité!
 
*La tragédie des biens communs, ou tragédie des communaux, est un phénomène collectif de surexploitationd'une ressource commune que l'on retrouve en économie, en écologie, en sociologie, etc. La tragédie des biens communs se produit dans une situation de compétition pour l'accès à une ressource limitée (créant un conflit entre l'intérêt individuel et le bien commun) face à laquelle la stratégie économique rationnelle aboutit à un résultat perdant-perdant.
 
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