UN ANNIVERSAIRE CONFINÉ | Covid-19, une crise genrée ?

pictoDossiersAprès quelques semaines de crise du coronavirus, certaines professions, malmenées par la plupart du monde politique ces dernières années, sont sous le feu des projecteurs

Infirmières, aides soignantes, caissières sont en première ligne de lutte contre le virus. Ces métiers – en majorité occupés par des femmes – sont mal rémunérés et sujets à des conditions de travail particulièrement difficiles.

A côté de cela, les aménagements du travail de bureau, principalement sous forme de télétravail, et la fermeture des écoles suggère un retour de la famille et des enfants à la maison et un surplus de travail domestique dans l’espace privé: plusieurs femmes doivent dès lors s’improviser gardiennes, institutrices, aide ménagères, aide soignantes.

En parallèle, plusieurs établissements publiques et privés en appellent aux bénévoles adeptes de couture afin de pallier l’absence de réserves de masques et de blouses pour leurs personnels. En théorie les appels aux dons et à la générosité sont neutres du point de vue du genre. En pratique beaucoup moins : encore une fois ce sont principalement des femmes qui répondent à ces appels aux bénévoles. Certaines sont amatrices couturières et d’autres sont couturières professionnelles. Aucun défraiement n’est prévu pour les masques réalisés. Le travail semble pourtant très sérieux: les kits de matériel envoyés comprennent de 50 à 200 masques ce qui représente un certain nombre d’heures de travail…non rémunérées. Ces couturières amatrices, ainsi que les infirmières, caissières et autres bénéficieront d’une valorisation spectaculaire temporaire pour leur dévouement sans borne.

Cependant, passé la crise, il est à redouter qu’elles recommenceront à travailler dans l’ombre. En attendant, tout le monde en profite et les discours sur le don de soi, l’engagement citoyen et l’amour abondent renforçant l’idée des dispositions naturelles fortes des femmes. Cela n’est pas sans rappeler, le président du Conseil Viviani en période martiale, qui lance, dès le 7 août 1914, un appel aux femmes afin de remplacer les hommes sur le champ du travail en disant “il n’y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays.”

Dans le futur, il n’est pas certain que la division sexuée des tâches, plus flagrante que jamais pendant cette crise, ne sera discutée ni même qu’une revalorisation des métiers dits « féminins » sera au goût du jour. Pour certaines qui ont donné sans compter ce sera même peut-être plus grave : en effet pourquoi payer quelque chose qui a été fourni si facilement gratuitement ?


Florence Hautekeer