10 ANS| TTIP : Ta Tronche In Prison

pictoDossiers06h15 Le militantisme, c’est un réveil douloureux quand on n’est pas Bruxellois, qu’on aime sa couette et qu’il faut rejoindre la capitale pour manifester dès potron-minet. Mais aujourd’hui, c’est la journée d’actions anti-TTIP (traité de libre échange transaltlantique – comprenez entre USA et Union Européenne), en parallèle aux négociations entre Américains et Européens qui se déroulent au Palais d’Egmont. Vu l’enjeu, on dormira un autre jour !

09h Bonne ambiance place Poelarts ! Musique, distribution de chocolat chaud, retrouvailles entre militants (toi qui ne fais pas souvent des manifs, sache-le : au bout de quelques manifs, tu as des « amis de manifs », ces militants d’autres coins de la Belgique, que tu retrouves toujours avec plaisir aux manifs-to-be).

09h30 Le cortège se met en route. Et s’arrête très vite. Il est demandé aux manifestants de se contenter d’un sitting place Poelarts. L’arsenal policier est impressionnant pour les quelques centaines de manifestants présents. Moi qui suis dans le fond, j’essaie de voir ce qui bloque : je prends appui sur une barrière nadar, pour me soulever de quelques centimètres. Manquant de perdre l’équilibre, je me rattrape sur mon voisin de gauche, dont je remarque un peu tard la discrète oreillette. M’appuyer sur un policier en civil pour monter sur une barrière, bien joué ma vieille !

09h50 Place Stéphanie, la police de Bruxelles déploie des moyens de plus en plus impressionnants pour repousser les manifestants. Les premières arrestations ont eu lieu. La foule, calme et pacifique, reste solidaire des personnes arrêtées et scande, déterminée : « Libérez nos camarades ». Ni plus, ni moins. Pourtant, chiens, camion à eau et renforts humains continuent d’arriver. Arrosage en règle pour ceux qui s’approchent trop près.

10h Une pensée compatissante pour le propriétaire de ce 4×4 garé sur la place : la puissance du canon à eau de la police a littéralement pulvérisé ses pneus. Ce canon est normalement utilisé en cas d’émeutes. Si Robespierre et ses amis de la Révolution française entendaient qu’être présent sur une place du centre de la capitale de manière pacifique est une émeute, ils se bidonneraient probablement.

10h15 Soudain, des cris. Des gens foncent vers nous en courant. Je suis le mouvement, persuadée que l’autopompe est de retour. Mais en réalité, ce sont les policiers qui nous encerclent et nous annoncent qu’ils procèdent à une arrestation administrative de toutes les personnes présentes (oui, même celles qui passaient par là pour faire une course).

10h21 Fouille corporelle, poignets menottés par des colsons et on nous range en file, dans cette agréable position : mains dans le dos, jambes écartées.

11h On est toujours assis par terre. Il faut du temps pour trouver où caser 220 manifestants et les véhicules pour les déplacer.

11h30 Toujours assis par terre. Je n’ai aucune idée du temps qui passe. Très stressant pour ceux qui doivent rentrer au boulot cet après-midi, ont un enfant à la maison ou un examen à passer.

12h15 On nous relève un à un et on nous conduit dans des cars de la police, direction les casernes d’Etterbeek.

12h30 Je suis en cellule, toujours menottée. On ne sait jamais que j’essaierais de creuser dans le sol pour m’échapper. Heureusement, une compagne de cellule me vient en aide et détache les colsons.

13h30 Je suis emmenée pour décliner mon identité et signer le P.V. de mon arrestation. Justification : troubles de l’ordre publique. Rester sur un trottoir ou une place, c’est troubler la tranquillité publique ? Je dis au policier que je ne signerai pas son papier tant que ce motif est écrit. Il finit par le barrer (j’apprendrai plus tard qu’après plusieurs contestations du motif d’arrestation, les policiers ont cessé de justifier les arrestations pour pouvoir remplir les papiers plus vite).

15h  Une arrestation administrative, c’est marrant cinq minutes.

16h Les cellules commencent à être vidées. Les femmes semblent être les dernières à être relâchées. On commence des jeux de groupe pour passer le temps.

16h45 Certaines femmes de ma cellule s’ennuient tellement qu’elles sifflent les policiers. L’un d’entre eux mime un faux strip-tease. Ça pourrait me faire rire, mais là, la blague commence à devenir trop longue à mon goût.

17h30 Je suis relâchée, je récupère mon portable. Des dizaines de sms et de messages vocaux. Avec les réseaux sociaux et les médias, beaucoup d’amis ou de connaissances sont au courant de la tournure de la manif et me demandent comment je vais. Un réconfortant du tonnerre !

17h40 Le car de la police me lâche à la gare d’Etterbeek où je retrouve quelques amis. Une chose est sûre : cette arrestation complètement abusive ne nous a pas découragés, elle n’a fait que renforcer notre volonté de nous opposer à une Europe qui n’écoute pas ses concitoyens ! On trinque … à la manif suivante !

Caroline Saal