POLITIQUES CARCÉRALES | Les droits de l’Homme en prison

pictoDossiersCes dernières années, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné à plusieurs reprises différents pays d’Europe pour violation des droits fondamentaux des détenus et pour traitements dégradants. Parmi ces pays, la Belgique. Des sanctions qui émeuvent peu la population. Et pourtant… 

N’est-il pas ironique de s’inquiéter du droit des détenus alors que l’emprisonnement signifie entre autres la privation de certains droits ? Hé bien non ! Les détenus sont protégés contre la torture, les traitements inhumains et dégradants. En tout cas, sur le papier. Dans les faits, les violations de leurs droits sont nombreuses : irrespect du secret médical, fouilles corporelles abusives, surpopulation des cellules… Avec quelles conséquences ? Une visiteuse de prisons nous explique : « Je voyais un jeune homme emprisonné pour une courte durée. Très rapidement, son état physique et mental s’est détérioré. Il était épuisé par ses deux co-détenus, l’un passant sa journée à se balancer en marmonnant, l’autre pris de crises de colère durant lesquelles il frappait à grands coups sur la porte en hurlant. Je suis très inquiète : angoissé, de plus en plus taciturne, dans quel état ce garçon va-t-il sortir ? »

L’accès aux soins de santé : un luxe ?
Autre dossier grave : l’accès aux soins de santé. Les annexes psychiatriques semblent constituer un mini-enfer : personnel insuffisant et peu formé, surpopulation, etc. Cela mène bien souvent à des excès, comme attacher le prévenu au lit ou lui mettre des langes, pour réduire le temps nécessaire à son encadrement. La demande d’euthanasie d’un détenu belge a récemment fait débat. Si certains sont choqués qu’une personne coupable ait accès à l’euthanasie tandis que le chemin semble plus compliqué pour d’honnêtes citoyens en grande souffrance, il faut regarder ces demandes pour ce qu’elles sont : l’euthanasie est censée être réservée à des situations médicales sans issue. Alors que certains de ces détenus souffrent de maux curables, accepter leur euthanasie est reconnaître qu’on préfère leur mort à repenser leur accès aux soins. Une espèce de peine de mort consentie ?

Impacts sociétaux
Pour ceux qui resteraient encore sceptiques par rapport à l’intérêt de se préoccuper du sort de délinquants, rappelons rapidement que leurs conditions de vie sont aussi … les conditions de travail du personnel pénitentiaire, lui-même impacté et mis en danger. Et enfin, dans le cadre de la réinsertion des prisonniers, notre propre sécurité a à gagner à ce que leur état ne se soit pas dégradé durant leur peine.

En conclusion, soyons plus attentifs à cette problématique, soutenons une réforme du droit en prison et surtout son application. La manière dont on respecte les détenus est un thermomètre de notre démocratie. Il faut que justice soit faite… en prison aussi !

Caroline Saal, conseillère communale Ecolo