Visite engagée du village de Doel | Retour

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Bruxelles
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Le dimanche 13 mai, écolo j Bruxelles a organisé une visite engagée du village de Doel. Au programme : les enjeux du port d'Anvers, du CETA, de la centrale nucléaire et des photos !

Doel est un très petit village situé au Nord d’Anvers qui comptait à peine plus de 800 habitants dans les années 2000. Pourtant Doel est bien connu à l’international, grâce à ses quatre réacteurs nucléaires Il fut sélectionné comme Tihange pour accueillir l’une des deux centrales nucléaires belges, fournissant à 55% de l’électricité du pays aujourd’hui. En 2012, l’un des réacteurs de Doel fut même arrêté durant deux ans à la suite de la découverte de milliers de fissures dans la paroi de sa cuve.

Alors que la sécurité nucléaire belge inquiète les gouvernements voisins, Doel a aussi attiré l’attention d’écolo j Bruxelles en raison des impacts de l’implantation d’un centre nucléaire sur les conditions de vie des habitants des communes proches ainsi que de la gestion des déchets nucléaires. Mais le voyage organisé le 13 mai 2018 a révélé une situation bien plus complexe qui ne se limite pas aux seuls enjeux de la lutte anti-nucléaire.

Accueillis par Raf Verbeke, activiste de longue date, dans son bus De Lijn réformé en véhicule de transport de militants, nous découvrons rapidement une menace bien plus pressante pour la survie du village. Le port d’Anvers, après s’être étendu sur toute la rive gauche de l’Escaut, voudrait maintenant assouvir ses envies expansionnistes en installant un nouveau dock sur la rive droite. A la place de Doel, juste aux pieds de la centrale nucléaire.

Le projet du port d’Anvers c’est d’accueillir encore plus de conteneurs, encore plus de bateaux, toujours plus grands et toujours plus lourds. Anvers a des vues notamment sur des bateaux de 17 mètres de profondeur pouvant transporter des conteneurs d’un demi-million de tonnes. Mais creuser l’estuaire de l’Escaut pour y laisser passer ces énormes chargements ne sera pas une mince affaire et coûtera énormément à la communauté sur le long terme. En effet, la région est marécageuse et sableuse. L’entretien du passage devra se faire régulièrement car l’accumulation du sable au fond de l’Escaut est inévitable. Il y a également le risque que pose la pression de la construction et du creusement sur les digues. Enfin, l’importation et le transport des marchandises à l’intérieur du continent représente un gros problème pour Anvers et sa politique de mobilité. Les bouchons s’accumulent et n’en finissent pas sur la Ringroad qui entoure la ville.

L’idée serait de partager le nouveau terrain entre les multinationales. Et le gouvernement flamand, même s’il le voulait, aurait bien du mal à s’y opposer à cause du traité de libre-échange passé entre la Belgique, le Luxembourg et Dubaï. Comme bien souvent dans ce type de traité, on y retrouve un mécanisme concernant le règlement des contentieux entre investisseurs et États (ISDS Investor-state dispute settlement) impliquant un tribunal arbitral international – mécanisme très peu apprécié de l’opinion publique européenne et mis en lumière grâce aux mouvements anti-TTIP et anti-CETA. Si un investisseur ou une entreprise estime que les politiques d’un pays nuisent à son activité ou ses investissements, alors il ou elle peut l’attaquer en justice pour obtenir des réparations ou encore l’annulation de ses lois. Considéré comme un affront à l’Etat de droit et à la démocratie, ce mécanisme ne permet de faire appel une fois la décision rendue.

Les opposants au projet destructeur veulent via une procédure juridique au conseil d'État vérifier si ce traité économique est en accord avec la constitution, notamment au regard de l’article 23 selon lequel toute personne a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine, en particulier le droit à la protection d'un environnement sain. Raf est confiant. La Cour constitutionnelle a eu tendance au cours des précédentes affaires à appliquer le principe dit de standstill. Explication : certains droits fondamentaux, notamment les droits sociaux (droit au logement, à l’éducation, etc.), demandent une intervention des pouvoirs publics pour qu’ils soient effectifs. Dans ce cas, les juges ont aussi plus de difficultés à en assurer le respect. Le principe de standstill permet aux juges de contrôler si les autorités ne font pas reculer de manière substantielle la garantie de ces droits par rapport à leur niveau antérieur sans justification suffisante tirée de l’intérêt général. Par exemple, pour ce qui est du droit à un environnement sain, l’autorité judiciaire peut aller à l’encontre du gouvernement qui adopte des lois entraînant un recul au niveau de la qualité de vie (mobilité, pollution de l’air, etc.).

Raf a foi dans la résistance citoyenne. Il rappelle la victoire obtenue par les mouvements citoyens anti-CETA lorsque Paul Magnette avait défendu les intérêts wallons contre le CETA, et plus largement dans les conflits entre multinationales et États dans les accords commerciaux. A Doel non plus, ils n’en sont pas à leur première bataille contre le port. Voilà maintenant presque 30 ans que tient la résistance à Doel face aux grands projets d’expansion et à la construction bassins additionnels pour conteneurs. En réalité, notre guide – un anversois dont les grands-parents habitaient à Doel et qui donc passaient de nombreux étés et weekends dans le petit village – évoque même des mobilisations des années 60 liés aux premiers projet d’agrandissement sur la rive gauche. En 1995, l’autorité flamande prévoit un nouveau bassin, situé juste au sud de Doel. Même si cela n’impacte pas directement le territoire du village, le gouvernement questionne l’invivabilité de la petite agglomération et souhaite changer son statut de zone de résidence à zone industrielle. La deuxième vague de résistance se forme et finalement, Doel peut rester zone d’habitation grâce à un arrêté du Conseil d’Etat. Cependant, ce conflit saignera le village de presque 1000 habitants à l’époque à une vingtaine aujourd’hui. Un plan d’expropriation avait déjà été mis en place et beaucoup d’habitants n’ont pas résisté à la peur de tout perdre sans aucune compensation.

Les principaux arguments des partisans de l’expansion du port d’Anvers sont bien sûr la création d’emplois et les gains économiques mais aussi la saturation inévitable des autres bassins dû à la croissance prévisible du trafic de conteneurs. Des estimations chiffrées que réfutent nos deux guides. Suite à la crise économique de 2008, la situation a changé. L’augmentation du trafic n’est plus une certitude et les emplois aux terminaux ne seront pas épargnés par l’irrémédiable mécanisation et automatisation du travail. De plus, le port n’a toujours pas atteint sa capacité maximum d’accueil de conteneurs. Un tiers de ses capacités n’est aujourd’hui pas utilisé. Toutefois, il faut noter qu’une majeure partie de la population d’Anvers et de Beveren (la commune « mère » de Doel) sont sensibles aux arguments du gouvernement flamand et sont donc en faveur de ces projets d’extension.

A Doel, s’organise la troisième génération de résistants, pour la plupart des jeunes. Cette génération défend maintenant un village fantôme. Les murs sont recouverts de tags colorés, aux messages plus ou moins engagés. Certaines maisons détruites ont été recouvertes par la végétation. Les dégâts sont tels que les maisons qui n’ont pas été entretenues devront certainement être détruites puis reconstruites. Toutes les issues sont calfeutrées pour faire face aux vols et au vandalisme. Les expropriations et la menace de destruction des habitations ont effectivement laissé penser que le village était une zone de non-droit, attirant la petite délinquance. En plus du harcèlement dont sont victimes les derniers habitants de la part des médiateurs sociaux engagés par le gouvernement, ces derniers sont la cible de cambriolages.

La résistance actuelle est hétérogène. On y retrouve des habitants, ou des enfants d’anciens habitants qui souhaitent voir le village de leur enfance et les souvenirs qui s’y rattachent conservés. On peut y trouver des militants attachés à la valeur historique et culturelle de Doel, dont le plan des rues rappelle de plan hippodaméen américain et dont une maison (le Hooghuis ou « Maison Haute ») appartenait à la famille du peintre néerlandais Rubens. Le mouvement est rejoint par les écologistes qui s’inquiètent des impacts de l’activité du port et des nombreux passages de camion sur la mobilité et la qualité de l’air à Anvers. Enfin, les agriculteurs aussi sont concernés. Certains perdront leurs terrains, ce qui, malgré une compensation financière ponctuelle, aura un effet sur leur activité. La compensation écologique prônée par la directive européenne habitat, qui veut que si l’on détruit à un endroit A, il faut compenser en « recréant de la nature » à un endroit B, signifiera que d’autres agriculteurs plus loin se feront expropriés pour compenser la perte de Doel.

Mais finalement, nous demandons : « et la centrale nucléaire ? » Ironie du sort ! La centrale nucléaire peut se révéler être un argument de poids pour la survie du village. En effet, aucune construction d’ampleur industrielle ne doit se faire dans un rayon de 3km autour de la centrale… Difficile à accepter pour un écologiste.

 

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