Archives pour l'Auteur : Lucas Bernaerts

LIRE | Palestine

pictoCoinDetentePalestine, Noam Chomsky et Ilan Pappé (2016)

Orchestré par Frank Barat, coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine, ce livre dynamique rassemble, entre autres, des réflexions sur l’histoire et l’avenir ainsi que des entretiens avec Noam Chomsky et Ilan Pappé. Ces deux intellectuels partagent plusieurs points communs : professeurs d’université très engagés dans le domaine, ils ont tous les deux vécu une partie de leur vie en Israël avant de tourner le dos à la société israélienne. Le résultat de la rencontre entre ces deux militants est extrêmement intéressant, tant dans les convergences que les divergences d’opinions.

La remise en question de termes utilisés lorsque l’on traite de l’occupation de la Palestine par Israël (conflit israélopalestinien, processus de paix, violence des deux camps), la déconstruction de l’intouchable solution à deux États, la partie consacrée à la comparaison (et ses limites) entre le cas de l’Afrique du Sud et celui de la Palestine ont particulièrement retenu mon attention.

Incontournable pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin sur la question palestinienne !

Disponible (format papier ou numérique) ici

Lucas Bernaerts

PALESTINE | L’or bleu ne porte que trop bien son nom en Palestine

pictoDossiersRarement au centre des débats, les restrictions d’accès à l’eau imposées par Israël à la Palestine sont l’une des formes les plus insidieuses de l’occupation, malgré les obligations que se doit de remplir l’occupant israélien en vertu du droit international humanitaire.

Le manque d’eau chronique est apparu au grand jour plusieurs fois durant notre voyage en Cisjordanie et en particulier dans la Vallée du Jourdain, où les zones verdoyantes israéliennes côtoient les terres arides et désolées palestiniennes.

D’après Amnesty International, la consommation d’eau journalière des Palestinien.ne.s en Cisjordanie s’élève à 70 l/pers

C’est donc 30 litres de moins que les 100l préconisés par l’OMS et 4 fois moins que celle des colons de la région (environ 300). Avec une telle consommation, impossible de subvenir à tous les besoins ni de permettre à l’agriculture de fleurir. Les problèmes des Palestinien.ne.s sont multiples : d’abord, l’accès aux nappes phréatiques est très inéquitable puisque les Israélien.ne.s s’accaparent 80% de l’eau de ces nappes. En zone C, la zone de la Cisjordanie sous administration israélienne (60% de la Cisjordanie), les Palestinien.ne.s doivent en outre demander l’autorisation aux autorités israéliennes pour construire ou réparer des infrastructures, qu’elles n’accordent que dans 3% des cas. Par conséquent, les Palestinien.ne.s doivent se résoudre soit à acheter de l’eau à un prix exorbitant issue des réserves accaparées par Israël, soit à construire ou à rénover sans autorisation. Malheureusement, les infrastructures construites de la sorte, parfois financées par l’aide humanitaire internationale, sont bien souvent détruites : 205 infrastructures palestiniennes, dont des citernes et des réservoirs d’eau, ont subi ce sort rien qu’entre 2011 et 2013.

Une résilience à toute épreuve

Face à ces problèmes qui touchent autant la Cisjordanie que Gaza (où 95% de l’eau courante est impropre à la consommation), les Palestinien.ne.s que nous avons rencontré.e.s font preuve d’une résilience à toute épreuve. Malgré tous les efforts consentis par Israël pour les chasser des territoires occupés, iels réparent et construisent sans relâche ces infrastructures indispensables à leur survie, déterminé.e.s à ne jamais quitter leurs terres. Il est temps que cette résistance porte ses fruits, et que la Palestine puisse enfin vivre dignement et jouir de tous les droits de la personne, bafoués depuis si longtemps dans cette région.

 

Lucas Bernaerts

Passons des discours clivants au travail, madame Demir !

pictoActu

Chère madame Demir,

Ces derniers jours, vous faites la une de l’actualité. Issue d’une famille modeste, vous avez gravi les échelons un à un pour aujourd’hui devenir secrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté, à l’Égalité des chances, aux Personnes handicapées et à la Politique scientifique. Je voudrais commencer par vous dire mon admiration devant un tel itinéraire. Vous vous en doutez bien cependant, l’objectif premier de cette lettre n’est pas seulement de vous féliciter, mais aussi et surtout de vous mettre face à vos nouvelles responsabilités.

Bart de Wever et vous-même l’avez clamé haut et fort dans la presse : vous, Zuhal Demir, êtes l’exemple parfait d’une femme d’origine immigrée et « issue de la cité de Genk » qui a saisi les chances que lui a offertes la Belgique. Ou peut-être plutôt la Flandre, à en croire Bart De Wever à l’antenne de la Première ce vendredi matin. Lors de votre conférence de presse, vous n’avez d’ailleurs pas manqué d’ajouter que les personnes issues de milieux défavorisés ne devraient pas se complaire dans le rôle de la victime. Je suis moi-même un Schaerbeekois pure souche, privilégié, mais bien placé pour savoir que tou.te.s les jeunes de mon quartier ne connaitront pas le même sort que vous. J’en côtoie au quotidien, des jeunes hommes et des jeunes femmes bruxellois.e.s né.e.s dans un contexte extrêmement difficile et qui, pourtant, mènent leur barque au moins aussi bien que moi, si pas mieux. Tous ne s’en sortent cependant pas, et bien loin de moi l’idée de le leur reprocher. D’accord, la discrimination n’est pas toujours la seule raison d’un éventuel échec, mais elle joue encore bien trop souvent. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai tant voulu m’engager en politique : je rêve d’un monde où tous les Schaerbeekois.es, tous les Bruxellois.es et tous les citoyen.ne.s du pays naîtraient dans les mêmes conditions et avec les mêmes perspectives d’avenir.

En tant que jeune intéressé par la politique, vous n’êtes forcément pas une inconnue pour moi. Représentante de l’aile droite de votre parti au même titre que Theo Francken, vous êtes sans aucun doute la relève de la N-VA. Plus virulente et impulsive que les pères fondateurs du parti, cette génération n’est jamais avare en commentaires assassins. Pour ne citer que quelques exemples, vous plaidez depuis longtemps pour la suppression des allocations de chômage dans le temps et vous avez déclaré être effrayée par l’arrivée de tous ces musulmans en Belgique, « incapables de s’adapter aux normes et aux valeurs de notre pays ». Pas forcément des déclarations que l’on est en droit d’attendre d’une personne qui reprend aujourd’hui la compétence de l’Égalité des chances au niveau fédéral. Ce sont toujours les mêmes que vous avez en point de mire, madame Demir. Ne serait-il pas utile que cela change ?

Dans votre nouveau statut de Secrétaire d’État, votre rôle ne sera plus de tirer sur tout ce qui bouge pour faire rugir de plaisir vos électeurs, mais plutôt de travailler à trouver des solutions pour améliorer la vie de tous les habitant.e.s de ce pays. Du moins, en théorie. J’espère que vous n’oublierez pas non plus de donner de votre temps et de votre énergie pour les deux autres principales compétences qui viennent de vous être octroyées : les personnes handicapées et la politique scientifique. Dans le premier domaine, votre prédécesseure, Elke Sleurs, a immédiatement montré son mépris envers les personnes handicapées en ne daignant même pas traduire en français correct sa note de politique générale. Dans le deuxième, madame Sleurs s’en est donné à cœur joie pour démembrer et fragiliser en silence de grandes institutions scientifiques du pays ainsi que Belspo, l’administration de référence dans le domaine. Des manœuvres qui s’inscrivent sans aucun doute dans la continuité de l’agenda communautaire à peine dissimulé de votre parti. Ayez également la présence d’esprit de renoncer dès maintenant à la tête de liste N-VA à Genk en 2018. C’est d’ailleurs pour reprendre le flambeau lâché par monsieur Bracke à Gand que votre prédécesseure vous a laissé les clés de son cabinet.

Vous avez réclamé quelques semaines pour vous plonger dans les dossiers de madame Elke Sleurs. Je peux le comprendre, même si son bilan est très pauvre et qu’il ne prendra certainement pas deux semaines à analyser. Quel ne fut donc pas mon étonnement de vous voir, dès ce samedi dans la presse et ce dimanche sur les plateaux de télévision, poursuivre l’attaque en règle de la N-VA envers Unia, l’ancien Centre pour l’Égalité des chances, lancée par vos collègues Joachim Pohlmann et Liesbeth Homans, ministre flamande de l’Égalité des chances. Les citoyen.ne.s de ce pays sont en droit d’attendre plus de travail et moins de discours dont l’unique but est de vous définir à tout prix suffisamment à droite pour les indécis et déçus du Vlaams Belang.

Vu l’éclatement des compétences totalement incohérent dans vos domaines de travail, je suis bien conscient que vous ne disposez pas de tous les leviers nécessaires. Permettez-moi tout de même de vous proposer plusieurs pistes, presque gratuites et immédiatement applicables : l’instauration de mystery calls1, de contrôles en conditions réelles et de l’anonymisation des CV pour débusquer les entreprises qui se rendent coupables de discrimination ainsi que la mise en place de quotas, dans les entreprises cotées en bourse comme dans les gouvernements du pays. Ces mesures ne résoudraient pas les problèmes de fond, mais elles formeraient déjà un remède efficace contre des symptômes de différentes formes de discrimination bien réelles.

Malheureusement, votre parti et vous-même vous êtes opposés avec force à l’instauration de quotas et aux mystery calls alors même qu’une enquête du Minderhedenforum (« Forum des Minorités ») a démontré que, sur 251 entreprises de titres-services en Flandre, 165 ont accepté de mettre à disposition du faux client des technicien.ne.s de surface qui ne sont pas d’origine étrangère. Si les mystery calls vous semblent tronqués par une soi-disant « invitation à discriminer », vous pourriez déjà commencer par des tests en condition réelle, sans une telle « incitation ». En d’autres termes, un.e fonctionnaire pourrait se faire passer tout à tour pour une personne (d’origine) étrangère puis pour un.e Belge « pure souche » et constater les différences de traitement avant de prendre des sanctions le cas échéant. Dans une étude à ce sujet, des chercheurs de l’Université de Gand ont utilisé une telle méthodologie et les résultats ne trompent pas : dans une première phase, 26% des agent.e.s immobiliers soumis à un tel test se sont rendus coupables de discrimination. Quelques jours plus tard, la ville de Gand leur a envoyé une lettre pour leur annoncer qu’ils et elles avaient fait l’objet d’une étude scientifique sur le sujet et pour leur rappeler qu’une telle discrimination est illégale. Les chercheurs de l’Université de Gand ont alors réitéré l’expérience, et « seuls » 10% de ces agent.e.s immobiliers ont persisté dans leur discrimination. Pour la N-VA, le travail est par ailleurs la meilleure manière de sortir des milieux précarisés. Il est temps donc de s’attaquer également aux discriminations sur le marché du travail, dans ce cas. J’espère de tout mon cœur que ces quelques semaines vous feront ouvrir les yeux.

Je vous souhaite beaucoup de courage madame Demir. Vous avez beaucoup de pain sur la planche. N’oubliez pas que ce n’est pas le cas de tout le monde.

Lucas Bernaerts, membre du Bureau d’écolo j

 

1Les mystery calls se rapprochent très fort des clients mystères.
Des fonctionnaires seraient chargés d’appeler des entreprises
avec une demande discriminatoire
pour voir la façon de réagir de l’entreprise.
En cas d’infraction, ils pourraient servir de preuve en justice.

 

ÉNERGIE| L’énergie en Belgique

pictoDossiersDu réveil au coucher, l’énergie est partout. Vivre sans ses formes actuelles paraitrait inconcevable pour l’écrasante majorité d’entre nous. Au fond, pourtant, sait-on vraiment dans quel ordre de grandeur se situent la production et la consommation belges ? Après d’énergiques recherches, voilà le bulletin inquiétant qui ressort notamment des chiffres de l’Agence internationale de l’Énergie pour 2013…  


Énergie primaire (EP) vs. Énergie finale (EF)

Pour cographiquesLucasmmencer, il convient d’établir une distinction claire entre l’EP (forme d’énergie directement disponible ou énergie issue d’une seule transformation) et l’EF (forme d’énergie disponible en bout de chaîne). Le premier constat alarmant se situe déjà au niveau de l’EP et du fossé entre la production et la consommation de cette énergie en Belgique. Tous les combustibles fossiles utilisés  sont importés directement de l’étranger, la production d’EP ne repose que sur l’énergie nucléaire (75%) et les énergies renouvelables (25%). Si l’on ajoute à cela que l’EP produite en Belgique ne représente qu’un peu plus d’un tiers seulement de la consommation intérieure brute d’énergie en Belgique, la situation parait pour le moins urgente.

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Au niveau de la consommation d’EP, l’industrie et la chimie en prennent chacune à leur compte environ 23%, le logement 21,4%, le transport 20,2%, le secteur tertiaire 11,6% et l’agriculture 1,7%. Si l’on compare la consommation d’EP par habitant de la Belgique au reste du monde, le bilan n’est pas non plus encourageant : même si elle ne représente « que » 2/3 de l’américaine, elle est largement supérieure à l’européenne (44%), la française (23%) et la japonaise (26%).


Nucléaire et consommation  : ambiance électrique !

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La production d’électricité est l’un des nombreux usages de l’EP et, là encore, les chiffres ne sont pas vraiment rassurants. La Belgique est juste derrière la France le pays qui dépend le plus de l’énergie nucléaire avec une part de plus de 50% de l’électricité produite en Belgique (loin devant les 31% des centrales thermiques à combustibles fossiles et les 17% générés par les énergies renouvelables). Vu la sortie du nucléaire prévue dans un futur plus ou moins proche et le tarissement progressif des énergies fossiles, il est impératif de passer à la vitesse supérieure dans l’investissement dans les énergies renouvelables.

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En 2013, la consommation totale d’électricité en Belgique s’élevait à 89,09 TWh, soit environ 8020 kWh/habitant. Ce total, bien qu’il ne dépasse pas celui des États-Unis, est plus de 2,5 fois supérieur à la moyenne mondiale. Entre 1990 et 2013, la consommation d’électricité en Belgique a augmenté de 40% alors que la population n’a augmenté que de 10%. L’industrie caracole toujours en tête avec ses 46% de la consommation, suivie du secteur tertiaire avec 27,2%, du logement (24,5%), du transport (2,1%) et de l’agriculture (0,3%).

De l’étranger dans le gaz
Principalement utilisé pour la production d’électricité, le chauffage, l’eau chaude, la cuisson des aliments et parfois même pour le transport, le gaz consommé en Belgique provient exclusivement de l’étranger (Pays-Bas, Norvège, Allemagne, Qatar et Royaume-Uni). Il est généralement moins coûteux et moins polluant que les autres énergies fossiles. Sur les dix dernières années, la moyenne annuelle de consommation en Belgique se situe entre 180.000 et 190.000 TWh, avec quelques fortes variations dues à un temps particulièrement doux ou au contraire particulièrement rude en hiver.

La Belgique bien au-dessus de la moyenne européenne au niveau du pétrole
Le constat est le même pour le pétrole : tout est importé, principalement depuis la Russie (40%), les pays de l’OPEP dont l’Arabie saoudite (31%), l’Iran (7,5%), le Royaume-Uni et la Norvège. Le secteur des transports (voitures, avions, bateaux…) absorbe plus de la moitié du pétrole mondial, mais il est également utilisé par l’industrie pétrochimique pour fabriquer du plastique et il peut être transformé en fioul ou en bitume, notamment. Le pétrole compte pour pas moins de 40% de l’approvisionnement énergétique belge, loin devant le gaz naturel (25,5%), le nucléaire (19,7%), les énergies renouvelables (7,7%) et le charbon (5,7%). La Belgique consomme 2,15 tonnes de pétrole par habitant et par an, soit 650 kilos de plus que la moyenne européenne.

Vite la transition énergétique !
Avec ce mauvais bulletin, la raréfaction des énergies fossiles disponibles et leur coût environnemental, il est temps d’investir massivement dans la transition énergétique. D’ici à 2020, la part des énergies renouvelables dans la consommation d’EP de la Belgique devra passer de 7,7% (2013) à 13%. La diminution de la consommation d’EF doit également faire partie de nos priorités, notamment grâce à l’isolation des bâtiments et à une flexibilité accrue dans la consommation. Une prise de conscience collective et du courage politique sont absolument nécessaires. Le temps presse.

Lucas Bernaerts

Petite sélection subjective pour aller plus loin :