MOBILITÉ ET AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

Édito

Les défis actuels tels que la crise climatique et ses conséquences, l’augmentation de la population mondiale, la hausse des prix de l’immobilier et la difficulté de nombreuses personnes à bien se loger imposent de repenser nos habitudes de bâtir, de se loger, de se déplacer et de vivre l’un·e avec l’autre; en soit, d’organiser notre vie commune de manière durable.

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Mobilité, vers la fin de l’égoïsme ?


Ma voiture, ma liberté

Voilà le leitmotiv des compagnies automobiles depuis les années 70. La possession d’un véhicule serait le graal en matière de mobilité et même lorsque l’industrie travaille sur des concepts de voitures partagées autonomes, elle arrive encore à proposer un véhicule solo pour remplacer l’avion !

Aujourd’hui, le message publicitaire pour la Volvo 360c, c’est : « Et si voyager par la route devenait plus pratique que de prendre l’avion ? »

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Smart Cities, ce leurre néo-libéral


Smart cities, quid ?

Depuis quelques années, le concept de Smart Cities prend de plus en plus de place dans les discours politiques et urbanistiques. L’objectif, clair et assumé, consiste à transformer la ville afin de l’optimiser et d’améliorer les services grâce à la technologie. Cette dernière est vue comme la solution idéale aux flux – financiers, de personnes, de données… – qui ralentiraient la ville et détérioreraient les services.

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La Smart Rurality. Pensons ensemble la mobilité du monde rural de demain !

« Bonjour, nous avons le plaisir de vous informer que votre offre est acceptée »

C’est sur ces mots que débute l’aventure d’être propriétaire pour l’achat d’un premier bien immobilier.

Je vais donc quitter l’appartement occupé avec ma copine dans le centre de Bruxelles pour un charmant village appelé Huppaye près de Jodoigne. Nous avons adoré notre expérience à la capitale, notamment pour sa facilité de transport.

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Ces villes sans voitures

Pontevedra, Oslo, Ljubljana… Plusieurs villes du monde sont passées à l’acte

Interdire les voitures dans leurs centres-villes ou toute leur municipalité. Utopie ou décision visionnaire ? Quels sont les bénéfices d’une ville sans voitures ? Quelques éléments de réponse dans cet article.

Depuis 2000, le maire de Pontevedra, en Espagne, a développé un projet global (rues piétonnes, nouveaux parcs du centre-ville, etc.) dissuadant les citoyen‧nes d’utiliser leurs voitures. Barcelone, Milan, Paris… Plusieurs villes souhaitent, elles aussi, développer des zones interdites aux voitures.

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Concentrer + diluer = «développer» (Concentrer et diluer, c’est toujours développer)

En matière d’aménagement du territoire, un truisme est fréquemment invoqué :

Il convient de densifier les villes afin d’éviter l’étalement urbain.

C’est l’argument culpabilisant renvoyé aux 18.000 défenseurs de la friche Josaphat : en s’accrochant à la préservation d’un espace vert de fait, ils feraient le lit de l’étalement urbain qui mite nos campagnes.

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Quand voyage = aventure

Une façon de voyager à moindre impact écologique

À travers ses vidéos, Louanne, une youtubeuse de 22 ans, partage sa passion pour les voyages en train et les microaventures.

« Seule dans un train pendant une semaine », « Je fais le tour de l’Écosse en train et c’est des grosses barres » ou encore « Partir en Laponie sur un coup de tête », ses vidéos nous plongent dans l’ambiance du voyage en train, en sac à dos, en auberge de jeunesse et un peu à l’arrache. De quoi s’inspirer pour nos prochaines vacances.

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L’art dans l’espace public, une nécessité ?

L’art est bon pour le cerveau

Voilà ce que nous dit le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, et nous complétons : «  L’art fait du bien ».

Quand on pense aux effets de l’art sur la santé, on réfère souvent uniquement à l’art-thérapie, une approche psychologique et sociale aidant un patient à s’exprimer par les arts1. Pourtant, l’art est plus qu’un simple moyen d’expression et mérite pour cela d’occuper une plus grande place dans l’espace public et dans les politiques d’aménagement du territoire.

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Élections | Le système ne s’effondrera pas tout seul… ou pas avant qu’on ait tout perdu

pictoDossiersJe ne compte plus le nombre de fois où on m’a dit que j’étais une féministe excessive, une antispéciste extrémiste, une anti-raciste un peu chiante…

Bref que j’étais trop radicale.

Au-délà d’être énervant, en fait, c’est un constat plutôt vrai. Car comme Marx nous le disait, être radical.e, c’est prendre le problème à la racine.

Cessons de tergiverser: radica·les·ux, il est plus que temps que nous le soyons tou·te·s

Simplement car la racine de la catastrophe climatique, elle n’est pas à chercher plus loin que le capitalisme et ses dérives.

Face à ce constat, il y a trois chemins principaux :
  • Continuer à parler de croissance, mais durable cette-fois ! Miser sur de nouveaux marchés dans les énergies renouvelables et certaines reconversions industrielles, instaurer des marchés de droits à polluer censés dissuader. Bref avoir foi en la capacité des mécanismes de marché à être suffisants pour enrayer la crise. (Fermer les yeux sur la surproduction liée, le règne de obsolescence programmée nécessaire pour faire tourner la machine, sur le consumérisme qui envahit toutes les sphères de la société jusqu’au relationnel, le dumping social et environnemental comme solution de repli face aux pansements du capitalisme vert.) Et pour se dire qu’on lutte, on se positionne contre les « externalités » d’un système autrement sain – ou au moins indépassable -, et on déplace la faute de la crise écologique sur les individus, qui refuseraient d’acheter autre chose que des Iphones et ne trieraient pas leurs déchets.
  • Avoir conscience qu’on s’en sortira pas dans ce modèle mais, de bonne foi, croire encore aux ajustements, aux négociations, au bon cœur des puissant.e.s, à une troisième voie. Un libéralisme économique libéré de sa première prémisse : ce qui compte, c’est notre intérêt propre à court terme, et préférablement en gain d’argent.
  • Arrêter de ménager les frileu·ses·x et de tourner autour du pot : oser dire que lutter contre les inégalités, pour la justice sociale, pour une meilleure répartition des richesses, c’est être anticapitaliste.
Mais pas anticapitaliste à tout prix. Avant tout antiproductiviste

Car la solution pour nous, n’est pas d’offrir à tou·te·s le même niveau de déraisonnabilité totale qui nous a conduit·e·s jusqu’à ce merdier, mais c’est de penser et construire une société de la décroissance choisie, des solidarités actives, de l’économie sociale et solidaire, de la convivialité politique.

En effet, nous voulons la justice sociale

C’est-à-dire que nous voulons plus d’égalité certes, mais pas si elle consiste à vouloir que toutes les classes sociales vivent de la même façon que les 20% de la population qui, à l’heure actuelle, participent le plus à la destruction de la planète. Une justice qualitative donc, et pas seulement quantitative.

Notre anticapitalisme vert à nous, il réfléchit les dominations croisées, nées avec et à cause, pour servir le système capitalisme. Qu’il s’agisse de l’esclavage et de son symptôme postmortem qu’est le racisme. Que l’on parle de la mise à l’écart des femmes du pouvoir, dans toutes les sphères (même celle du pouvoir sur leur propre corps) et des violences liées et qui visent avant tout à les y maintenir. Ou qu’il s’agisse encore de la relégation des autres êtres vivants au statut de marchandises, permettant de pouvoir les exploiter sans remords.

Mon anticapitalisme vert à moi, considère que ces combats sont liés, tous aussi importants. Et qu’on ne détruira pas le système en se focalisant sur un seul côté. Et enfin, et peut-être surtout, que si nous avons tou.te.s nos priorités et affinités, il est temps qu’on se fasse de la place. Vraiment ! Que cela soit dans nos revendications comme dans nos têtes et dans nos agendas.

Il s’agit d’être radica·les·ux donc, dans nos critiques, dans notre vision, mais aussi dans nos actions et revendications

Pourquoi ? Parce que le système néolibéral ne se cache plus (ou juste pas) pour être radical. Parce que la classe dominante qui adhère à ce projet ne rougit pas de ne voir, et n’accorder radicalement d’importance, qu’à ce qui ne questionne pas son système de privilège.

Et cela devient de plus en plus clair à l’heure des crises. En effet, lorsqu’on ne peut intellectuellement plus se permettre d’user de la mauvaise foi climatosceptique, que les excuses pataugent et sonnent creuses, l’évidence se présente : iels sauveront le capitalisme, jusqu’au bout, jusqu’à plonger la majorité de la population dans la misère la plus rude.

Car iels ont les moyens de se construire des ilôts de protection (à l’instar de ces milliardaires et de leurs pompiers privés prêts à les extraire des flammes pour quelques milliers de billets, pendant que le reste de la population ne peut compter que sur elle-même… et un service public toujours plus affaibli…). Les conséquences à court et moyen terme du dérèglement climatique ne concernent pas celleux qui jouissent le plus et qui tirent les ficelles du capitalisme. Il n’y a donc rationnellement aucune chance qu’iels y renoncent.

Il ne faut pas chercher plus loin les résistances, s’il faut sacrifier tout le monde pour continuer à s’enrichir, s’il faut par le sang et les larmes sauver un système qui s’effondre pour en extraire jusqu’à la dernière miette de bénéfice, iels le feront.

Et non, il ne s’agit pas d’attendre l’effondrement comme s’il allait vite arriver (en se préparant à survivre, comme Noé dans sa ferme zéro déchet), comme si l’effondrement était dépolitisé car il concernerait tout le monde (tou·te·s dans le même bateau qu’on a dit), comme s’il était presque souhaitable ?

Car ça, ce n’est pas de la radicalité. C’est juste jouer le jeu du système. C’est renoncer.

Cloé Devalckeneer

Élections | Les partis politiques et le sponsoring sur Facebook

pictoDossiersLes choix électoraux se basent rarement sur les seuls programmes électoraux

Pour gagner des votes, il faut persuader les électeur·rice·s avec des messages auxquels ils et elles peuvent s’identifier. Ainsi, avec la période électorale vient la bataille communicationnelle des partis en lice. Toute bonne stratégie de campagne s’appuie sur un élément essentiel de communication : la prospection politique ciblée. Empruntée aux techniques commerciales, cette nouvelle stratégie appliquée à la sphère politique entraîne le désinvestissement en termes d’affichage dans l’espace public, les rallyes politiques ou les passages télévisés au profit de messages personnalisés en ligne, notamment sur les réseaux sociaux.

Il ne s’agit plus de s’adresser à des groupes sociaux mais à l’individu et à sa singularité. Pour cela, les partis politiques misent largement sur l’exploitation de bases de données existantes – constituées par les autorités publiques comme les services sociaux ou par le secteur privé – qui contiennent suffisamment d’informations pour établir des profils très précis d’électeur·rice·s et ajuster leur stratégie de communication à ceux-ci. Toutefois, les nouvelles règles européennes en matière de protection des données personnelles, contenues dans le Règlement européen de protection des données (RGPD) adopté en mai 2018, encadrent ces pratiques et limitent fortement la possibilité de traitement des données existantes. De plus, les partis politiques doivent faire face à un questionnement éthique lorsqu’ils choisissent de faire usage et profit ou non de ces bases de données en prenant en compte la manière avec laquelle elles ont été formées.

La mise œuvre de la législation européenne n’étant qu’à ses débuts, plusieurs années seront nécessaires avant d’observer ses effets sur le modèle commercial des plus grandes plateformes en ligne telles que Facebook ou Google.

Cet article a pour objectif d’expliquer ce que cela signifie pour les partis politiques et les électeur·rice·s.

La montée du « Big Data » en politique

Le concept de Big Data signifie l’exploitation de quantités massives de données destinée à l’analyse, la prédiction, ou à la prise de décision. Utilisée dans le champ politique, cette technique a été employée aussi bien par Barack Obama et Donald Trump aux états-Unis que par des candidats en France comme Jean-Luc Mélenchon ou François Fillon.

Par exemple, la plateforme Nation Builder utilisée par l’actuel Président américain lors de sa campagne permet d’allier un site web à un outil de dons en ligne et surtout, à une base de données. Ces données personnelles telles que les noms, les adresses postales et email, les numéros de téléphone, le genre, l’âge, la profession, ou encore les centres d’intérêt, sont collectées grâce au porte-à-porte ou en ligne à l’initiative du ou de la candidat·e iel-même, ou achetées à des instituts publics et des data brokers.

Ces dernières agglomèrent des volumes gigantesques de données après les avoir achetées auprès de millions de sites web, d’applications GSM et d’entreprises sur lesquels les utilisateur·rice·s laissent des « traces » de leur activité en ligne enregistrées notamment grâce aux fameux cookies : transactions bancaires, achats et habitudes en ligne, données de géolocalisation, durée d’utilisation, liste de contacts, entrées dans un moteur de recherche, etc. Rares sont les sites web ou les entreprises qui informent très clairement que ces données, cédées certes avec un consentement plus ou moins éclairé mais souvent à l’insu des utilisateur·rice·s, seront ensuite vendues à des tiers.

Même si les données sont anonymisées, en effaçant les éléments permettant l’identification, l’opportunité de réaliser des portraits très précis d’individus, de prédire leurs comportements et leurs choix et donc de les cibler avec des messages réalisés sur mesure est trop belle. Et elle vaut de l’or. Une somme à six chiffres pour Emmanuel Macron en 2017.

Le King du profiling

Et quand on parle de portraits et de profilage des individus, on pense forcément au plus grand réseau social mondial, Facebook. Son modèle économique repose sur la diffusion de publicités auprès de celleux-ci.

L’entreprise américaine monétise donc son audience. Facebook possède 2,32 milliards d’utilisateur·rice·s actif·ve·s chaque mois. Une mine d’or pour tous les annonceur·euse·s. Il en va de même pour les partis politiques qui souhaitent convaincre des électeur·rice·s. Facebook leur offre des services exceptionnels. En plus des informations volontairement données par l’utilisateur·rice (âge, genre, études, profession, objets culturels consommés, liens de parenté, etc.), il collecte tous ses comportements sur le réseau social en espionnant chacune de ses actions : quelles vidéos et pages regardées, quels lieux indiqués, quelles photos postées, etc. puis celles en dehors de Facebook : quels sites web visités, quelles recherches, etc. De cette quantité déjà immense d’informations du fait de la consommation quotidienne de la plateforme, Facebook crée des catégories d’utilisateur·rice ·s.

Les principes du Big Data s’appliquant ici, les algorithmes de Facebook déduisent des informations à disposition de bien d’autres caractéristiques et détails sur la vie, les intérêts et bien sûr, les opinions politiques de ses utilisateur·rice·s. Ces profils hypers détaillés (jeune, femme, urbaine, moins de 30 ans, 2 frères, aime la cuisine indienne et James Blunt, fait du volleyball 3 fois par semaine à la salle de sport Vander Putten à Bruxelles, etc.) permettent ensuite le paramétrage précis de campagnes publicitaires micro-ciblées en quelques clics. L’utilisateur·rice, iel, n’a aucun moyen de refuser ce profilage ou de le contester efficacement.

Mais cela ne s’arrête pas là. En 2019, l’organisation Privacy International révèle que de multiples applications sur les GSM Android envoient toutes leurs données à Facebook pour les faire correspondre avec les profils existants ou fantômes (lorsque la personne en question n’est pas sur Facebook)1. Oui, Facebook sait aussi des choses sur les gens qui ne possèdent pas de compte utilisateur. Est-ce qu’iels le savent et y consentent ? Non.

En avril 2019, l’autorité de protection des données bavaroise en Allemagne sanctionne Facebook pour l’utilisation illégale de données provenant de bases de données fournies par des annonceur·euse·s2. Enfin, le scandale Cambridge Analytica3 en avril 2018 démontre que lorsque les partis politiques s’y mettent, les conséquences peuvent être bien plus regrettables.

L’application réelle du RGPD prendra encore de nombreux jugements d’autorités publiques avant de pouvoir véritablement lutter contre les violations et les abus. En attendant, les partis politiques peuvent toujours faire le jeu de Facebook et exploiter les failles de la législation.

1 Privacy International, How Apps on Android Share Data with Facebook – Report (29.12.2018) https://privacyinternational.org/report/2647/how-apps-android-share-data-facebook-report.

2 Ingo Dachwitz, Facebook Custom Audience illegal without explicit user consent, Bavarian Data Protection Authority rules (16.04.2019)
https://netzpolitik.org/2019/facebook-custom-audience-illegal-without-explicit-user-consent-bavarian-dpa-rules/.

3 RTBF, Des millions d’utilisateurs de Facebook espionnés: tout savoir sur le scandale Cambridge Analytica (19.03.2018). https://www.rtbf.be/info/medias/detail_des-millions-d-utilisateurs-de-facebook-espionnes-tout-savoir-sur-le-scandale-cambridge-analytica?id=9870870.

Chloé Berthélémy

 

Élections | La Chinafrique : opportunité réelle ou illusoire ?

pictoDossiersA l’heure où la coopération au développement telle que pratiquée par les pays occidentaux est régulièrement remise en question par les dirigeant·e·s africain·e·s, la République Populaire de Chine s’impose de plus en plus comme un partenaire de choix. En effet, alors que l’Occident semble perpétuer un modèle jugé paternaliste par certain·e·s, la Chine se présente, en théorie tout du moins, comme un véritable allié qui favorise la mise en place de relations d’égal à égal, rassemblées sous l’appellation Chinafrique.

Mais pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle tant à l’Afrique ?

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le Président Xi Jinping ne cache pas son souhait de voir émerger un nouvel ordre mondial avec, à sa tête, la Chine comme puissance hégémonique. L’ambition est grande et demande, notamment, le soutien de nombreux·ses allié·e·s sur la scène politique internationale. Il est donc dans l’intérêt de la Chine de nouer des relations étroites avec le plus grand nombre d’états possible, états susceptibles d’appuyer les propositions chinoises lors des votes de certaines mesures au sein des différentes instances de l’ONU, par exemple.

A côté de cela, avec plus d’un milliard d’habitant·e·s sur son territoire et une croissance économique, certes en baisse, mais toujours importante, les besoins en matières premières de la Chine sont grands. Le territoire africain, quant à lui, est réputé pour être particulièrement riche en ressources naturelles, ce qui explique donc en partie l’intérêt que la Chine lui porte.

Pourquoi l’Afrique se tourne-t-elle vers la Chine ?

Dans le cadre de la coopération sino-africaine, la Chine propose à ses partenaires de leur octroyer des prêts dits « non conditionnels ».

Ces prêts, contrairement à ceux offerts par les institutions et pays occidentaux, permettent aux dirigeant·e·s de notamment investir dans les infrastructures nécessaires au développement de leur pays sans avoir à répondre à certaines exigences en matière de bonne gouvernance ou de respect des droits humains. De plus, dans le cadre de la construction d’infrastructures, la Chine propose des produits « tout-en-un » qui sont particulièrement adaptés aux besoins de ses partenaires africain·e·s. Ainsi, elle fournit non seulement les fonds nécessaires, mais aussi l’entreprise, l’expertise technique et même la main d’œuvre.

L’arrivée de petits commerçant·e·s chinois·e·s en Afrique, elle, permet la démocratisation de certains produits de consommation courante, jusqu’alors inaccessibles pour certain·e·s.

La création de bourses d’étude, quant à elle, donne la possibilité à de nombreux·ses jeunes africain·e·s de poursuivre leur scolarité.

Pourquoi la Chinafrique est-elle donc si impopulaire ?

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer les actions de la Chine en Afrique et mettre en avant les effets parfois dévastateurs qu’elles peuvent avoir.

En effet, les nombreux prêts accordés par la Chine, devenue aujourd’hui le principal créancier de plusieurs pays africains, participent chaque fois un peu plus à l’augmentation du niveau de la dette de ses débiteurs. Ainsi, entre 2013 et 2018, la dette du Mozambique est passée de 51% de son PIB à 113%1 ! Si la Chine, grâce à des clauses de sûreté, se garantit au moins une contrepartie au non-remboursement plutôt avantageuse (système de troc permettant à la Chine d’obtenir une compensation en matières premières ou en contrôle temporaire d’infrastructures telles que des ports), le pays débiteur, lui, se retrouve coincé dans un marasme économique.

Les infrastructures construites sont, elles, souvent jugées de piètre qualité et les produits « tout-en-un » ne créent pas ou peu d’emplois dans les pays africains. De plus, ces emplois sont souvent précaires, mal rémunérés et non respectueux des législations nationales et internationales en matière de conditions de travail.

La présence de commerçant·e·s chinois·e·s, quant à elle, provoquerait, selon les opposant·e·s de la Chinafrique, la mort de la faible industrie locale existante.

L’influence culturelle qu’a la Chine sur l’Afrique est également particulièrement critiquée. Via le développement des médias et du cinéma pro-chinois et l’implantation de nombreux centres promouvant la culture chinoise sur le territoire africain, la Chine tente de conquérir les cœurs des Africain·e·s et, ainsi, de s’assurer une place de choix sur le continent. Cela fonctionne si bien que plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud et le Kenya, permettent maintenant aux étudiant·e·s des écoles publiques d’apprendre le mandarin à partir d’un certain âge.

Pour les opposant·e·s de la Chinafrique, en ce compris la France et les états-Unis, ce dernier point, combiné aux précédents et aux problèmes de corruption et de manque de transparence constatés, illustre que, contrairement à ce qui est annoncé, les relations entre la Chine et l’Afrique sont loin d’être symétriques et s’apparentent même à du « néocolonialisme ». Cependant, il convient malgré tout de relativiser la place occupée par l’Empire du Milieu en Afrique.

Si l’on s’attarde sur les objectifs de coopération fixés en 2015 lors d’un autre Sommet Chine-Afrique, on constate que ces derniers n’ont pas été atteints et ce pour diverses raisons : la situation économique chinoise qui pousse le pays à limiter ses investissements africains, les contacts parfois peu amicaux entre les populations chinoises et africaines, le regard de nombreux Africain·e·s toujours tourné vers ce « fascinant » Occident, etc. Il convient donc pour les puissances occidentales, de nuancer non seulement la présence chinoise en Afrique, mais aussi l’impact négatif qu’elle peut y jouer. Elles pourront ainsi profiter de l’occasion pour remettre en question l’attitude jusqu’à présent adoptée face à ce continent qui a tendance à se détourner d’elles car trop souvent considéré comme un gâteau dont il est nécessaire d’obtenir la plus grosse part.

1 Barbier A. (2018). Le Mozambique dans l’enfer de la dette. Consulté sur https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/22/le-mozambique-dans-l-enfer-de-la-dette_5401422_3234.html.

Sources

Madeline Meunier

 

Élections | Pour le climat, nous devons tout changer. Mais de quel « nous » parle-t-on ?

pictoDossiersDe jour en jour, les mobilisations pour le climat s’intensifient, reflétant une prise de conscience croissante de l’urgence climatique

Aujourd’hui, cela ne fait nul doute : au rythme auquel nous émettons des gaz à effet de serre, nous sommes en train de foncer droit dans le mur. Nous avons brûlé trop d’énergies fossiles, nous avons coupé trop d’arbres, et nous avons trop poussé à la consommation. Nous devons changer de façon radicale. Mais de quel « nous » parle-t-on, au juste ?

Parle-t-on de l’humanité ?

C’est ce que défendent les anthropocénistes. L’anthropocène1 (l’ère de l’humain), serait la nouvelle ère géologique dans laquelle nous vivons, marquant la fin de l’holocène2. Depuis la révolution industrielle, notre espèce aurait eu un impact si important sur le réchauffement climatique de la Terre, qu’elle a provoqué une nouvelle ère géologique.

Selon le concept de l’anthropocène, c’est donc l’espèce humaine, de façon globale, qui est à pointer du doigt pour le changement climatique et ses conséquences désastreuses. Or, selon Andreas Malm, professeur d’écologie humaine à l’université de Lund, en Suède, cette catégorisation est inexacte. En effet, en mettant la responsabilité de l’anthropocène sur l’espèce humaine dans son ensemble, le rôle des premiers responsables du changement climatique est complètement occulté : il s’agit d’abord de puissants hommes blancs capitalistes, qui dominent et stimulent l’extraction et l’utilisation des énergies fossiles. Représentent-ils à eux seuls l’espèce humaine ? C’est contestable.

Au-delà de la question de l’occultation du capitalisme, le concept même de l’anthropocène est ethnocentriste d’un point de vue occidental. Historiquement, les occidentaux (ou plus précisément, de riches hommes blancs) ont été les principaux responsables du changement climatique. Les personnes racisées, non blanches (qui représentent la majorité de l’espèce humaine), et surtout celles d’Afrique subsaharienne3, n’ont joué qu’un rôle très secondaire et subordonné dans cette affaire.

Les blancs représenteraient-ils toute l’humanité ?

Mettre tou·te·s les humain·e·s dans le même bateau, comme l’exige l’anthropocène, c’est soit de l’ethnocentrisme, soit de la malhonnêteté intellectuelle. Soit l’anthropocène considère les personnes racisées comme étant tout autant responsable du changement climatique, ce qui est complètement faux. Soit, l’anthropocène exclut les personnes racisées (et en particulier, les noires) de l’espèce humaine, considérant que les blancs suffisent à représenter toute l’espèce.

Le concept d’anthropocène pèche donc par deux points : son occultation du capitalisme, et son ethnocentrisme.

Tou·te·s les humain·e·s ne portent certainement pas la même responsabilité quant au changement climatique

S’il est de la faute de tout le monde, il n’est de la faute de personne. Or, il y a bel et bien certains êtres humains qui en sont responsables.

La prochaine fois que vous dites « nous » en référence à la destruction de la planète, précisez bien de quel « nous » vous parlez

1 « La plupart des scientifiques sont d’accord pour dire que les humains ont contribué au réchauffement climatique de la Terre depuis la révolution industrielle. Certains prétendent même que nous vivons dans une nouvelle ère géologique, l’ère anthropocène. » – Nature, le 12 février 2004, cité par Merriam-Webster [en ligne], consulté le 13/04/2019.

2 « L’Holocène est une période de transition entre le Pléistocène et les Temps actuels, qui débuta il y a 10 000 ans avec la fin de la dernière glaciation (Würm-Wisconsin) à laquelle succéda un réchauffement progressif. » Michèle Julien, « HOLOCÈNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14/04/2019.

3 L’Afrique est par ailleurs considérée par l’ONU comme étant le continent « le plus vulnérable face au changement climatique », alors qu’elle y contribue le moins.

Jérémy Herry